• ”La possibilité d’une agriculture : Les maraîchers des murailles à Istanbul”, par Camille Robin (2011)

    Camille ROBIN, Master 2 Urbanisme et Aménagement (Institut d’Urbanisme de Paris)
     ”La possibilité d’une agriculture : Les maraîchers des murailles à Istanbul”
    Stagiaire 2010-2011 OUI
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  • "La construction et l’utilisation d’une mémoire locale “résistante” par les différents réseaux qui structurent le quartier de Küçükarmutlu.", par Marie-Noëlle Battaglia (2009)

    Marie-Noëlle BATTAGLIA (février – juin 2009) : Master 1 Politiques publiques et changement social Mention Ville-Territoire-Solidarité, Institut d’ Etudes Politiques (IEP) de Grenoble.
    "La construction et l’utilisation d’une mémoire locale “résistante” par les différents réseaux qui structurent le quartier de Küçükarmutlu."
    Stagiaire 2009-2010 OUI

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  • "La place de la culture dans un quartier en proie à une proche gentrification. Observations et analyses au sein du quartier de Tophane à Istanbul", par Camille Lanoir (2011)

    Camille LANOIR, Master 1 Territoire de l’Urbain (Université Paul Valéry – Montpellier 3)
    “La place de la culture dans un quartier en proie à une proche gentrification. Observations et analyses au sein du quartier de Tophane à Istanbul ”
    stagiaire OUI 2011
    (télécharger le mémoire)

  • "La reconversion de la centrale électrique Silahtarağa à Istanbul. Analyse d’une opération de reconversion de friche industrielle urbaine au travers de ses références et des acteurs impliqués. ", par Julien Grouiller (2005)

    Julien GROUILLER (2005), Maîtrise d’urbanisme et d’aménagement, Paris VIII.
    "La reconversion de la centrale électrique Silahtarağa à Istanbul. Analyse d’une opération de reconversion de friche industrielle urbaine au travers de ses références et des acteurs impliqués. "
    Stagiaire 2005 OUI

    (télécharger le mémoire)

  • "Les call-shops du quartier de Kadirga, points de rencontre entre différents réseaux migratoires et lieux d’activation de nouvelles solidarités.", par Julia Burtin (2009)

    Julia BURTIN (février – juin 2009)Master 1 Politiques publiques et changement social Mention Ville-Territoire-Solidarité, Institut d’ Etudes Politiques (IEP) de Grenoble. 
    Les call-shops du quartier de Kadirga, points de rencontre entre différents réseaux migratoires et lieux d’activation de nouvelles solidarités.

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  • “BÜYÜK PARİS ": Projeler, Aktörler ve Müzakere Etapları. Vol.1 - 13/03/2012

    KONFERANS/PANEL
    “BÜYÜK PARİS ": Projeler, Aktörler ve Müzakere Etapları. Vol.1
    13 Mart 2012'de Yapı-Endüstri Merkezi'nde

    Fulya Mah.Yeşilçimen Sok.No:12/430 (Polat Kulesi Yanı) 0212.266.70.70
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    {flv}13032012_intro{/flv}
    Gecenin sunumunu Yem Eğitim ve Etkinlikler Sorumlusu Zeynep Gülşen yaptı. Ardından YEM Yönetim Kurulu Başkanı Doğan Hasol açılış konuşmasını yaptı. 
     
    {flv}13032012_amb{/flv}
    Fransa'nın Türkiye Büyükelçisi Sayın Laurent Bili'nin konuşması 
    {flv}13032012_nora{/flv}
    IFEA Müdürü Nora Şeni'nin konuşması
    {flv}13032012_conf{/flv}

    Antoine Grumbach (mimar) Konferansı : "Büyük ölçekli metropol projesi : « Büyük Paris » - Paris - Rouen - Le Havre"

    {flv}13032012_debat{/flv}

    Konferansın ardından "İstanbul'daki kentsel projelere mukayeseli bakış" konulu bir panel düzenlenecek. Bu panelin katılımcıları: Antoine Grumbach, Nora Şeni (IFEA Müdürü), Korhan Gümüş (Taksim Platformu,İnsan Yerleşimleri Derneği Başkanı), Murat Güvenç (Şehir Üniversitesi), Güzin Kaya (MSGSU), Aykut Köksal(MSGSU) ve Hüseyin Kaptan (Atelye 70). Katılımcıların Özgeçmişleri

    Bu konferans IFEA ve YEM tarafından düzenlenmiştir.

  • “Istanbul, entre territoire conçu et territoire vécu : l’associatif au centre d’une nouvelle dynamique socio-spatiale” , par Sylvain Lantheaume (2011)

    Sylvain LANTHEAUME, Master 1 de géographie (Université Bordeaux 3).
    “Istanbul, entre territoire conçu et territoire vécu : l’associatif au centre d’une nouvelle dynamique socio-spatiale” 
    Stagiaire 2010-2011 OUI

    (télécharger le mémoire)

  • “La genèse d’un lieu, mise en service du marché et création des murs invisibles lors de la régénération urbaine : Santralistanbul”, par Nermin Unlusoy (2011)

    Nermin UNLUSOY, L3 Sociologie (Université Galatasaray)
    “La genèse d’un lieu, mise en service du marché et création des murs invisibles lors de la régénération urbaine : Santralistanbul”
    Stagiaire 2010-2011 OUI

    (télécharger le mémoire)

  • “Les projets urbains d’Istanbul 2010, Capitale européenne de la culture”., par Ceren Aykos (2010)

    Ceren AKYOS (mars-avril 2010). Université de Galatasaray (Sociologie).
    “Les projets urbains d’Istanbul 2010, Capitale européenne de la culture”.
    Stagiaire 2009-2010 OUI
    (télécharger le mémoire)

  • “Projet de rénovation urbaine des quartiers de Fener et Balat à Istanbul : instrumentalisation du patrimoine en vue de reconfigurer la péninsule historique.”, par Annabelle Lopez (2010)

    Annabelle LOPEZ (2010). Master 2 Institut Français d’Urbanisme (Université Paris Est), spécialité “Opérateurs urbains”.
    “Projet de rénovation urbaine des quartiers de Fener et Balat à Istanbul : instrumentalisation du patrimoine en vue de reconfigurer la péninsule historique.”
    Stagiaire 2009-2010 OUI
    (télécharger le mémoire)

  • “Structuration et reproduction d’un espace de transit dans le quartier de Kumkapı, à Istanbul”, par Louise Bréhier (2011)

    Louise BREHIER, Élève en deuxième année (Ecole Normale Supérieure de Paris) – Master 1 en Aménagement et Urbanisme (Université Paris I Panthéon-Sorbonne)
    “Structuration et reproduction d’un espace de transit dans le quartier de Kumkapı, à Istanbul”
    Stagiaire 2010-2011 OUI
    (contacter la personne)

  • 08042010 - Bige Örer : Mise en perspective d’Istanbul 2010 avec les réussites de la Biennale d’Istanbul et d’IKSV

    “Autour d'Istanbul 2010 : acteurs locaux émergents et compétitivité urbaine ”
    Lundi 26 avril 2010 à 19h à l'IFEA
    Bige Örer
    (Directrice de la Biennale d’Istanbul)
    “Mise en perspective d’Istanbul 2010 avec les réussites de la Biennale d’Istanbul et d’IKSV”.
    http://www.istanbul2010.org/index.htm
  • 08042010 - Jean-François Pérouse : La gestion du grand Istanbul

    Mercredi 22 avril 2010, à l’IFEA
    OVIPOT - Séminaire sur la "
    Structuration territoriale et pouvoirs locaux" :
    Jean-François Pérouse (chercheur à l’IFEA) : La gestion du grand Istanbul.
  • 11012010 - Asu Aksoy, Orhan Esen : Analyse croisée d'Istanbul 2010, Capitale européenne de la culture

    Audio konferans :

    Séminaire "Autour d'Istanbul 2010 : concurrence entre acteurs locaux émergents et compétitivité urbaine renouvelée"

    Lundi 11 janvier à 19h à l'IFEA
    Asu Aksoy
    (Bilgi University) et Orhan
    Aksoy proposeront (en anglais) une analyse croisée d'Istanbul 2010, Capitale européenne de la culture
  • 14032009 - Jean françois Perouse - La question de l'eau à Istanbul

    Le 14 mars 2009 à l'IFEA
    Jean françois Pérouse - La question de l'eau à Istanbul

  • 14122009 - Korhan Gümüş : Istanbul 2010

    Audio konferans :
    Lundi 14 décembre 2009 à 19h à l'IFEA
    " Autour d' Istanbul 2010 : concurrence entre acteurs locaux émergents et compétitivité urbaine renouvelée " 
    Korhan Gümüş témoignera en tant qu'acteur majeur d'Istanbul 2010, Capitale Européenne de la Culture 
     

  • 18112009 - Jean-François Pérouse : De quoi les inondations de septembre 2009 à Istanbul sont-elles le symptôme ? “Catastrophe”, mémoire locale et impossible territoire de destin

    Audio konferans :
    Mercredi 18 novembre 2009

    “Istanbul, ville durable? Questionnements, débats, expériences de terrain et perspectives croisées”

    De quoi les inondations de septembre 2009 à Istanbul sont-elles le symptôme ? “Catastrophe”, mémoire locale et impossible territoire de destin.

    Intervention de Jean-François Pérouse. 

  • 20-21/12/2010 Colloque Koruma = Yaratıcılık: İstanbul’un Kültürel Miras Alanlarının Korunması İçin Karşılaştırmalı Yaratıcılık Deneyimleri Kamu-STK’lar ve Uzmanlarla Konu Odaklı Yaklaşımlar

    Symposium :Koruma/Conservation = Yaratıcılık/Creativity
    21-22 Décembre 2010

    Musée Archéologique d'Istanbul
    Salle Yıldız


    Conservation and Creativity: 
    Comparative experiences of creativity for the conservation of Istanbul’s Cultural Heritage Sites
    Subject-focused approaches with the public, NGO’s and experts
    December 21- 22, 2010, Istanbul
  • 20012010 - Bekir Cantemir : Restructuration du cadastre et terrains forestiers (de type 2B) déclassés

    Mercredi 20 janvier à 18h à l’IFEA.
    "Restructuration du cadastre et terrains forestiers (de type 2B) déclassés"

    "İstanbul'da 2 B Arazileri ve Kadastro Çalışmaları"

    Invité : Bekir Cantemir (ingénieur, cartographe)
    Doktora Adayı, Marmara Üniversitesi Türkiyat Araştırmaları Enstitüsü Cumhuriyet Tarihi Anabilim Dalı
    “Istanbul, ville durable? Questionnements, débats, expériences de terrain et perspectives croisées”
    Organisé par Jean-François Pérouse

    conférence en Turc
  • 20042009 - Karine Nazlaoğlou : L'intégration urbaine, sociale et politique des réfugiés d'Asie Mineure en Grèce à travers quelques exemple

    Video konferans :
    lundi 20 avril 2009
    Karine Nazlaoğlou

    L'intégration urbaine, sociale et politique des réfugiés d'Asie Mineure en Grèce à travers quelques exemples

  • 22022010 - Cengiz Aktar : Istanbul, l'Europe et la Turquie à propos d'Istanbul 2010, Capitale européenne de la culture

    Cengiz Aktar (Université de Bahçeşehir)
    Istanbul, l'Europe et la Turquie

    Séminaire "Autourd'Istanbul 2010: concurrence entre acteurs locaux émergents et compétitivité urbaine renouvelée"
    Lundi 22 février à 19h à l'IFEA
    Cengiz Aktar
    (Université de Bahçeşehir) nous parlera d'Istanbul, l'Europe et la Turquieà proposd'Istanbul 2010, Capitale européenne de la culture
  • 23122009 - Muhammet Garip, Yıldız Koç : Les énergies renouvelables à Istanbul

     

    Audio konferans :

    Mercredi 23 décembre (18h à l'IFEA)
    SEMINAIRE DE L'OBSERVATOIRE URBAIN D'ISTANBUL (2009 / 2010)
    “Istanbul, ville durable?
    - Muhammet Garip, Directeur de la Direction de l'Eclairage Public et de l'Energie à la Mairie Métropolitaine d'Istanbul
    - Yildiz Koç, Direction de l'Eclairage Public et de l'Energie, Mairie Métropolitaine d'Istanbul
  • 24 avril 2008 : Sortie urbaine à AKFIRAT-arrondissement de Tuzla

    "Une mairie périphérique à la mort annoncée" – par Jean-François Pérouse.

    RDV devant l'IFEA jeudi avant 8h30.

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  • 24022010 - Bernard Cornut : Pollution atmosphérique et types de chauffage à Istanbul. Instances compétentes, méthodes et intitiatives.

    Audio konferans : 24 février 2010 :
    Pollutionatmosphérique et types de chauffage à Istanbul.
    Instances compétentes, méthodes et intitiatives.
    Invité : Bernard Cornut (Ademe)
  • 24032010 - Haluk Gerçek, Ulaş Akın : Urban mobility and sustainability in İstanbul

    Séminaire “Istanbul, ville durable ? Débats, terrains, perspectives"
    Mercredi 24 mars 2010 à 18h à l'IFEA
    Haluk Gerçek
    (Prof. ITU)

    Urban mobility and sustainability in İstanbul "
    Ulaş Akın (Doktora öğrencisi, IMP)
    "Challenges of urban planning in Istanbul : 2005-2010"
  • 26/05/2008 Article paru dans "Le Monde" sur Marmaray

    Le port de Constantinople ressort de terre

    LE MONDE | 26.05.08 | 17h58  •  Mis à jour le 26.05.08 | 17h58

    Istanbul, correspondance

    Son chapeau d'explorateur sur la tête, l'archéologue turc Metin Gökçay montre son immense terrain de jeu. Un trou de 10 mètres de profondeur sur une surface de 58 000 m2, en plein centre d'Istanbul, sur lequel les scientifiques travaillent jour et nuit. "Probablement le plus grand chantier de fouilles jamais réalisé à Istanbul", estime-t-il. Les brouettes chargées de terre vont et viennent, formant une chaîne ininterrompue.

    AFP/MUSTAFA OZER
    En plein centre d'Istanbul, des scientifiques travaillent dans un trou de 10 mètres de profondeur, sur une surface de 58 000 m2 :
    le plus grand chantier de fouilles réalisé dans la ville.

  • 27032009 - Caroline Fabianski : Le financement des transports urbains : qui paie quoi ?

    Video konferans:
    mardi 27 mars 2009
    Caroline Fabianski (doctorante à la Bartlet School of Planning UCL, de Londres) :
    Le financement des transports urbains : qui paie quoi?
  • 28 mai 2008-Sortie urbaine à Arnavutköy - visite de l'arrondissement et rencontre avec le maire

    RDV mercredi 28 mai à 8h45 devant l'IFEA

    Dans le programme figurent :

    -un entretien avec le maire d'Arnavutköy

    -la visite de l'arrondissement, où nous aurons l'occasion de voir le site de Tasoluk, où il est prévu de reloger les Rom de Sulukule (dans la péninsule historique) dans le cadre du projet de renouvellement par TOKI.

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  • 5-6 février 2008 - colloque - Coordination des observatoires urbains du pourtour méditerranéen

    organisée par l'IFEA (Jean-François Pérouse ; suivi Éloïse Dhuy, Hamdi Gargin)
    à l’initiative de la Sous-direction de l’Archéologie et des Sciences humaines

  • Ahmet Tercan - L'architecture écologique en Turquie : 26/05/10

    “Istanbul, ville durable ? Débats, terrains, perspectives"
    Mercredi 26 mai 2010 à 18h à l'IFEA
    Dr. Ahmet Tercan
    (Mimar Sinan Üniversitesi) : "L'architecture écologique en Turquie"

  • Anatoli 7 Istanbul, capitale régionale et ville-monde

    Anatoli 7: Istanbul, capitale régionale et ville-monde, sous la direction de Jean-François Pérouse, Paris, CNRS Éditions, 2016, 316 p. ISBN : 978-2-271-09329-5

  • Anne Fayolle - La gare, nouvel espace cosmopolite ?

    J’ai commencé à travailler sur les gares en maîtrise de sociologie urbaine : je débutais alors une réflexion sur les définitions de ce lieu. Or, si l’on tient compte des écrits scientifiques, des discours, des pratiques des aménageurs et transporteurs, on s’aperçoit assez vite qu’il existe une définition presque unanime : la gare est avant tout un lieu-mouvement, pour être ensuite définie comme pôle d’échange, comme espace multifonctionnel.
    Ce qui est primordial pour les gestionnaires et les aménageurs de la gare, c’est la fluidité des divers mouvements générés par la gare et les multiples moyens de transport qu’elle accueille. C’est en fait donner une très large place à tout ce qui concerne la fonctionnalité du lieu. Ce qui importe avant tout aux divers aménageurs, c’est de gérer au mieux les flux d’usagers, les origines et destinations de ces flux, et faire en sorte que la gare et les divers types de transport qui lui sont liés soient adaptés à une gestion claire et efficace de ceux que l’on désigne comme “ pendulaires ”.

    Mais si le discours semble explicite, force est de constater que les définitions de la gare sont complexes, même pour ses gestionnaires : il n’est qu’à voir la naissance, en 1996, à la SNCF d’une Direction du Développement des Gares pour traiter les nombreux problèmes que pose cet espace “ multifonctionnel ”, à la croisée de nombreuses logiques.

    Par ailleurs la gare, lieu de la complexité et de la modernité des modes de transport et des aménagements conséquents, est traversée de toutes parts de mouvements, de déplacements divers qui débordent de ce lieu, pour aller irriguer les quartiers proches, la ville. C’est aussi un lieu où la halte, l’attente, l’immobilité sont possibles, où apparaissent, sous le regard du chercheur, des co-présences durables ou ponctuelles de populations différentes. Les gares sont donc des espaces complexes, où s’articulent de manière originale mobilités et sédentarités.

    Ce n’est donc pas du haut des politiques “ managériales ”, qui inscrivent des limites aussi bien historiques, géographiques, symboliques qu’administratives, traduites par les formes du bâti, que l’on doit aborder la gare, mais par une démarche anthropologique. Celle-ci s’avère nécessaire pour restituer aux individus et aux groupes leur place dans l’analyse de ces espaces. Ces individus et ces groupes exposent en effet des contours ; ils suggèrent des processus plus complexes que les typologies parfois réductrices des acteurs responsables de l’aménagement et de la gestion de ces lieux. Ce type d’approche donne toute son ampleur à un empirisme qui s’avère alors “ irréductible ” (Schwartz) comme l’ont montré les diverses recherches présentées au cours de cette École Doctorale.

    Les approches sociologiques et anthropologiques permettent donc, par rapport au sujet étudié, de mettre en lumière les usages de ce lieu en élucidant la diversité des échanges. En effet, avec la gare se pose la difficulté de définir un “ lieu-mouvement ”, un lieu fixe dédié à toutes sortes de mobilités, à la fois lieu d’arrêts, d’échanges, de croisements d’individus ou groupes aux pratiques diverses, “ temple de la modernité ” par la maîtrise de la vitesse et la conjonction de plusieurs moyens de transport.

    Aborder la gare, c’est aussi un défi en regard des méthodes de l’anthropologie urbaine. En quelques points :
    - Prendre la gare comme objet de recherche, c’est privilégier les analyses transversales et non s’attarder uniquement sur un champ d’analyse spécifique.
    - C’est aussi dépasser le thème célèbre du “ village urbain ” que les tenants de l’École de Chicago ont largement développé, pour concevoir la gare comme un “ morceau de ville ”, ouvert de toutes parts à des usages, pratiques diverses, largement travaillé, rythmé et recomposé par des mobilités et sédentarités remettant en cause un certain “ localisme ”. Il y a imbrication des échelles territoriales, débordements dans et sur la ville médiatisés par des divers transports présents dans et aux alentours de la gare.
    - Enfin, rapidement, même si il faut tenir compte de ce qui se trame dans cet espace public qu’est la gare en s’intéressant aux problèmes de la vie quotidienne (Goffman) dans ce lieu, à l’ordre public et à sa logique interactionnelle, comme le font les recherches menées par I. Joseph et alii sur la gare du Nord notamment, la gare ne peut être définie uniquement par cette approche micro-écologique s’intéressant aux notions d’“ espace public ”et d’“ accessibilité ”.

    En effet, comme l’ont montré les observations empiriques sur divers terrains, s’intéresser à la gare, c’est aussi reconsidérer les jeux de proximités et de distances, leurs liens avec les techniques mises en place dans et aux abords des gares. Il s’agit alors de porter attention, à l’image de Simmel, à ce qui fait le “ liant ” entre individus, groupes et échanges : c’est l’entre-deux que Simmel met en valeur et qui concerne tant les usages de la gare.

    Le travail de terrain
    J’ai débuté ce travail à la gare Santa Maria Novella à Florence (Italie) durant ma maîtrise. À cette époque, mes recherches s’attachaient surtout à comprendre comment les acteurs de l’aménagement de ces lieux concevaient la gare. Et ce d’autant plus que ces dernières années, avec le développement et la diffusion des moyens de communication de masse, l’application des télématiques et l’avancée des technologies de transport, existe tout un discours politique et économique sur des lieux tels que la gare : dans ces discours, la gare, ou plus précisément ce pôle d’échange, ce “ point de réseau ” est présentée comme une structure forte de l’espace urbain, un point d’attraction et de rayonnement, un centre donc.

    Il s’agissait alors pour moi de tenir compte de la situation culturelle (touristique), économique et géographique de Florence et de voir les rôles que jouait la gare dans cette ville et au-delà : quels déplacements engendre-t-elle ? Quels types de circulations la traversent pour déferler ensuite sur Florence et ses alentours ? Quels statuts a-t-elle dans la ville, c’est-à-dire quelles sont les représentations qu’elle draine dans les trajectoires des uns et des autres ? De quels rôles est-elle investie par les pouvoirs économiques et politiques quant à une gestion de ce que ces pouvoirs nomment communément des “ flux de circulation ” ?

    Même si les premières approches sur le terrain montraient que la gare de Florence n’était pas qu’un haut lieu dédié aux mobilités des “ pendulaires ” mais qu’elle était, au contraire, un espace complexe dans lequel je pouvais observer qu’il existait des articulations originales entre mouvements et sédentarités, j’ai eu du mal à m’extraire des définitions explicites des acteurs responsables de l’aménagement et de la gestion de la gare, qui, comme écrit plus haut, marquent des limites d’ordre divers. Et même si, dans une démarche anthropologique, j’ai essayé de restituer au “ Génie Social ” (Sansot) sa place dans l’analyse de ces espaces, je suis quand même restée très dépendante de définitions plutôt réductrices de la gare et de la mobilité, à ce que les aménageurs et gestionnaires de ces lieux nomment “ flux ”, à ce qui finalement était plus visible, semblait plus simple ou plus clair au premier abord.

    Cela dit, c’est peut-être en partant de ces définitions “ managériales ” de la gare, qu’une autre approche a été possible (une définition en creux), notamment en raccrochant la gare aux problématiques de la mobilité (Tarrius). Il est en effet tout aussi pertinent de s’intéresser à la gare comme espace de mobilité, en considérant par hypothèse les phénomènes de mobilités comme caractéristiques du mode de vie urbain.

    Effectivement, il s’est avéré, en continuant les recherches en DEA sur les gares de Perpignan, Toulouse et Gare du Nord à Paris qu’il existait dans ces hauts lieux du mouvement, d’autres acteurs et groupes d’acteurs aux contours plus complexes et perméables que les typologies réductrices des acteurs de l’aménagement de ces lieux. Ces dernières, en effet, "invisibilisent" une part importante des pratiques de mobilités / sédentarités. Celles-ci, pourtant, subvertissent les frontières des lieux, les trajectoires des mobilités définies a priori par les acteurs de l’aménagement.

    Et c’est en s’interrogeant “ sur la nature et la forme des échanges spatialisés, sur les modalités de structuration des territoires [territoires de, dans la gare et au-delà...] par les circulations, les flux d’hommes et de marchandises, sur les rapports entre groupes sociaux, professionnels ou non, et technique facilitant le déplacement ” (Tarrius) que le mouvement a pris un autre sens.
    Il s’est agi donc d’aborder la mobilité (et donc la gare) non pas d’un point de vue uniquement spatial, mais d’en montrer ses multiples dimensions. En effet, les faits de mobilité spatiale laissent des traces et comme l’a écrit Alain Tarrius “ chaque mouvement de population dans l’espace est aussi mouvement dans les échelles de stratification sociale. Se mouvoir, c’est consommer symboliquement et factuellement du temps, de l’espace, c’est apercevoir les lieux de l’Autre, c’est manifester symptomatiquement ses places ; celle que l’on perçoit, celle que l’on désire, celle que l’on occupe ”.

    Comment alors, d’un point de vue méthodologique, mettre en évidence ce langage des mobilités, c’est-à-dire quel mode de lecture adopter ?
    C’est en prenant en considération les temps et les espaces que les sens des pratiques de mobilité s’éclairent. Il s’agit ici de prendre le temps comme une commodité méthodologique. Le temps a une épaisseur : il est social. Le temps associé aux pratiques des échanges spatialisés permet en fait une lecture des comportements des différents groupes, en étudiant de plus près leurs rythmes sociaux. Les mobilités prennent alors une densité plus forte (un sens plus complexe) dans la mesure où l’analyse de ces rythmes sociaux permet de définir des groupes identitaires (identités culturelles, professionnelles,...) et les territoires auxquels ils sont liés. En résumé, ces rythmes font apparaître des proximités sociales (le lien social définissant une identité s’avère donc primordial) c’est-à-dire des voisinages, des réseaux relationnels qui sont propices aux échanges (ce peut être des échanges de biens, de services, etc.), le tout créant des ensembles territoriaux, qui sont alors des constructions sociales, et formant des univers de références urbaines.
    Je me suis donc attachée à voir comment étaient recomposés en proximité des espaces disjoints, éclatés par les logiques des différents programmes urbanistiques, ou du moins qui semblent comme tels de par les formes de l’urbain, bouleversant par là la conception des espaces locaux.

    C’est donc à partir de cette manière d’aborder la gare et des articulations originales entre mobilités et sédentarités que la recherche en DEA s’est déroulée.

    Je me suis attachée à l’étude de trois gares : il ne s’agissait évidemment pas de donner un plan d’ensemble du paysage de ces trois lieux mais de l’ordonner selon trois axes :
    - La gare Matabiau, à Toulouse : quand j’ai démarré cette étude avaient lieu autour de la gare de grandes opérations d’aménagement, rénovations, constructions et démolitions : construction d’une immense médiathèque, construction tout à côté d’immeubles de standing, etc. Il me semblait donc intéressant de se pencher sur la manière dont la gare est sans arrêt témoin des transformations de la ville depuis la moitié du XIXe siècle, comment elle est très souvent (et de plus en plus ?) au centre de nouveaux développements urbains.
    Effectivement, la gare et ce qu’elle suppose comme image forte de la modernité et du progrès, avec la mise en service de nouvelles technologies, la fonctionnalité et la clarté des espaces, l’efficacité, etc., représente depuis l’arrivée du chemin de fer dans les villes un enjeu de taille pour ces dernières, le chemin de fer devant jouer un rôle primordial dans leur évolution, la gare devant être la vitrine du progrès. Quelles répercussions (économiques, sur la structure sociale, sur la démographie, etc.) le chemin de fer et la gare ont-ils eu sur la ville, et vice-versa ? Quelles ont été les interactions ?

    - la gare de Perpignan : elle me semblait intéressante par la position même de la ville en Catalogne, voire dans l’espace européen. C’est une ville très proche des frontières espagnoles, lui conférant en cela une place particulière. Cette position me permettait d’aborder les problématiques liées à la gare en envisageant les “ effets de frontières ”. Je pouvais donc envisager la complexité de la notion de frontière, d’autres univers de normes, d’usages, proches et lointains à la fois.
    En fait, comment la gare de Perpignan et ceux qui la “ font ” (c’est-à-dire : ceux qui la traversent, l’occupent, la gèrent, …), au-delà des usages que l’on rencontre fréquemment dans ces lieux, peut-elle amener plus spécifiquement à une redéfinition des approches en termes de mobilité / sédentarité en relation avec les notions de frontières, de seuils, de limites, de passages (W. Benjamin) ?
    La gare de Perpignan et les territoires qui l’environnent, de par sa position et les représentations qu’elle draine, est-elle un lieu ou, plus qu’ailleurs, arrive / repart / s’installe / disparaît l’Étranger, l’Autre qui, par sa mobilité / sédentarité traverse, subvertit les frontières, tant celles de la ville, qu’au-delà ?

    - Enfin, la gare du Nord à Paris : je me suis demandée comment ce lieu de la complexité et de la modernité des modes de transport et des aménagements conséquents était aussi un espace de centralité sociale, de rencontres, “ d’irrigation ” des quartiers voisins ?
    Cette gare était d’autant plus passionnante qu’elle accueille un trafic d’environ 540 000 voyageurs, ce qui en fait la troisième gare du monde et la première gare européenne : flux venant et allant dans de multiples directions (locales et régionales, nationales et internationales), irriguant les quartiers proches, la ville, mais aussi co-présences durables ou ponctuelles de populations différentes sur un même territoire.
    Il s’agissait donc de s’intéresser aux rapports entre technologies (de transports, de communication…) et sociétés, et voir le jeu réflexif entre les deux, et non pas se contenter d’enregistrer les transformations dues aux techniques modernes. Je voulais aussi comprendre comment les groupes et individus se réapproprient les nouveaux moyens de transport : un grand voyageur rencontré à la gare du Nord nous dira que chaque nouvelle ligne (train, métro, etc.) mise en fonction était pour lui “comme une victoire personnelle”, ainsi il pouvait inventer de nouveaux parcours.
    Je m’interrogeais aussi sur l’existence d’effets de recomposition spatiale, sociale et économique qui seraient induits par le développement et l’aménagement de ce qu’on nomme communément “un grand complexe d’échange”. Si effets il y a, à quelles échelles ont-ils lieu : “ agglomérations ”, quartiers proches, autres ? De quels types de territoires s’agit-il : juxtaposés, superposés, visibles, etc.?
    Enfin, la gare du Nord, depuis longtemps déjà, met Paris en relation avec les autres villes européennes. Par la gare du Nord, c’est toute une tradition et une expérience de la circulation que je percevais : quelles logiques tous ces individus et groupes développent-ils, quels liens, quel sens dans la création d’un tissu commercial où les marchés très spécialisés, “ ethniques ” (les tamouls du faubourg Saint-Denis, longeant la gare du Nord par exemple), deviennent des pôles de rassemblement pour tous ceux qui sont dispersés à Paris mais aussi à l’extérieur; sans oublier d’autres lieux ou d’autres institutions qui semblaient fonctionner à l’échelle régionale ? Quel rôle tient la gare dans tous ces dispositifs ?
    La gare n’est pas composée d’espaces abstraits, de “ non-lieux ” (M. Augé) mais est un support à un grand nombre d’échanges divers, aux subversions des espaces-fonctions par le mouvement / sédentarité, aux débordements. Bref montrer en quoi les “ situations ” de métissages, mixités ponctuelles ou durables à la gare permettent de comprendre des logiques territoriales à plus grande échelle : comment le singulier, la micro-localisation, des situations de "quotidienneté" permettent de percevoir les changements plus globaux.
    C’est donc l’étude des mobilités / sédentarité qui me permettait de donner une (ou plusieurs) autre(s) définition(s) de la gare.

    Voilà donc la multiplicité des axes de recherche de ce DEA, montrant bien toute la difficulté, l’éclatement et la complexité que l’étude des gares mettait en exergue.

    J’ai continué en thèse sur la gare du Nord d’abord, pour ensuite me pencher sur la gare Matabiau. A partir de la gare du Nord, je désirais m’interroger sur les redéploiements de collectifs migratoires dans les villes, les nouvelles formes cosmopolites tributaires de l’amplification et de l’accélération des communications. Et cela à partir de leurs usages des dispositifs de transports les plus contemporains, les plus interconnectés, les plus aptes à articuler des niveaux territoriaux du proche au lointain.
    Je voulais comprendre comment des lieux de la ville qui font centralité circulatoire peuvent faciliter les négociations indispensables à l’institution de co-présences originales, au développement de côtoiements originaux parce qu’appuyés sur les opportunités originales de communication, d’installation, de valorisation des lieux et des initiatives, de définition de nouvelles centralités territoriales urbaines, spécifiques ou collectives, permises par les déploiements les plus récents des technicités circulatoires.
    C’est notamment en remarquant les installations d’Indiens (Tamouls plus particulièrement) aux proches alentours de la gare (rue du faubourg Saint-Denis), et les liens qu’ils entretiennent avec la ville et d’autres territoires (notamment des quartiers de Londres), que ces questionnements devinrent centraux.
    Ces observations et d’autres encore (la centralité, et pas uniquement commerciale, de réseaux de sociabilité de la rue Myrha, par exemple) me permettaient donc de considérer la gare du Nord sous l’aspect des articulations entre lieux et populations que permettent les interconnexions de transports, et laissaient donc voir la richesse et la diversité des réseaux et des contextes d’étapes, d’installations plus ou moins ponctuelles dans la ville, de ces collectifs “ identitaires ”.

    La gare devient un outil méthodologique (commodité méthodologique ?) pour approcher autrement la ville. Je m’intéresse donc à la façon dont les étrangers font “ œuvre cosmopolite ” : c’est-à-dire, comment ils créent des opportunités nouvelles pour ces mixités, ces métissages, que ne laissaient pas augurer, il y a peu encore, les spécialisations fonctionnelles et les ségrégations sociales, les affectations culturelles, économiques et ethniques urbaines ?
    Les mobilités, et les rencontres qu’elles permettent hors de ces lieux d’affectation résidentielle ou commerciale urbaine, construisent dans la ville, souvent sur le mode des juxtapositions, des espaces du mélange et de la reconnaissance. Ainsi se constituent des mondes de l'altérité : autres étranges plus qu'étrangers au sens ethnique du terme, tels que jeunes sans attaches, errants (avec ou sans papiers), individus privés de l'intensité des échanges à cause de leur âge ou d'évènements divers, ou tout simplement populations ethniques s'émancipant fugitivement des contraintes de la ségrégation résidentielle.

    Leurs co-présences dans des lieux du passage permettent à ces altérités d’instituer des proximités inusuelles où l’enracinement local et la légitimité institutionnelle, l’opportunité des usages fonctionnels de la ville ne font plus lien ni ordre mais permettent des échanges intenses, des initiatives de sociabilités peu vues, peu reconnues, mais réelles, bien que naissant sous le regard du chercheur.

    Les gares, par exemple, lieux carrefours, autorisent, selon des rythmes sociaux que nous désirons identifier, la manifestation de ces comportements. Elles offrent la commodité de délimiter des terrains de départ des investigations. En effet, ce qui fait l’exemplarité de la gare, ce sont les rencontres permises entre étrangers et autochtones sur ce mode des altérités réciproques : là, en formations cosmopolites se côtoient, se regardent enfin, s’évitent ou se parlent, des personnes que rien ne fédère dans l’ordre habituel des co-présences résidentielles : le “ tu n’es pas d’ici ” ne fait plus sens. On peut donc dire que les gares font partie de ces lieux qui ne sont pas identifiés comme ceux d’une affectation particulière.

    Conclusion :
    Il s'agit donc d'introduire ici une réflexion qui ne localise pas des grands groupes de migrants dans des enclaves urbaines, mais qui met en exergue la fluidité des espaces intermédiaires, au nombre desquels se trouve la gare. Il s'agit de prendre à témoin la gare Matabiau à Toulouse, perméable à de telles manifestations cosmopolites qui contribuent à la formation de nouveaux espaces d'initiatives sociales et économiques, de rencontres, s'étendant par proximité aux quartiers voisins, et par proximité morphologique à d'autres lieux ayant les mêmes caractéristiques. Ainsi, se construit dans un même mouvement notre objet, nos enjeux épistémologiques et méthodologiques, dans ce lieu tel que la gare où les étrangers font œuvre cosmopolite.

    Par ailleurs, si ce travail de thèse part d’un lieu et non d’une population, si l’étude des grandes migrations n’est pas un préalable à ma recherche (les mobilités étudiées ont pour théâtre un territoire plus restreint), il me semble cependant important de souligner, et ce, quel que soit le terrain ou l’objet de recherche, le grand intérêt porté par tous aux formes de socialisation originales (nouvelles ?) exprimées à partir des mobilités et des rencontres qu’elles permettent.
    En effet, il est intéressant de voir l’importance des mobilités, quel que soit le terrain ou l’objet de recherche, dans la construction identitaire, dans le bricolage identitaire. Ce type d’approches par les mobilités semble permettre une compréhension plus fine, met en exergue des articulations originales entre espace – temps – identité, triade fondatrice des sciences sociales et humaines.
    Les discussions et communications des apprentis chercheurs et des chercheurs confirmés m’ont persuadée qu’aborder les divers terrains et objets, nécessitait (avant tout ?) l’apprentissage ou la création d’un vocabulaire, la redéfinition de concepts qui nous semblent classiques ou jouissant d’une définition unanime, et ce, quel que soit le champ disciplinaire auquel on se raccroche.
    Effectivement, aborder un terrain, un objet par les mobilités, montre qu’il faut s’interroger sur la polysémie des termes employés (nomadisme, territoire, espace, local, transnational, …), afin d’avoir accès à un “ savoir être total ” (De Tapia, Simon) des individus et groupes observés sur nos terrains respectifs.

    Outre cette réflexion théorique, épistémologique (?), des interrogations parallèles, symétriques en ce qui concerne les techniques d’enquête sont importantes quant à l’appréhension des faits de mobilités. Là aussi, c’est une grande diversité des approches que l’on a pu remarquer : aborder la “ culture ” de la mobilité par la mise en exergue d’une biographie, pour voir le jeu entre les libertés individuelles et les normes sociales permet de dégager un espace de liberté (B. Fliche) ; entre autres, suivis, accompagnements de groupes circulants marocains pour comprendre leur dynamique circulatoire et repérer les territoires qui les supportent et les réseaux qu’ils mobilisent (C. Gauthier), pour ne citer que ces deux exemples.
    Alors, à travers ces différentes recherches qui ont été exposées dans cette session d’Études Doctorales, vouloir comprendre les faits de mobilité c’est, me semble-t-il, un bricolage permanent constitutif du cheminement de recherche, d’invention, de re-création.

  • ANNULÉ/İPTAL - Ayfer Bartu & Cenk Özbay - Présentation d'ouvrage - 12/10/2015

    Dans le cadre du séminaire "Recompositions, représentations et usages de l’environnement en Turquie et dans son voisinage"
    Présentation d'ouvrage "Yeni İstanbul çalışmaları: Kente politik ekoloji çerçevesinden bakmak"
    Lundi 12 octobre 2015 à 17h à l'IFEA
    Ayfer Bartu (Université de Boğaziçi)
    Cenk Özbay (Université de Boğaziçi)
    Interventions en turc

    Geçtiğimiz kasım ayında yayımlanan İstanbul Çalışmaları: Sınırlar, Mücadeleler, Açılımlar (Metis, 2014), hem kentin içinde bulunduğu hallere hem de araştırma odakları, soruları ve yöntemlerindeki yeniliklere vurgu yaparak, olabildiğince geniş bir açıdan İstanbul’a bakmayı hedefliyor. Kentin "devlet eliyle" küreselleştirilmesi, "büyüme" saplantısı, neoliberalizmin kent üzerindeki baskıları, hukukun taşıdığı muğlaklıkların istismar edilişi, mülksüzleştirme, mutenalaştırma, kentin dönüşüm coğrafyası, "tehlikeli" diye mimlenmiş mahallelerdeki devlet şiddeti, Gezi Parkı direnişi ve yeni kentsel muhalefet, İstanbul'u sırtında taşıyan toplumsal emek, kentteki turizm, trafik, ulaşım sorunları, hareketlilikler, kadın istihdamında cinsiyetin etkisi, kentsel politik ekoloji, sürdürülebilirlik, LGBT hareketi, sakat bedenler, göçmenlik, seks işçiliği, ve seks sinemaları bu geniş çerçeve içinde incelenen konulardan bazıları.

    Kitabı editörleri Ayfer Bartu Candan ve Cenk Özbay, bu konuşmada kitabın bölümlerinden birini oluşturan politik ekoloji konusuna odaklanarak, kente bu çerçeveden bakmanın ortaya çıkardığı soruları, araştırma yöntemlerini, disiplinler arasında ortaya çıkabilecek işbirliklerini tartışacaklar.

  • ANR Marges et villes : entre exclusion et intégration. Cas méditerranéens

    {div width:140|float:left}{module Actualités ANR Marges|xhtml|showtitle=0}{/div}Cette ANR est intitulée "Marges" ("Marges et villes : entre exclusion et intégration. Cas méditerranéens"), dans le programme Métamorphoses des sociétés "Inégalité-Inégalités", coordonnée par Nora Semmoud (directrice de la composante EMAM du CITERES, UMR 7324, Tours), assistée par Raffaele Cattedra (UMR GRED, Montpellier). Elle réunit des chercheurs travaillant sur une douzaine de cas méditerranéens, du sud (Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte) comme du nord (Espagne, France, Italie)... mais aussi de l'est, avec Istanbul. Les marges de la métropole stambouliote sont étudiées sous la houlette de l'IFEA, Jean-François Pérouse, son directeur, étant à la tête de l'équipe travaillant sur la Turquie. Cette équipe est composée de Yoann Morvan (Observatoire Urbain d'Istanbul/IFEA) et de Gülçin Erdi Lelandais (EMAM/CITERES), dont les terrains d'investigations sont respectivement Arnavutköy et Sultanbeyli ; Sulukule et 1 Mayis d'une part et la vallée de Dikmen (Ankara) d'autre part. Le déroulement de la vie scientifique de cette ANR est consultable via un blog accessible via le lien suivant : http://marges.hypotheses.org/    

    Le questionnement s'effectue à partir de 3 axes :

    1. Action publique et processus de marginalisation socio-spatiale Quelles sont les politiques de traitement des territoires marginalisés et les discours de légitimation ? Quelles sont les logiques sociales et politiques des actions menées ? Comment s’y gèrent les tensions entre des intérêts économiques de plus en plus globalisés et la cohésion sociale de ces villes ? Quels sont les effets socio-spatiaux sur les marges et la ville ?
    2. Les stratégies d’intégration des populations des marges urbaines Comment se traduit la volonté des habitants d’intégrer leur quartier à la ville et de valoriser son image ? À l’épreuve de l’action publique urbaine, comment leurs potentialités et les initiatives se transforment-elles en formes de résistance ? Quelles sont alors les modes formels ou informels de l’organisation collective, ses revendications et ses réajustements ? Comment les situations conflictuelles sont-elles négociées ? Quels sont les « contre-projets » et/ou les modes de rectifications/ajustements/adaptations mis en œuvre par les populations des marges urbaines ?
    3. Les interdépendances des territoires marginalisés avec la ville L’exploration des dimensions spatiales et sociales de situations où différents mondes sociaux se frottent, tentent de dialoguer, de négocier ou entrent en conflit se fera selon 4 pistes : les activités économiques formelles et informelles, les relations employeur/employé, les pratiques culturelles et de promotion des arts populaires, les solidarités sociales et politiques et enfin, les mobilités des populations des territoires marginalisés dans la ville.

    {tab=Activités}

    {tab=Références}D'ores et déjà, et outre les recherches menées de longue date par Jean-François Pérouse sur les marges urbaines, le cas stambouliote a fait l'objet d'une exploration bibliographique, relativement sommaire notamment en raison du peu d'études consacrées à cette thématique. Cette recherche bibliographique a été médiatisée via leprésentoir "Marges urbaines" d'octobre 2013 à la bibliothèque de l'IFEA.

    {tab=Terrains turcs}

    • Profil d'Istanbul À fins de comparaisons entre les différents cas méditerranéens, un synthétiqueprofil d'Istanbul a été réalisé. Cette ANR poursuit et renouvelle ainsi la tradition d'insertion du cas stambouliote dans les études urbaines au sein de la Grande Méditerranée.
    • Vallée de Dikmen Situé près du centre-ville d'Ankara, ce quartier a été construit par des habitants eux-mêmes dans les années 80. Entièrement composé des gecekondus, il a fait l'objet d'une transformation urbaine progressive à partir de la deuxième moitié des années 1990. Pour achever la transformation, le maire, Melih Gökçek, a tenté de détruire les derniers gecekondus restants sans proposer un relogement équitable aux habitants. Il a heurté à une résistance d'une partie d'entre eux. La résistance dans le quartier a été généralisée au cours du temps et près de 500 habitants sont en permanente mobilisation depuis 8 ans

    {/tabs}

  • Apartman, Galata'da Yeni Bir Konut Tipi

    Ayşe Derin Öncel,
    Apartman, Galata'da Yeni Bir Konut Tipi
    IFEA/Kitapyayınevi, 2010 İnsan ve Toplum Dizisi, ISBN : 978-605-105-053-9

  • Appel à contributions OUI session d'école doctorale Mobilités et migrations inter-régionales et internationales dans les grandes métropoles 28/05-02/06/2001


    Renseignements

    deuxieme Session de l'école doctorale

    Réseau des observatoires urbains du pourtour MÉDITERRANÉEN

    (Ministère des Affaires Etrangères - Ministère de la Recherche)

    ISTANBUL du 28 MAI au 1er juin 2001

    Mobilités et migrations inter-régionales et internationales dans les grandes métropoles

    Appel à participation des doctorants

    À la suite de la première école doctorale de la coordination des observatoires urbains du pourtour méditerranéen organisée par le Centre d'Etudes et de Documentations Economiques, Juridiques et Sociales (Le Caire, Egypte) du 14 au 18 décembre 2000, l'Observatoire Urbain d'Istanbul organise la deuxième session qui se tiendra du 28 mai au 1er juin 2001 dans la région d'Istanbul. Le thème retenu pour cette école doctorale a trait aux différentes méthodes d'analyse des migrations et mobilités inter-régionales (internes à un pays) et internationales dans les grandes métropoles, à l'heure où leur ampleur et où les apories du discours officiel exigent un renouvellement des approches. Le point de vue adopté, original dans le cadre des études sur les migrations, consiste à ne pas distinguer mobilités internes et mobilités internationales, dans la mesure où celles-ci s'entremêlent dans les territoires métropolitains.

    Les questions posées seront :

    • Quelles sont les catégories mobilisées par le discours officiel et la recherche dominante à caractère économique, politologique et démographique ?
    • Quels peuvent être les apports d'autres discours (par exemple de type anthropologique) au renouvellement de l'analyse ?
    • Comment analyser la mobilité non pas comme seule contrainte, mais aussi comme ressource et stratégie ?
    • Quels sont les réseaux sociaux mis en œuvre par ces mobilités et migrations ?
    • Quels types de territoires urbains sont construits par ces mobilités et migrations, et comment sont-ils configurés ? Comment, dès lors, caractériser la présence du migrant dans ces territoires et ses rapports à des espaces différenciés ?

    Modalités d'inscription des doctorants

    Les doctorants inscrits dans les universités françaises ou étrangères, en sciences sociales et humaines intéressés par ce projet sont invités à poser leur candidature selon les modalités suivantes :

    Il leur est demandé d'envoyer :

    • un curriculum vitæ établi selon le modèle joint en annexe,
    • un bref résumé de leur projet de thèse (15 lignes maximum),
    • une lettre du directeur de thèse sur l'état d'avancement du travail précisant en quoi ce dernier justifie la participation du candidat à l'école doctorale (priorité sera donnée aux doctorants déjà engagés dans un travail de terrain et en possession d'une problématique bien argumentée),
    • un projet d'intervention en rapport avec une des problématiques de l'école doctorale (une page maximum).
    Le dossier sera adressé, au plus tard le 31 mars 2001, au secrétariat scientifique de l'école doctorale :
    de préférence par courrier électronique en fichier attaché format RTF à l'adresse : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. (la lettre du directeur de thèse sera directement envoyée à l'adresse ci-dessous).
    à défaut sur support papier, à l'adresse de l'Observatoire urbain d'Istanbul – Ecole doctorale : Institut français d'études anatoliennes, Nuru Ziya Sok. N. 22, P. K. 54, 80072 Beyoğlu/ISTANBUL – Turquie.
    Vingt à vingt-cinq doctorants seront sélectionnés par le comité d'organisation de l'école qui en informera tous les postulants au plus tard le 30 avril 2001.
    Les frais de transport, de restauration et d'hébergement des candidats sélectionnés seront intégralement pris en charge par le comité d'organisation, sans avance de la part des candidats.

    Le programme définitif de l'école, avec la liste des doctorants, des animateurs scientifiques et des conférenciers, et le détail du déroulement des journées, sera communiqué dans le courant du mois de mai 2001.

    Pour toute information complémentaire sur les modalités d'inscription :
    Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

    Observatoire urbain d'Istanbul : (0090) 212 244 17 17 poste 116

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    Problématique générale et enjeux scientifiques : explicitations

    Les métropoles du pourtour méditerranéen polarisent des mouvements de population de nature, d'intensité, de temporalité et de rayon très variables, qui contribuent à la fois au dynamisme économique des métropoles, à leur animation quotidienne, à leur aura culturelle, à leurs changements sociaux et à leurs transformations démographiques.

    Il s'agit à la fois de migrations en provenance de provinces plus ou moins éloignées des pôles urbains, de mobilités (intra-annuelles) entre ces provinces et les métropoles, de migrations en provenance de pays étrangers et de mobilités (sans installation durable), parfois très sporadiques, entre les territoires étrangers et les métropoles.

    Face à ce phénomène complexe, les seuls paradigmes confortables et souvent réducteurs de la « migration rurale » et de « l'émigration de travail », souvent présentées sous un angle unilatéral paraissent insuffisants. En outre, l'approche statistique dominante des phénomènes migratoires, approche par définition statique, est impuissante à rendre compte des turbulences démographiques constitutives de la nouvelle métropolité.

    La méthode trop courante qui consiste à assigner à chacun un lieu et une identité exclusifs doit être dépassée. On peut être d'ici et de là-bas en même temps. En conséquence, il est nécessaire de parvenir à intégrer dans l'analyse les pluri-appartenances, les retours, les « allers et retours » et les « circulations » en fait incessants, inscrits ou non dans les « champs migratoires » définis par les migrations à proprement parler.

    Pour en finir avec les approches réductrices, l'objectif est de réfléchir aux méthodologies à mettre en œuvre pour rendre compte de phénomènes désormais saillants dans l'économie et le fonctionnement métropolitains. A ce titre, seul un fin travail de terrain de type anthropologique, affranchi des catégories et a priori communs, peut permettre de saisir les mobilités dans toute leur subtilité et diversité. Collecte de récits de vie, observation flottante et enquêtes menées dans les différents espaces investis (parfois très subrepticement) par les migrants peuvent constituer des méthodes fructueuses pour briser les discours convenus.

    Concrètement, plusieurs axes vont être dégagés au cours des journées :

    1. – Essai d'analyse critique du discours dominant

    Par « discours dominants » on entend en premier lieu les discours produits par les pouvoirs politiques, économiques et les grandes institutions internationales ou régionales du type ONU, UE ou OCDE. Des extraits de rapport seront utilisés pour conduire ce travail préalable indispensable, sorte de tabula rasa conceptuelle. En second lieu, on s'efforcera de décrypter les discours académiques sur la migration et la mobilité, qui fondent bien souvent les discours dominants précités, en s'adaptant à la demande. En d'autres termes, on cherchera à comprendre les conditions de production du discours scientifique en relation avec la nature et les attentes des commanditaires. Pour ce, on procèdera à un état et à une caractérisation des matériaux communément à disposition (« littérature grise », littérature académique, statistiques...), censés décrire les mobilités. Sur quels présupposés et sur quelles méthodes reposent ces analyses ? Comment sont construites les sources utilisées ? Quelle vision de la mobilité produisent ces analyses ? A cet égard, les doctorants comme les animateurs scientifiques seront invités à présenter et à critiquer leurs sources en tenant compte de l'origine et des conditions de production de celles-ci.

    Par là, on espère mettre à jour les paradigmes usés, voire les idéologies ou préoccupations sous-jacentes, qui généralement gênent et parfois biaisent franchement l'appréhension des mobilités métropolitaines.

    2. – Essai d'élaboration conceptuelle : nouvelles lectures du fait migratoire

    Sur la base de la critique du discours dominant développé dans le premier point, on essaiera de faire émerger d'autres modalités d'appréhension des phénomènes migratoires, en examinant comment chacune des disciplines du champ des sciences humaines et sociales peut à sa façon contribuer à la fois à déconstruire les discours dominants et à proposer des voies de recherche plus fines et mieux adaptées.

    Pour ce faire, on tentera une mise au point sur les notions-clés de « migrants », d'« identités multiples », de « diaspora », de « champ migratoire » et de « territoire circulatoire ». Cette mise au point reposera sur les travaux récents des animateurs scientifiques. Chaque doctorant aura là de plus la possibilité d'exposer la méthodologie et la terminologie qu'il compte utiliser, et de la soumettre à discussion et confrontation.

    Cette tentative d'élaboration conceptuelle nous permettra de sortir d'une vision encore trop courante de la migration comme processus contraint et « définitif », créant un « ici » et un « là-bas », qui seraient des territoires définis et parfaitement distincts, comme un « avant migratoire » et un « maintenant post-migratoire » durablement scindés. De la sorte, une place pourra être faite aux mobilités qui ne se soldent pas par des changement de résidence enregistrables par l'état civil des Etats-Nations-Territoires débordés par ce genre de flux, mais qui dessinent plutôt des territoires de vie et d'activités souples et pluriels, à cheval sur plusieurs cadres nationaux.

    3. – Etude de la mobilité comme ressource et stratégie

    Parmi les changements de point de vue à promouvoir, celui qui consiste à analyser les mobilités comme pourvoyeuses de ressources complémentaires (ainsi les mobilités à la valise à peine encore étudiées à Istanbul) ou principales et même comme fondatrices de véritables "entreprises économiques de l'entre-deux" semble heuristiquement fécond. En effet, la tendance dominante tend à faire des migrations la résultante quasi mécanique d'une contrainte – souvent d'ordre économique ou « politique », sans d'ailleurs que ces catégories soient précisément définies dans les typologies de causes inlassablement produites – à laquelle le candidat-migrant serait irrépressiblement soumis. En rupture avec ce point de vue, il paraît intéressant de restituer au migrant sa part d'initiative et sa capacité à s'inventer et à se dessiner un « projet de mobilité ». En d'autres termes, il s'agit de faire du migrant un acteur et d'envisager la migration comme ressource et stratégie.

    Par exemple, la mobilité et les stratégies migratoires sont étroitement liées aux transformations des territoires métropolitains par le biais des projets immobiliers. Dans ce cadre, une étude des rapports entre production du bâti, état du parc de logement et mouvements de populations pourra être esquissée. De fait, on s'aperçoit que les transferts de fonds (qui permettent de construire et de construire encore), de savoir-faire, de modes de vivre/consommer et de compétences sont fortement associés aux mobilités en tout genre. De même, l'examen du rapport entre taux de vacance du parc de logement et turbulence de la population doit être conduit, de manière à mieux cerner la réalité des stratégies immobilières des personnes mobiles et les divers modes d'habiter dans les métropoles. En effet, les migrants peuvent être considérés comme des métropolitains intermittents.

    4. – Réseaux sociaux et mobilité

    Dès lors, il importe d'introduire la notion de réseau social, sans laquelle l'analyse de la mobilité-migration ne s'en tiendrait qu'à la surface des phénomènes. Le questionnement pourrait être le suivant : quels réseaux familiaux, religieux, politiques, géographiques (villageois ou régionaux) et économiques, la migration et la mobilité mettent-elles en jeu ? En quoi chacun de ces réseaux d'allégeance et d'appartenance participe-t-il à la définition et redéfinition du projet migratoire ? On espère par là – à l'inverse de l'approche essentialiste – montrer comment les identités se redéfinissent continuellement en fonction des contextes et des opportunités offertes par les différents réseaux sur lesquels repose l'expérience migratoire.

    Pour cela, on s'intéressera par exemple au rapport entre stratégies matrimoniales et itinéraires migratoires, au fonctionnement des réseaux villageois et à leur rôle dans l'insertion économique, et plus généralement aux activités associatives intramétropolitaines, qu'elles soient de nature religieuse, politique ou géographique.

    5. – Mobilité et configuration des territoires urbains

    Comme il n'y a pas nécessairement d'installation visible et de mise en scène du migrant-mobile, les modes d'investissement des espaces métropolitains par ces acteurs varient et ne produisent pas nécessairement du territoire – continu, stable, physique, cohérent – tel qu'on l'entend communément.

    Ici, une critique de la notion de « territoire ethnique » devra être menée, en tant qu'elle apparaît trop fixiste, réductrice, et « assignatrice », voire essentialiste (selon la logique sous-jacente « un territoire, une ethnie »). Le « territoire ethnique » n'est qu'un des modes d'expression de la présence migrante à la métropole, présence qui se traduit généralement par un rapport plus subtil et moins spectaculaire à celle-ci. La remise en question de la notion de « territoire ethnique » et d' « identité ethnique » des migrants doit permettre de dépasser la simple mise en scène touristico-commerciale de cette présence. En effet, tous les groupes de migrants ne sont pas producteurs de leur propre Chinatown bien visible et délimitée, susceptible en cela de conduire à une folklorisation de leur présence. Les activités des migrants demeurent néanmoins le moteur d'un accrochage territorial indéniable, même si ces activités sont cachées, mobiles (cas des vendeurs de rue), toujours précaires. L'analyse de l'articulation entre territoire de résidence (souvent peu visible et changeant) et territoire d'activité, en faisant éclater la notion de « territoire ethnique », rendra mieux compte de la complexité de la présence des migrants dans la métropole.

    Pour ce, une journée de travail sur le terrain, et l'analyse in situ des territoires et activités de la migration et de la mobilité est prévue. Elle traduit la nécessité d'une approche anthropologique, précisément territorialisée dans des quartiers comme celui de Lâleli, dans la gare routière inter-urbaine d'Esenler ou sur les marchés du travail des Roumains, Moldaves, Azéris et autres.

    DEROULEMENT DES TRAVAUX

    L'école se tiendra sur 5 jours, du lundi au vendredi compris. Elle combinera des interventions des doctorants, ciblées dans le cadre des questionnements présentés ci-dessus, et soumises à une discussion portée par les animateurs scientifiques, et des interventions ponctuelles d'experts travaillant sur le terrain stambouliote.

    Les travaux se dérouleront pour partie au sein de groupes de travail, pour partie lors de séances plénières de synthèse. A cela sera intégrée une journée de travail sur le terrain qui permettra de nourrir les travaux par des exemples concrets.

    Observatoire urbain d'Istanbul

    Ecole doctorale

    Mobilités et migrations inter-régionales et internationales dans les grandes métropoles

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    Tél/Fax :

    E-mail :

    Etudes supérieures (établissement, discipline, spécialisation) :

    Licence :

    Maîtrise (préciser le titre du mémoire) :

    DEA (préciser le titre du mémoire) :

    Thèse (préciser le titre de la thèse) :

    Date de première inscription en thèse :

    Langues maîtrisées pour la compréhension orale et écrite :

    Activité professionnelle pendant la préparation de la thèse :

    Activités et publications éventuelles en rapport avec la thématique des migrations et mobilités :

  • Atelier - Istanbul : müstesna şehrin istisna hali 9/11/2013

    Samedi 9 novembre 2013 13-18h
    au Palais de France
    mustesna davetiye
  • Atelier international Kayseri : ENSAS / Université Erciyes 6-24/10/2012

     

    L’atelier international Kayseri propose de réfléchir au Germir de demain en croisant aménagement urbain et paysager, architecture et restauration. Que souhaite-t-on pour Germir dans le contexte des mutations urbaines rapides aux alentours ? Comment établir des transitions plus douces et des relations plus fructueuses entre ancien et nouveau ? Comment préserver le caractère historique du quartier, valoriser et  réhabiliter son patrimoine bâti et paysager ainsi que ses espaces urbains, tout en permettant à ses habitants d’améliorer les conditions de leur habitat et de rester dans leur quartier qui pourra devenir un lieu de visite et de découverte ?


    L’atelier international Kayseri a été mis en place par les Villes de Strasbourg et de Kayseri en partenariat avec l’Ensas et l’Université Erciyes (Kayseri) et profite d’une subvention qui permet de prendre en charge le voyage et la majeure partie des coûts sur place (hôtel confortable, quelques repas, transports). Deux voyages préparatoires ont permis d'élaborer le sujet et les modalités de travail avec les autorités locales.

    Encadrés par Anne Jauréguiberry, Didier Laroche, Barbara Morovich et Volker Ziegler, 15 à 20 étudiants de master 2 pourront participer à l’atelier à Kayseri, autant d’enseignants et d’étudiants participeront de l’Université Erciyes. Des espaces de travail sont disponibles sur place et à l’université, des échanges avec la mairie et les habitants sont prévues ainsi qu’une excursion en Cappadoce.

    L’inscription pédagogique se fera en UEM211 Projets, espaces et processus urbains (domaine « Architecture, ville et territoire »), quelques places sont ouvertes à des étudiants qui s’inscriront en UEM211 Construire dans l’existant (domaine « Projet, histoire, patrimoines »).
    Après la phase intensive à Kayseri, le travail de projet se prolongera en atelier à Strasbourg pendant semestre, avec des échanges Strasbourg-Kayseri de type « Skype ». Il est possible de poursuivre ce travail en PFE au 2e semestre dans les deux domaines de master.

    Une exposition publique des travaux est prévue à Kayseri en avril/mai 2013 et à Strasbourg en mai/juin 2013 ainsi qu’une brochure bilingue.

    Contact :

    Volker Ziegler Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
    Didier Laroche  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

    Source

     

  • Axes de recherche des études contemporaines 2017

    Le pôle d’études contemporaines rassemble des recherches sur la Turquie contemporaine définie de manière large - de la fin de l’Empire ottoman à nos jours. Il regroupe des chercheurs issus de différentes disciplines (histoire, anthropologie, science politique, sociologie, géographie, démographie) autour de problématiques communes qui constituent ses axes de travail : 

    La recherche du pôle s’inscrit également dans les axes transversaux de l’IFEA :

    Le pôle est actuellement dirigé par Sümbül Kaya, pensionnaire scientifique à l’IFEA depuis janvier 2017 et composé de plusieurs chercheurs, doctorants et post-doctorants 

    {tab=Sümbül Kaya}

    Sümbül Kaya est politiste, responsable de l'OVIPOT et du pôle Études contemporaines de l'IFEA depuis janvier 2017. Elle travaille sur la socialisation politique des jeunes, sur l'armée et plus généralement sur la sociologie politique de la Turquie
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    {tab=Clémence Scalbert-Yücel}

    scalbert-yucelClémence Scalbert-Yücel est géographe, responsable de l'OVIPOT et du pôle Études contemporaines de l'IFEA de septembre 2014 à décembre 2016. Elle travaille sur les politiques linguistiques et culturelles, la fabrique patrimoniale et les questions minoritaires.
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    {tab=Jean-François Pérouse}

    jfpJean-François Pérouse est géographe. Il travaille sur la Turquie contemporaine au travers ses dynamiques urbaines. Il assure la direction de l'IFEA depuis septembre 2012.
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    {tab=Adeline Braux}

    photo abraux

    Adeline Braux a été responsable de l'Observatoire du Caucase de janvier 2014 à août 2106. Spécialiste des migrations, du droit des réfugiés et du phénomène de diasporas dans l'espace post-soviétique, elle s'inscrit dans l'axe Migrations et Mobilités.
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    {tab=Elif Aksaz}

    Elif Aksaz est sociologue, elle enseigne la sociologie des migrations à l'Université Galatasaray. Elle coordonne l'axe Migrations et Mobilités (AMiMo) et travaille sur les questions relatives aux migrations, la sociabilité, le mariage et la parenté
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    {tab=Ayşe Akyürek}

    Ayşe Akyürek effectue sa thèse de doctorat en anthropologie à l'EPHE sous la direction de Thierry Zarcone sur l'intégration de la femme aux fonctions de neyzen et semazen mévlévie au sein de la Turquie moderne. Elle a rejoint l'IFEA en octobre 2014 via le dispositif d'Aide à la mobilité.
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    {tab=Kristen Biehl}

    kristenKristen Biehl is a PhD candidate at the Institute of Social and Cultural Anthropology and the Centre on Migration, Policy and Society (COMPAS), the University of Oxford and doctoral fellow at the Max Planck Institute for the Study of Religious and Ethnic Diversity (MPI MMG) in Göttingen. Her doctoral research focuses on migration, diversification and urban spatial transformation in Kumkapı, Istanbul. She is currently a visiting scholar at IFEA, and is actively involved in the works of AMiMo research programme.
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    {tab=Julien Boucly}

    Julien Boucly effectue sa thèse de doctorat à l'EHESS sous la direction de Nathalie Clayer sur les politiques patrimoniales à Diayrbakır. Il a rejoint l'IFEA en octobre 2015 via le dispositif d'Aide à la mobilité. Il co-anime l'OUI avec Helin Karaman et est activement impliqué dans les axes Patrimoines anatoliens et Processus culturels contemporains.

    {tab=Helin Karaman}

    Helin Karaman effectue sa thèse en sociologie à l'EHESS sous la direction de Nilüfer Göle sur la normalisation des espaces publics à Istanbul depuis les années 1980. Elle a rejoint l'IFEA en octobre 2015 où elle co-anime l'OUI avec Julien BOucly.

    {tab=Anouck Côrte-Réal}

    Anouck Côrte-Réal est post-doctorante à l'IFEA où elle coordonne le projet TRANSFAIRE et anime l'axe Libéralisation.
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    {tab=Jean-François Polo}
    Jean-François Polo est politologue, en délégation à l'Université Galatasaray. Il travaille sur la diplomatie sportive et est impliqué dans le projet TRANSFAIRE en tant que chercheur associé.
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    {tab=Claire Visier}
    Claire Visier est politologue, titulaire d'une bourse de recherche Marie Curie (Université Bilgi). Elle travaille sur les dispositifs de financement de projets européens dans le cadre de la pré-adhésion de la Turquie à l'UE. Elle est impliquée dans le projet TRANSFAIRE et anime avec Clémence Scalbert-Yücel le séminaire de recherche à destination des doctorants.
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    {tab=Lydia Zeghmar}
    Lydia Zeghmar effectue sa thèse de doctorat en anthropologie à Paris-10 sous la direction de Michael Houseman sur l'invention d'une tradition nationale, les modalités de transmission d'une éthique par l'exemple d'une communauté folklorique. Elle a rejoint l'IFEA en octobre 2014 via le dispositif d'Aide à la mobilité.
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    {/tabs}

    Ce pôle de recherche s’appuie sur deux observatoires : Observatoire Urbain d’Istanbul (OUI) et l'Observatoire de la Vie Politique turque (OVIPOT). La mission des observatoires est d’accumuler et de mettre à disposition les sources primaires de la recherche, tout en accueillant des stagiaires et chercheurs de passage.

    Le pôle Études contemporaines est impliqué activement dans la publication de l'European Journal of Turkish Studies via ses membres présents dans le comité de rédaction de la revue.

    {tab=Circulations et Migrations}

     L’axe s’articule autour de l’étude des circulations des pratiques et des savoirs d’une part, et des mobilités et migrations d’autre part. Cet axe, s’inscrivant dans une approche délibérément pluridisciplinaire, sort de l’analyse des catégories et des typologies établies pour travailler à une réflexion sur la globalisation, les phénomènes circulatoires et les dynamiques migratoires.

    En 2015-2016, l’axe organise deux séminaire : le séminaire TRANSFAIRE et le séminaire Migration (AMIMO Working Papers Seminar Series)

    Thématiques de recherche et Projets en cours

    • ANR TRANSFAIRE logo-transfaire

    Cet axe est lié au Projet ANR (2013-2016) “Matières à transfaire. Espaces-temps d’une globalisation (post-)ottomane” (acronyme  “TRANSFAIRE”), dans le cadre du programme GLOB 2012 “Métamorphoses des sociétés  –  Globalisation et gouvernance”. Il est dirigé par Marc Aymes (CNRS, CETOBAC) et coordonné, à Istanbul, par Anouck Corte-Real, chercheure post-doc.

    À l’encontre des travaux qui analysent la mise en circulation de pratiques, d’instruments, de normes et de savoirs comme étape subséquente à leur production localisée, le projet Transfaire vise à étudier les instruments techniques et symboliques produits et reproduits par la circulation.
    L’ANR TRANSFAIRE organise un séminaire de recherche à Paris (CETOBAC- EHESS) et à Istanbul (IFEA).

    • AMiMo (Axe Migrations et Mobilités) AMiMo


    L’Axe Migrations et Mobilités (AMiMo)est ancré dans une tradition de recherches menées à l’IFEA, notamment au sein du pôle d’études contemporaines, de l’Observatoire Urbain d’Istanbulet de lObservatoire du Caucase.L’AMiMo fédère des chercheurs en sciences sociales qui étudient les phénomènes migratoires et de mobilités en relation avec la Turquie et le Caucase.

    En 2015-2016, l’AMiMo organise un seminaire de recherche (AMIMO Working Papers Seminar). 

    L'équipe de l'IFEA est aussi engagée dans le projet ANR LAJEH dont l'objectif est d'approfondir la connaissance des migrations au Moyen Orient en analysant les flux actuels de réfugiés dans leur contexte historique et régional.

    {tab=Territoires}

     Cet axe vise à analyser  la fabrique politique, scientifique et imaginaire des territoires d’une part, la territorialisation des dynamiques sociales et politiques d’autre part. Cet axe s’inscrit dans une tradition de recherche à l’IFEA, notamment autour de l’Observatoire Urbain d'Istanbul fondé fin 1988. La recherche, loin de se limiter aux territoires de la métropole stambouliote, s’intéresse également auxterritoires en région.

    Thématiques de recherche et Projets en cours

    L’objectif de ce projet ANR est de mieux comprendre la manière dont se fabriquent les marges urbaines et les processus d’intégration et d’exclusion dont elles sont l’objet, dans le pourtour méditerranéen. 

    Cette thématique de recherche a été lancée avec un financement duFonds d’Alembert en octobre 2012 et continue autour de collaborations variées notamment avec le séminaire Medi-Lev (INALCO/EFA/LAU-Ehess/IFEA) et le programme MEDITER (Paris-VIII-Claudia Moatti), sur les sciences sociales de la Méditerranée. 

    • Les territoires du politique

    Dans un pays dont la formation en tant qu’État-Nation-Territoire est aussi récente, théâtre de mobilisations politiques à caractère régionaliste, les débats sur la gestion politique du territoire continuent à être vifs. La régionalisation statistique ou la mise en place d’Agences (Régionales) de Développement dans les années 2000 ont contribué à initier d’autres manières d’aborder le territoire national. Les chercheurs de l’IFEA, au sein notamment de l’Observatoire de la Vie Politique et de l’Observatoire Urbain d’Istanbul, ou encore dans le cadre de l’ANR TRANSFAIRE, s’intéressent à l’émergence des pouvoirs politiques locaux, la territorialisation des politiques publiques, ou encore aux rapports entre acteurs publics et acteurs privés dans la gouvernance urbaine et territoriale.

    L’IFEA est aussi engagé dans un programme dénommé « Le gouvernement des grandes métropoles » porté par la « Chaire Ville » de l’École des Ponts et Chaussées (Dominique Lorrain).

    Kristen Biehl, Oxford U. (COMPAS), Max-Planck Fellow

    {tab=Processus culturels}

    Les recherches collectives ou individuelles rassemblées dans l'axe  Processus culturels contemporains entendent analyser les processus culturels contemporains en Turquie dans toute leur complexité et dans un contexte de globalisation. Ce faisant, elles dépassent les oppositions souvent invoquées telles que par exemple modernité-tradition ; sécularisme-religiosité ; culture-politique ; et ré-explorent certaines thématiques centrales des études sur la Turquie, telle que le folklore, la religiosité, le genre, ou les politiques culturelles dans des perspectives neuves au-delà notamment de la perspective de construction nationale ou identitaires.

    Trois projets sont actuellement en cours :

    {tab=Médias}

     Deux projets en cours sont à mettre au crédit de cet axe qui interroge les logiques, fabriques et réceptions des productions médiatiques en Turquie et dans la région

    {tab=Libéralisation}

     Libéralisation et politique sécuritaire

    Après plus de vingt ans d’économie fermée, la libéralisation et  l’internationalisation de l’économie turque observées depuis 1980 ont profondément bouleversé le paysage national économique. L’adhésion en 1995 de la Turquie à l’ douanière a marqué en particulier son intégration dans l’espace (économique) européen sans pour autant effacer toutes les divergences économiques et politiques. Ces processus complexes ont abouti notamment à une diversification et hybridation des pratiques de financement, de production, d’échanges et de consommation, devançant parfois les structures légales.
    Dans ce contexte, les chercheurs du pôle d’études contemporaines s’intéressent aux effets politiques et sociaux de cette interpénétration croissante de la Turquie par le biais de l’économie.
     
    La recherche est développée notamment dans le cadre de l’OVIPOT et de l’OUI et s’articule autour des thèmes suivants :

    • la circulation et transformation du pouvoir à travers l’économie
    • la reconfiguration de la fabrique urbaine stambouliote à partir de pratiques marchandes et économiques 
    • la recomposition de l’État turc par le prisme des privatisations
    • les liens complexes entre la libéralisation politique, la libéralisation économique et la formation de politiques sécuritaires

    {tab=Relations extérieures}

       Projet actuellement en cours:

    Coordination : Yohanan Benhaim etArthur Quesnay 

    Partenaires

    IFPOhttp://www.ifporient.org/
    Université d'Exeter
    http://www.exeter.ac.uk/
    Université Aix-Marseille- CERIChttp://www.ceric-aix.univ-cezanne.fr/ 

    {/tabs}

    {tab=Dipnot}

    Dipnot est le blog des chercheurs de l'IFEA. Y sont proposés des analyses, comptes-rendus de lecture et réflexions en lien avec l'actualité.

    dipnot mini 

     

    Quelques remarques sur l'évolution régionale de l'emploi déclaré entre 2013 et 2014À partir des données récemment fournies par le TÜİK – transformées en cartes par Pascal Lebouteiller – on peut esquisser une brève analyse de l’évolution régionale... http://dipnot.hypotheses.org/1069


    Vahdet, une unification sous le signe de la différence ?Servant manifestement la reconfiguration en cours, « par le haut », du champ de la presse turque, l’arrivée du quotidien Vahdet marque aussi une étape... http://dipnot.hypotheses.org/1054


    Religion, Contention & State Power beyond TurkeyLet me start with a confession of sorts. I am a Dutch post-doc researcher that almost ten years ago stumbled, while living in Damascus... http://dipnot.hypotheses.org/971


    Lieux et milieux du Kurban Bayramı. Retours sur un terrain exploratoire à IstanbulLe séjour de recherche réalisé à Istanbul en amont, pendant et en aval de la « fête du sacrifice » (kurban bayramı, 4-7 octobre 2014) s’inscrit dans un projet de recherche... http://dipnot.hypotheses.org/889


    De la difficulté d’être une ONG ou une association en AzerbaïdjanL’apparence policée du régime azerbaïdjanais s’est fissurée à l’occasion du discours prononcé par le Président Aliyev au Parlement européen... http://dipnot.hypotheses.org/806


    La catastrophe de Soma-Eynez (Manisa, Égée) du 13 mai 2014 : la conséquence inévitable d’un productivisme aveugle ? Le discours du Premier ministre du 14 mai 2014 vers 16 h – soit près de 24 heures après l’accident – a plus visé... http://dipnot.hypotheses.org/739


     Le marché du gaz naturel : vers une libéralisation totale ?Le subventionnement du gaz comme frein à la libéralisation complète du marché Lorsqu’en 2001, la loi n°4646 sur le marché du gaz fut votée, l’objectif visait... http://dipnot.hypotheses.org/489


    Mise en perspective des évolutions du marché domestique du gaz naturel en Turquie depuis 2001Malgré la clémence saisonnière dont jouissent les habitants d’Istanbul ces derniers jours, les hivers sont chaque année... http://dipnot.hypotheses.org/479


    D’une bibliographie à l’autre… À propos du dernier “dossier de l’IFEA” Le 11 février 2014 était mis en ligne le numéro 21 de la série “la Turquie aujourd’hui” des dossiers de l’IFEA. Intitulé Istanbul bibliography 2000-2013, cet épais dossier... http://dipnot.hypotheses.org/470


    “Après les élections locales du 30 mars 2014, 16 000 villages vont être rayés de la carte” C’est ainsi qu’Ali Ekber Yıldırım, le chroniqueur des questions agricoles du quotidien économique “Dünya”, titre son papier en date du 14 janvier... http://dipnot.hypotheses.org/464


    Note de lecture : Écrivains de Turquie. Sur les rives du soleilÉcrivains de Turquie. Sur les rives du soleil est une anthologie d’écrivains turcs contemporains éditée par la maison d’édition Galaade1. Créée en 2005 par... http://dipnot.hypotheses.org/435


    Une nouvelle revue dans le champ de l’urbain, de l’archéologie à l’architecture : TAÇ (premier numéro Octobre-Décembre 2013) On connaît la fondation TAÇ (Türkiye Anıt Çevre Turizm Değerlerini Koruma Vakfı), vieille institution dédiée à la protection du patrimoine “naturel et culturel”, créée en avril 1976 sous l’égide... http://dipnot.hypotheses.org/427


    Compte rendu de lecture : Özcan Yılmaz – La formation de la nation kurde en Turquie L’ouvrage de Özcan Yılmaz intitulé La formation de la nation kurde en Turquie est le résultat de son travail de doctorat qu’il a effectué sous la direction... http://dipnot.hypotheses.org/420


    Les « Jardins de l’Hevsel » : patrimonialisation ou urbanisation ?Les jardins de l’Hevsel à Diyarbakır viennent d’être admis, avec le centre historique et ses murailles, sur la liste indicative du patrimoine de l’UNESCO par le Ministère turc... http://dipnot.hypotheses.org/403


    İki deniz arası – Une marche pour la villeÀ l’heure des Grands Travaux (l’inauguration du Marmaray s’est faite le 29 octobre 2013) qui symbolisent la course effrénée à l’internationalisation et l’hypermétropolisation... http://dipnot.hypotheses.org/370


    Compte-rendu de lecture Dilek Yankaya – La nouvelle bourgeoisie islamiqueLe livre de Dilek Yankaya est issu de son récent travail de doctorat dirigé par Nilüfer Göle. L’ouvrage part d’un fait dont on entend beaucoup parler... http://dipnot.hypotheses.org/364


    Cartographie de l’installation des centrales hydroélectriques en TurquieAfin de réduire ses importations d’énergie fossile qui pèsent de plus en plus lourdement dans sa balance commerciale extérieure et d’accompagner la demande croissante... http://dipnot.hypotheses.org/344


    Note de lecture. Migration around Turkey: Old Phenomena, New Research Le programme de recherche Migration Research Center at Koç University (MiReKoc), établi en 2004 avec la collaboration de la fondation suisse the Foundation for Population, Migration...http://dipnot.hypotheses.org/325


    Selam ou la mise en scène de l'action du mouvement de Fethullah Gülen à l'étranger « L’homme blanc peut-il être bon ? » se demande au début du film un enfant sénégalais face à l’indifférence des Occidentaux. C’est à cette question que le film Selam...http://dipnot.hypotheses.org/280


    La possibilité d'une paix. Le "processus de paix" en Turquie : quelques publications à signaler Ce qu’il est convenu depuis la fin de l’année 2012 d’appeler le “processus de paix” (barış süreci) et qui s’est traduit par le retrait des éléments armés...http://dipnot.hypotheses.org/271


    Compte Rendu de Séminaire « Perceptions des migrants internationaux en Turquie » Le 12 avril 2013 s'est tenu à l'université de Bilgi un séminaire portant sur la perception des migrations et des migrants internationaux en Turquie. Organisée en partenariat...http://dipnot.hypotheses.org/249


    Les variations régionales du taux de fécondité en 2010/Regional variations of the fertility rate in 2010 On sait le caractère politiquement sensible des questions démographiques dans la Turquie actuelle. Le pouvoir politique s'en saisit fréquemment à travers des déclarations...http://dipnot.hypotheses.org/208


    Televizyon dizileri kentsel dönüşümü sahiplenince.. « kayıp şehir »? Televizyon dizileri yoluyla mahalle olgusunu simgesel olarak yeniden şekillendirmeye ve bu dizilerin yeni gözde konusu olan İstanbul'un...http://dipnot.hypotheses.org/193
    Quand les séries télévisées s'emparent de la transformation urbaine... Ville perdue ? Pour la dernière fois, le 26 mars 2013, a été diffusé sur la chaîne Kanal D un épisode du feuilleton télévisé turc « ville perdue » (Kayıp şehir)...http://dipnot.hypotheses.org/184


    Jérome Cler – Turquie. Cérémonie de Djem Bektashi – La tradition d'Abdal Musa À la fois liturgie commémorant les récits fondateurs de la foi des bektashis et agape fraternelle réunissant toute la communauté, la cérémonie...http://dipnot.hypotheses.org/173


    Recherche et photographie Évolutions politiques, identité nationale, conflits sociaux, mythes collectifs... Nombreux sont les photographes...http://dipnot.hypotheses.org/165


    Les nouveaux horizons d'influence de la Turquie à travers l'indicateur des liaisons aériennes À l'heure où l'appel d'offre pour la construction du troisième aéroport international d'Istanbul...http://dipnot.hypotheses.org/45


    L'évolution depuis 2002 des investissements directs turcs à l'étranger : un indicateur de rayonnement à suivre Si l'habitude est grande d'étudier la Turquie comme un pays-cible pour les investissements directs étrangers (IDE)...http://dipnot.hypotheses.org/41


    La création de 13 nouvelles municipalités métropolitaines en Turquie par la modification de la loi n.5779 ou le triomphe écrasant de l'urbain dans l'ordre de gestion territoriale Le 11 novembre 2012 la Grande Assemblée Nationale de Turquie a finalement – après des débats très houleux...http://dipnot.hypotheses.org/37

    {tab=Bibliothèque}
    La bibliothèque de l'IFEA met chaque mois en avant une sélection d'ouvrages autour d'un thème (qu'il s'agisse de villes, de questions brûlantes, de problématiques en lien avec notre programmation scientifique, ou de la mise en valeur d'auteurs emblématiques pour nos disciplines ou ayant imprimé leur marque dans l'histoire de l'institution....).

    La Turquie et l' européenneMars 2015 Sans être exhaustive sur ce thème, la bibliothèque de l’IFEA reflète bien la production scientifique sur les questions Turquie-Europe et ses évolutions... http://dipnot.hypotheses.org/983
    La Méditerranée dans les sciences sociales et humaines turques : une discrète nouvelle venue ?
    Février 2015 La question de la Méditerranée “vue de Turquie” continue à nous préoccuper. Après le cycle de conférences... http://dipnot.hypotheses.org/981
    Planification régionale et territoriale en Turquie
    Décembre 2014 Le dernier et dixième « Plan quinquennal de développement » (Kalkınma Planı) – qui concerne la période 2014-2018 – a été rendu public au printemps... http://dipnot.hypotheses.org/911
    Autour de la relation Turquie-Azerbaïdjan
    Octobre 2014 La relation de proximité qu’entretiennent l’Azerbaïdjan et la Turquie se manifeste dans bien des domaines... http://dipnot.hypotheses.org/874
    La Turquie et ses voisins syrien et irakien
    Juin 2014 Les frontières tracées à l’issue de la signature du traité de Lausanne en 1923 ont...http://dipnot.hypotheses.org/769Tour d'horizon des Études culturellesMars 2014 La notion de « culture », plutôt que de désigner un panthéon de références doit se définir comme « les manières de vivre... Présentoir
    Une production audiovisuelle turque sous contraintes multiples : l’Histoire, l’audience, le marché, le
    politique
    Décembre 2013 En l’espace d’une vingtaine d’années le paysage audiovisuel turc (PAT) a considérablement évolué...
    Présentoir
    Marges urbaines, par-delà centre et périphérie Octobre 2013 Compte tenu du développement effréné et inégal de l’organisme urbain stambouliote, il paraît difficile...Présentoir
    Le commerce, un objet d'étude pluridisciplinaire Mars 2013 « Les clients continuent à venir chez moi car chez DIA, on fait passer les produits... Présentoir
    Politique étrangère de la Turquie Janvier 2013 Formée d’après la formule  d’Atatürk “paix à l’intérieur, paix à l’extérieu...Présentoir
    Trabzon Décembre 2012 Nous présentions le mois dernier Kayseri, la ville aux quatre universités (dont deux...Présentoir
    Kayseri À partir de ce mois de novembre 2012, le présentoir de la bibliothèque de l'IFEA sera désormais péri... Présentoir

    {/tabs}

  • Axes transversaux de recherche

    Les axes de recherche transdisciplinaires à l'IFEA s'appuient sur le plus petit mais puissant dénominateur commun qu'est le territoire turc dans toute son ampleur, ainsi que ses langues. Ces axes transversaux – qui fondent en partie l’identité et la spécificité de l’équipe - sont listés ci-dessous de manière synthétique et sont matérialisés par les travaux et rencontres scientifiques inscrites au programme de l'institut.

    • Patrimoines anatoliens : construction, définition, catégorisation et modes de gestion du patrimoine. 

    •  Faire Méditerranée : comment la Méditerranée est-elle perçue en Turquie ? Sur quoi s'appuie le sentiment d'appartenance méditerranéen ? Les enjeux environnementaux ou patrimoniaux participent-ils à l'éveil d'une conscience méditerranéenne ?

    •  Environnement : comprendre les mécanismes de légitimation des grands projets d’infrastructures (énergétiques, de transports, etc.) impulsés par le gouvernement turc, présentés comme la matérialisation des progrès techniques et économiques du pays et analyser de quelle manière ils entrent en conflit avec d’autres répertoire de légitimation (conservation, protection, etc.).

    • Voix des diasporas anatoliennes de France: mémoires et trajectoires croisées: Une collaboration IFI/IFEA couvrant la période 2013-2016. L’objectif est de montrer à un public turc, au travers d'une série de rencontres, qu’il peut être intéressant de porter le regard sur la diaspora anatolienne de France, ensemble pluriel qui ne peut être réduit aux caricatures qui en sont parfois faites. Les mémoires croisées, proches, de France – c’est là notre postulat - peuvent permettre de reconstruire les mémoires communes anatoliennes, plus éloignées.
  • Ayşegül Cankat - Le mythe du patrimoine minoritaire : 20/04/2011

    Séminaire "Mémoires et mobilités urbaines"
    Mercredi 20 avril 2011 à 18h à l’IFEA

    Ayşegül Cankat (École Nationale Supérieure d'Architecture de Grenoble)
    "Le mythe du patrimoine minoritaire"
    Intervention en français.
  • Aziliz PIERRE

    Doctorante en sociologie

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    Statut: Boursière AMI rattachée à l'IFEA (2013-2015) - Axe commerce

    Thèse de doctorat:

    Le monde de l'épicerie à Istanbul. Etude des rôles sociaux urbains des bakkal. (titre provisoire)

    Thèse de doctorat effectuée sous la direction de Jean-Pierre HASSOUN (laboratoire IRIS) à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).

  • Bedis Yılmaz : Les quartiers du centre-ville stambouliote : une histoire marquée par les migrations

    Étant dans la phase d’élaboration de mon sujet de thèse et d’évaluation de sa faisabilité, mon intervention à la Session d’Etudes Doctorales n’a pas eu pour objectif de proposer des idées ou des outils de recherche déjà construits, ni d’argumenter quelques résultats. Il s’est agi de présenter les concepts et les lieux qui forment les fils conducteurs de ma recherche.
    Mon mémoire de DEA, intitulé “ Les enfants travaillant dans les rues d’Istanbul, leurs espaces et leurs familles : une des faces de la pauvreté urbaine ”, a porté sur une population issue d’une migration interne récente et forcée provenant des régions d’Anatolie de l’est et du sud-est. Cette population habite un quartier dégradé du centre-ville stambouliote, le quartier de Tarlabaşı, près de l’avenue commerçante d’Istiklal et de la grande place de Taksim. Par le biais d’une d’étude sur les enfants vendeurs ambulants, l’accent a été mis sur les stratégies de survie mises en œuvre par cette population. J’ai pris en compte tant les aspects familiaux que professionnels, mis en perspectives avec la particularité du lieu de travail. L’objectif de cette recherche a été d’appréhender les conditions de vie de cette population en se focalisant sur la manifestation la plus explicite de leur pauvreté : le travail des enfants dans la rue.

    Migrations forcées

    L’étude des conditions de vie de ces familles a permis de souligner l’importance d’un phénomène récent en Turquie : l’influence sur les migrations des conflits armés dans les régions de l’est et du sud-est du pays qui ont pris l’ampleur à partir du milieu des années 1980. Ce phénomène a entraîné un flux migratoire, tandis qu’à partir de 1993, le nombre des personnes déplacées de façon “ forcée ” a fortement augmenté. Le déplacement forcé renvoie à plusieurs processus qui incluent la déportation et/ou l’incendie de villages par l’armée ou par le PKK, et la désertion des villages par leurs habitants pour des raisons de sécurité et/ou économiques (Çetin, 1999 : 4-5). Faute de chiffres exacts sur l’ampleur de ce phénomène, les estimations varient : “ Le politicien kurde, Murat Bozlak évalue le nombre des personnes ayant dû migrer dans les régions de l’est et du sud-est entre 2,5-3 millions ” (Kirisçi–Winrow, 1997 : 139). Le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) précise que les chiffres varient considérablement en raison des difficultés à discerner les déplacements volontaires et forcés. Dans son rapport publié en 1997 sur la situation des réfugiés dans le monde, le HCR estime le nombre de ces déplacés entre 500 000 et 2 millions, précisant par ailleurs que les autorités turques, elles, mettent en avant le chiffre de 350 000 personnes (BMMYK, 1997 : 106).
    La migration forcée est aujourd’hui un phénomène important pour appréhender les analyses urbaines en Turquie puisqu’elle diverge complètement des migrations précédentes. Elle ne peut, de ce fait, être décryptée avec les anciens outils d’analyse et nécessite l’élaboration de nouveaux concepts, résultats d’un nouveau regard adapté à cette nouvelle forme de migration. Il s’agit d’une migration mise en œuvre “ sans la moindre préparation institutionnelle, par un processus complètement informel, d’une façon forcée et sous la pression des conditions extraordinaires ” (Erder, 1997 : 151). Ce qui rend le déplacement forcé différent des autres formes de migrations connues jusqu’alors en Turquie est que les migrants en question n’ont, soit plus de village, soit aucun moyen d’y accéder ; en tout cas, la relation avec le village se trouve totalement brisée. En outre, le processus de la migration forcée ne concerne pas uniquement les membres économiquement actifs de la famille mais l’ensemble de celle-ci. De ce fait, les conditions d’adaptabilité au milieu urbain, tant par le logement que par l’emploi se trouvent anéanties. “ Le fait que tous les membres de la famille soient issus de la migration ensemble et simultanément supprime les potentiels d’une adaptation graduelle et flexible. Ces ménages caractérisés par des adultes non-qualifiés et un nombre élevé d’enfants peuvent difficilement rentrer dans les réseaux de relations basés sur la province de provenance, et par conséquent, ils sont poussés vers la solitude ” (Erder, 1995 : 118).
    À partir de l’exemple du quartier de Tarlabaşı, où une partie des familles kurdes issues de cette migration s’est installée, j’aurais pu étendre mes recherches à d’autres quartiers où se sont fixées des populations issues d’une migration forcée et comparer leurs modes d’installation, leur articulation aux marchés du logement et du travail en identifiant les caractéristiques qui les différencient des populations installées antérieurement. Cependant, une deuxième direction m’a semblé plus pertinente : réaliser une étude approfondie de l’histoire du quartier de Tarlabaşı , par le biais d’une monographie. Les difficultés d’accès aux sources m’ont un temps fait hésiter mais, après discussions avec quelques chercheurs, j’ai été convaincue de la faisabilité de cette étude. Les questionnements et la méthodologie relatifs à cet axe de recherche sont ci-après présentés.

    Tarlabaşı : un quartier dégradé du centre-ville stambouliote

    Avec les mouvements de modernisation dans l’Empire ottoman à la fin du XIXe siècle, la sous-province de Beyoğlu, à l’époque connue sous le nom de Péra, a évolué différemment de l’ancienne ville intra-muros. Cette dernière abritait la population musulmane, tandis que Péra était en majorité peuplé par une population non-musulmane : les Grecs, les Arméniens, les Juifs, les Levantins et les Musulmans aisés. Dans la rue centrale, la Grande Rue de Péra, aujourd’hui avenue Istiklal, les bâtiments comptaient 5-6 étages et ceux du quartier de Tarlabaşı 2-3 étages. Péra représentait la facette “ moderne ” d’Istanbul, à la fois par le mode de vie de ses habitants et par ses bâtiments, dont la plupart portaient la signature d’architectes européens et restent considérés aujourd’hui comme faisant partie du patrimoine architectural du pays.
    Depuis l’instauration de la République turque en 1923, la population non-musulmane du pays a connu une baisse considérable et le quartier de Beyoğlu a, en conséquence, vu sa population changer. Ce changement s’est fait parallèlement au processus de “ turquification ” de l’Etat-nation , c’est-à-dire à une graduelle diminution du “ vieux fonds de la population non-musulmane ” (Yerasimos, 1997 : 204). Les événements essentiels de ce processus ont été, par ordre chronologique :

    • l’échange des populations entre la Grèce et la Turquie de 1923-24 après la Première Guerre mondiale et la Guerre d’Indépendance turque ; même si la population grecque stambouliote en a été officiellement exclue, il y a eu de nombreux départs.
    • l’Impôt sur la Propriété pratiqué sur une courte période, à partir de 1942, et ciblant essentiellement les propriétés des non-musulmans, surtout ceux d’Istanbul ;
    • la création de l’État d’Israël et l’émigration d’une grande partie de la population juive vers ce pays ;
    • le pillage des magasins et propriétés grecs, organisé en septembre 1955 suite à une provocation des groupes nationalistes turcs ;
    • la déportation des personnes ayant la nationalité grecque en 1964.

    En ce qui concerne les quartiers à Beyoğlu, Tarlabaşı compris, un autre fait est aussi important que ces événements : le déplacement des classes aisées vers d’autres quartiers d’Istanbul, surtout vers le nord. Le quartier de Tarlabaşı est aujourd’hui en déclin : la valeur locative est faible et plusieurs bâtiments sont en ruine. Ces caractéristiques rendent le quartier attractif pour les couches économiquement les plus faibles de la société et il constitue généralement le premier lieu d’habitation pour les nouveaux immigrés avant qu’ils ne trouvent le moyen de déménager dans un autre quartier. Parmi ces couches pauvres, on peut citer : les personnes issues de la migration forcée (les Kurdes mais aussi les Syriaques et les Arabes) ; les non-musulmans originaires du quartier qui n’ont pu le quitter ; les populations issues des migrations internes antérieures qui n’ont pu déménager ; les Tsiganes, les migrants d’Afrique noire en attente d’un passage vers les pays européens ; les prostituées et les travestis. A contrario, d’autres parties de Beyoğlu, et notamment Cihangir, Çukurcuma, Galata et les environs de la rue piétonne d’Istiklal témoignent d’un processus de gentrification.
    Il importe de mettre l’accent sur la transformation du quartier de Tarlabaşı suite aux événements mentionnés et, plus explicitement, sur les processus de changements de propriétaires. À ce sujet, Stéphane Yerasimos nous dit que suite aux événements de 1955 “ la propriété immobilière des émigrés grecs, souvent bloquée, se trouve occupée par de nouveaux migrants, transformant rapidement le quartier ” (1997, 204).
    Comment le quartier de Tarlabaşı s’est-il transformé en un quartier de slum ? Les éléments de réponse doivent principalement être cherchés dans l’histoire des changements de propriétaires de ce patrimoine urbain. Quel est le parcours suivi par les titres de propriété, par quels processus les propriétaires originels ont-ils cessé de l’être? Un autre point important est que ces propriétaires originels ont dû abandonner ou vendre leur propriété à un prix plus bas que leur valeur et qu’encore aujourd’hui, on peut trouver dans le quartier de nombreux bâtiments vacants ou récemment occupés de manière illégale, tandis qu’une grande partie du parc immobilier est en ruine. Afin de mieux esquisser les transformations démographiques du quartier depuis un siècle environ et de dégager ainsi l’histoire sociale du quartier, j’entends réaliser une analyse des registres de titres de propriété de l’arrondissement de Beyoğlu. Cette approche méthodologique présente de nombreuses difficultés liées à l’accession aux titres de propriétés. La recherche réalisée par Ayhan Aktar relative à l’impôt sur la propriété en souligne toutefois la pertinence. Ayhan Aktar a analysé le transfert de richesses de mains de non-musulmans à mains de musulmans, devenus ainsi une classe de commerçants ne constituant pas une menace contre l’administration de la République. Ceci semble précisément être le cas pour Beyoğlu, sans que les propriétaires originels aient été rétribués à hauteur de la valeur réelle des propriétés. En analysant le changement de propriétaires, il sera possible de suivre le mouvement des populations.
    En outre, l’analyse des titres de propriétés peut être complétée par la collecte d’histoires orales et de récits de vie fournis par d’anciens habitants du quartier, qu’ils y résident encore ou non.
    Seront ensuite explorés les aspects concernant le tissu social actuel du quartier. Dans le cadre de mon mémoire de DEA j’ai analysé une partie de ce tissu, à savoir les familles kurdes installées au cours de la dernière décennie suite aux conflits dans leur village d’origine en Anatolie du sud-est. Cependant, le quartier abrite une population très hétérogène. On peut avancer l’idée que ce quartier a eu tendance à être un premier lieu d’habitation pour des populations à revenus faibles avant qu’elles trouvent les moyens de se déplacer ailleurs dans la ville. Sa population est donc constamment renouvelée.
    À partir de ce point, je chercherai à répondre aux questions suivantes :

    • Quelle est l’influence de la migration interne sur la structure de la population du quartier ?
    • Quelles sont les spécificités du parc immobilier du quartier qui le rendent accessible aux populations pauvres ?
    • Quelles sont les activités économiques dans le quartier ; quelle est la part du secteur informel ?

    Je compte mener un travail de terrain auprès d’un nombre limité de familles habitant actuellement Tarlabaşı, en m’appuyant sur la méthode de l’observation participante nourrie d’entretiens.
    En bref, Tarlabaşı est un quartier structuré par les émigrations et les immigrations. Au cours des différentes périodes, divers groupes ethniques s’y sont installés, transformant le quartier. Mon objectif est de saisir la nature de ces transformations en étudiant les registres de propriété et d’esquisser une carte sociale du quartier au fil de l’histoire.

    Conclusion

    De nombreuses critiques constructives ont été formulées au cours de cette école doctorale. Elles m’ont ouvert de nouvelles pistes de réflexion. La discussion a porté sur deux points essentiels : premièrement, la nécessité d'établir une approche comparative ; deuxièmement, la prise en compte du concept d’“ étranger de l’intérieur ” développé par Lamia Missaoui . Les participants ont donné des exemples d'autres villes du bassin méditerranéen, dont certains quartiers ont vécu un destin similaire à celui constituant mon objet d'étude. Il pourrait être possible de tracer les traits de la “ taudification ” de ces quartiers en passant par leur processus de transformation démographique. L'exemple de Jérusalem est notamment intéressant et m’incite à porter un regard croisé. Le deuxième point, la notion d’“ étranger de l'intérieur ”, permet de suivre le processus de construction des étrangers de l'intérieur à partir des communautés minoritaires à la fois dans les dernières décennies de l'Empire ottoman, et dans la République turque. Cette notion pourrait également permettre d’élucider les comportements actuels de la République vis-à-vis de ses minorités.

    Bibliographie

    • AKTAR, Ayhan, Varlik Vergisi ve ‘Türklestirme’ Politikalari, Istanbul, Iletisim, 2000.
    • Birlesmis Milletler Mülteciler Yüksek Komiserligi, Dünya Mültecilerinin Durumu–Bir insanlik sorunu, Oxford, Oxford University Press, 1997.
    • ÇETIN, Vedat (ed.), Yakilan/Bosaltilan Köyler ve Göç, Ankara, Öteki Matbaasi, 1999.
    • ERDER, Sema, “ Yeni kentliler ve kentin yeni yoksullari ”, Toplum ve Bilim, n°66, Printemps 1995.
    • ERDER, Sema, Kentsel Gerilim, Ankara, Umag, 1997.
    • Insan Haklari Dernegi, “ Istanbul’a siginan Kürtlerin yasam kosullari üstüne ”, Insan Haklari Dernegi Bülteni, Istanbul, Özel Sayi, décembre 1998.
    • Istanbul Ansiklopedisi, Istanbul, Tarih Vakfi, 1995.
    • KIRISÇI Kemal–WINROW Gareth M., Kürt sorunu–Kökeni ve gelisimi, Istanbul, Tarih Vakfi Yurt, 1997.
    • SÖNMEZ, Mustafa, Istanbul’un Iki Yüzü–1980’den 2000’e Degisim, Ankara, Arkadas, 1996.
    • SEN, Mustafa, “ Güneydogu Anadolu göçmenleri, konut ve kentlesmede yeni örüntüler ”, in Emine M. Komut (ed.) ‘Digerleri’nin Konut Sorunlari, Ankara, TMMOB Mimarlar Odasi, 1996.
    • YERASIMOS, Stéphane, “ Istanbul : La naissance d’une mégapole ”, Revue Géographique de l’Est, Tome XXXVII, n°2-3, Septembre 1997, pp. 189-215.
  • Benoît Fliche : Chronique d'un "exil" : Réseaux biographie et fluidité sociale

    Village ayant subi l’exode rural, comme toute la région de Yozgat (Anatolie Centrale, Turquie) dans laquelle il se situe, Büyükkışla a cette particularité de connaître depuis quatre ans une renaissance alors même qu’il avait totalement disparu vingt ans auparavant et que ses habitants semblaient en avoir fait le deuil. Réinvestissant ce lieu “ physiquement ”, avec la reconstruction de maisons, comme “ symboliquement ”, à travers la création d’une association, les anciens villageois, maintenant ankariotes ou gurbetçi (exilé – migrant) mettent en place un processus de patrimonialisation de ce territoire.
    Ce phénomène de retour est impulsé par Duran, un ancien göç (migrant) de France qui a effectué en 1996 son retour “ définitif ”. Si cet homme d’une cinquantaine d’années est devenu très rapidement mon “ informateur privilégié ”, nos relations ne s’arrêtent pas là : cherchant à rendre compte de son étonnant parcours dans le cadre de ma thèse, je suis aussi ce que l’on pourrait appeler son “ biographe ”. L’objectif principal de cette biographie ne réside pas dans l’élaboration d’une illustration, d’un simple exemple visant à donner chair à un discours ethnologique qui nous entraînerait dans l’un des travers si bien décriés par Passeron (1990) : celui de croire que, parce que plus suggestive par l’expérience “ vécue ” qu’elle offre, la biographie est forcément plus pertinente et se justifie par ce biais d’elle-même, sans qu’aucune interrogation méthodologique ne lui soit portée . Si je cherche à explorer plus avant les ressorts de cette vie, c’est qu’en arrière-plan se profile l’ambition de mieux comprendre comment s’articulent la liberté individuelle, les rôles qu’endossent les individus pour pouvoir se mouvoir, avec plus ou moins d’efficacité, au sein d’un paysage social et les normes sociales comme contraintes mais aussi comme édificatrices de ces rôles. Or, il semble que la biographie soit “le lieu idéal pour vérifier le caractère interstitiel de la liberté dont disposent les agents comme pour observer la façon dont fonctionnent concrètement des systèmes normatifs qui ne sont jamais exempts de contradictions” (Lévi, 1989 :1333). Plus largement, il s’agit de montrer que si, bien évidemment, le contexte social imprègne un individu, contexte qu’on ne peut se passer de décrire, —“ les biographies ne parlent pas toutes seules ” disait Lévi-Strauss à propos de Soleil Hopi (1948)— il faut aussi souligner comment ce même individu influence le contexte social, joue avec ses normes, se dégage un espace de liberté.
    Pour ma part, répond en écho à cette approche biographique, une notion largement utilisée en sciences sociales : celle de “ réseau social ”. Elle paraît en effet “ tout à fait utile dès lors qu’on s’intéresse à des individus et à l’usage qu’ils font de leurs rôles plutôt qu’à des rôles et à la manière dont ils investissent des individus ; à des pratiques qui jouent des limites institutionnelles ou qui les traversent plutôt qu’à des pratiques qui les confirment ” (Hannerz, 1980 : 225), à condition de ne pas céder à une rationalisation outrancière des acteurs, travers dont nous met justement à l’abri une approche biographique.
    C’est dans cette perspective que s’inscrit l’exploration d’un chapitre de la vie de Duran, celui de son expérience migratoire en France (1973-1996). Cette “ chronique d’un exil (gurbet) ” est finalement une mise en débat de cette posture méthodologique qui tente de corréler une approche biographique à une approche réticulaire dans l’espoir de rendre plus intelligible ce que l’on pourrait nommer “ la fluidité de la vie sociale ”.

    Où Duran apprend ce “ dur métier qu’est l’exil ” …

    La famille de Duran fait partie de cette classe de villageois légèrement aisée, suffisamment riche pour permettre à ses enfants mâles de migrer ; migration synonyme d’une promotion sociale non négligeable. Il serait cependant erroné de croire que le départ de Duran pour la France s’inscrit dans un vaste projet familial : le candidat familial désigné à l’immigration n’est pas lui mais son frère cadet qui fut le premier à tenter l’aventure à Ankara comme poissonnier. Par la suite, son mariage confirma cette sélection parentale comme migrant, car il était bien plus “ stratégique ” d’un point de vue migratoire que celui de son frère aîné : en épousant la fille du premier kislali (originaire de Büyükkisla) à avoir migré en Allemagne, il lui devenait facile de partir comme “ gendre ”. À la différence de son frère, Duran ne profite d’aucune stratégie familiale pour migrer mais d’une “ occasion ”. Revenu en 1973 de son service militaire où il avait appris des rudiments de maçonnerie, il se présente comme maçon au bureau de l’IIBK qui l’envoie quelques mois plus tard à Narbonne (sud de la France). Ce départ, pris en charge par l’Etat, ne nécessite donc aucun investissement financier de la famille . Plus que d’une politique migratoire familiale, il est le fruit de la chance : sur la trentaine de jeunes candidats, deux seulement sont retenus.
    Duran arrive donc à Narbonne avec un groupe de douze autres migrants en 1973 : les premiers Turcs de Narbonne. La CFDT apprend alors l’existence de ce groupe d’immigrés et envoie deux femmes donner des cours d’alphabétisation. Assez rapidement, Duran va se distinguer de ses compatriotes par une ardeur au travail peu commune, par sa capacité d’apprentissage du français , lui qui n’a pas eu la chance de poursuivre ses études au-delà de l’école primaire, mais aussi —contrairement à ses collègues— par la compréhension des avantages que peut lui procurer la fréquentation de ce syndicat. Il noue des relations qui se révèlent forts utiles lorsque l’entreprise de bâtiment qui l’embauchait dépose le bilan neuf mois après son arrivée en France.
    Trois possibilités s’offrent alors à notre gurbetçi : la première est de retourner en Turquie, solution à vrai dire inimaginable tant ce retour “ prématuré ” signifie pour lui un aveu d’échec ; la deuxième est de partir comme les douze autres turcs aux quatre coins de la France pour retrouver d’autres familles turques et un travail ; la dernière est de rester sur place. Alors qu’il maîtrise encore peu la langue française et qu’il pourrait rejoindre un cousin à Strasbourg, Duran prend la décision de demeurer à Narbonne. Sa stratégie consiste à s’éloigner de ses compatriotes, cela pour se doter d’un “ capital ” culturel dont il sait que l’acquisition ne peut passer que par cette phase d’isolement. Il fuit un environnement régi par des liens “ forts ”, des relations multiplexes , qui offrent de nombreux avantages (sécurité, emploi,…), mais qui sont aussi source d’une haute normativité. Il préfère, durant cette période, établir des liens “ uniplexes ” qui lui permettent de conserver une autonomie, quitte à les transformer par la suite en liens multiplexes (via l’amitié, par exemple). Sortant délibérément du champ migratoire turc, il s’aventure, tel un pionnier, en des terres vierges, devenant par là un “ migrant actif ” (Simon, 2000).
    Grâce à la CFDT, il obtient un emploi dans une usine de peinture, ce qui lui permet de faire de très rapides progrès en français. Après quoi, il retourne dans le milieu du bâtiment comme ouvrier. Deux ans d’épargne lui permettent d’effectuer un premier retour en Turquie durant l’été 1975. Il y fait construire un immeuble de trois étages sur le bout de terrain que son père lui avait demandé d’acheter quelques années auparavant à Ankara, et y installe ses parents, sa jeune sœur, sa femme et ses enfants. Trois des quatre appartements sont loués, les loyers assurant ainsi la subsistance de la famille. Puis il retourne en France, toujours sans sa famille.
    Ainsi se clôt cette période de premiers contacts avec la France. Duran a réussi en deux ans à apprendre un métier, une langue étrangère, à nouer des relations professionnelles et amicales avec quelques Français, pour en définitive investir ses petites économies en Turquie, dans un immeuble de Sentepe, quartier de gecekondu (habitat auto-construit) d’Ankara où se trouvent réunis la plupart des Kislali. A lui, revient la charge de s’occuper de ses parents : ses frères, partis en Allemagne, avaient aussi la possibilité financière de faire construire mais ils ne l’ont pas fait. Il faut attendre 1975 —époque à laquelle le village s’était déjà considérablement vidé— pour que ses parents puissent enfin s’installer à Ankara. Cependant, s’il remplit son devoir de fils aîné, signant par là son attachement à son milieu d’origine —c’est d’ailleurs de lui qu’il attend une reconnaissance “ sociale ”— il ne demeure pas moins jaloux de son autonomie gagnée en France, ce qui explique son retour sans sa femme et ses enfants. Nous pourrions dire, pour reprendre une typologie d’Hannerz , qu’il est alors dans une phase de ségrégation : il investit de façon équilibrée dans plusieurs zones de son réseau sans que ces derniers ne soient en relation les uns avec les autres. Deux zones sont ici clairement identifiables : la zone “ française ” et la zone “ turque ”.
    S’amorce dès lors une deuxième période où il va progressivement prendre la figure d’articulateur social.

    Où Duran devient le premier Turc de Narbonne…

    Revenu en France, il s’installe comme artisan-maçon et très rapidement se fait connaître par l’excellent rapport qualité-prix qu’il offre. Des entrepreneurs immobiliers lui proposent alors un nouveau type de travail. Il ne s’agit plus simplement de faire quelques travaux de maçonnerie mais de construire des lotissements. La technique est la suivante : une entreprise sous-traite à Duran le “ gros œuvre ” (fondation, murs,…), et ce dernier se charge uniquement d’amener sur place la main d’œuvre qu’il paie à “ la tâche ”, c’est-à-dire au mètre carré. Il cherche alors des ouvriers qui trouvent leur compte dans ce travail et avec lesquels il puisse s’entendre (presque au sens littéral). Sa politique de recrutement commence dès 1979. La même année, il désire acquérir un immeuble, ce qui nécessite la venue de sa famille : en mars, ses enfants et sa femme s’installent à Narbonne. 1979 marque donc un véritable tournant dans sa carrière de migrant : sa période d’errant se clôt et débute sa carrière d’entrepreneur ainsi que celle d’articulateur ou de pivot communautaire. Il rentre alors progressivement dans une phase d’intégration (Hannerz, 1980 : 320) : au fur et à mesure, il va connecter des segments de son réseau à d’autres alors qu’aucun lien n’existait entre eux .
    Deux secteurs de la zone “ turque ” de son réseau se mettent en place en 1979 : le premier est constitué de liens faibles, le second de liens forts puisque familiaux. Pour composer le premier secteur de cette zone, Duran entre en contact avec l’un de ses compatriotes des premières heures à Narbonne, parti à Bollène après la “ faillite ”, et qui est devenu son ami. Il le charge d’opérer un premier “ recrutement ” dans cette ville. Ce dernier s’effectue alors en fonction des liens amicaux qui unissent les migrants, amitié qui se trouve appuyée par une commune confession, l’alévisme . Cela n’est pas sans conséquence sur la nature des liens entre Duran et les nouveaux arrivés : de liens faibles, uniplexes, on passe rapidement à des liens plus forts, multiplexes. D’autre part, l’information circule et se crée une dynamique migratoire en direction de Narbonne, phénomène qui échappe au contrôle de Duran.
    Le deuxième secteur est familial. Duran fait venir tout d’abord son beau-frère, son cousin de Strasbourg, son deuxième frère, un cousin resté en Turquie. Après quoi, la chaîne migratoire familiale prend de l’autonomie et chaque membre de la famille fait venir qui son cousin, qui son bacanak , qui son neveu.
    Si ces chaînes migratoires semblent se constituer “ au petit bonheur la chance ”, leur formation répond néanmoins à certains “ principes ” structurant l’expérience migratoire. Le premier est qu’on ne migre qu’à “ bonne distance sociale ” : le migrant cherche un minimum de solidarité qui lui permette une assise pour mener à bien son “ projet migratoire ” (s’il existe !) mais évite de s’enfermer dans des rapports générateurs de contrôle social trop sévère. À cela s’ajoute la “ dette ” que l’on doit à l’accueillant. Elle paraît proportionnelle à la puissance du lien familial qui relie le migrant et l’accueillant : ainsi le migrant gagnera son autonomie plus rapidement s’ils sont éloignés, la “ dette ” paraissant moins conséquente. D’autre part, l’honneur du migrant serait sans doute atteint s’il devait compter sur l’aide d’une personne qui lui est hiérarchiquement inférieure, ce qui explique qu’il est exceptionnel de voir un cadet faire migrer son aîné. À Narbonne, j’ai pu remarquer que rares étaient les primo-migrants qui avaient fait venir leurs frères tout simplement parce que ces derniers ne voulaient pas ! Ils préféraient avoir recours à d’autres chaînes migratoires, toujours familiales mais plus “ souples ”, qui ne généraient pas une concurrence rapidement insupportable parce que fraternelle. La relation privilégiée est celle de cousinage : le lien de parenté est assez puissant pour susciter une entraide, mais il reste assez lâche pour que l’on conserve une certaine indépendance. Pour migrer, on privilégie des rapports d’égalité.
    Duran peut dorénavant prétendre à une haute position sociale à l’intérieur de cette communauté naissante, si bien qu’en se créant, elle ne va pas l’entraver dans sa quête de liberté sociale. Au contraire, elle va lui procurer les moyens d’acquérir un “ honneur ”, un “ prestige ” social, désigné en turc par le terme de seref. Il est en position de force et l’arrivée d’autres migrants turcs qui auront une dette envers lui viendra le confirmer dans cette position.
    À partir de 1979, Duran est un pont, un passage obligé, entre deux mondes qui s’ignorent mais qui sont en relation d’interdépendance : le monde des entrepreneurs et celui de la communauté turque fraîchement installée et qui ne cesse de croître. Conjuguant plusieurs rôles, il s’engage dans une carrière d’ articulateur entre le pays d’accueil et la communauté turque, ainsi qu’à l’intérieur de celle-ci. Il est avant tout l’intermédiaire inévitable entre le nouveau migrant et l’administration française, étant le seul à maîtriser suffisamment le français pour connaître et remplir tous les formulaires administratifs. C’est encore vers lui que l’on se tourne pour la location d’une salle de mariage ou lorsque l’on a quelques démêlés avec la police. On le perçoit alors comme représentant de cette communauté devant la justice. Si bien que très vite, il s’en sent responsable et endosse le rôle de gardien : au courant de tout, il fait attention à ce que le “ calme règne ”. Il cherche à ce que la communauté reste “ discrète ” aux yeux des autorités et sait se faire entendre. Pour finir, il devient le coordinateur de cette communauté en étant à l’origine de multiples initiatives : la création de nombreuses associations, la venue d’un instituteur turc, celle d’un imam après l’ouverture d’une mosquée, l’organisation de pique-niques etc.
    Il concentre toutes les sources de l’autorité et devient un personnage central par la taille et la nature de son réseau. La première composante en est ce milieu communautaire dense, aux relations multiplexes, qui engendre inévitablement une normativité et un contrôle social fort rappelant l’ambiance villageoise turque. La deuxième est moins dense, constituée de liens uniplexes avec les “ Français ” que Duran tente souvent de convertir en liens multiplexes. Ainsi son réseau couvre l’ensemble des couches sociales de Narbonne (du député au dernier arrivé des migrants) et se caractérise par une haute centralité de proximité : Duran a besoin de peu d’intermédiaires. Le tout étant appuyé par une réussite économique exemplaire, il est alors le Turc le plus puissant de Narbonne, une position qu’il maintiendra dix ans.

    Où Duran connaît les “ affres du destin ”…

    N’arrivant pas à maîtriser la croissance du flux migratoire, Duran se trouve submergé par de nouveaux migrants débarqués à Narbonne parfois dans un état d’indigence. En effet, à partir de la fin des années 1980, des filières clandestines (sebeke) de migrants s’installent, irriguant la région narbonnaise via l’Espagne. Elles ont une conséquence directe sur le réseau de notre protagoniste : Duran est obligé d’augmenter le nombre d’intermédiaires turcs pour pouvoir agir dans l’ensemble de la communauté, perdant ainsi en centralité de proximité.
    Par ailleurs, ces flux de population entraînent la scission entre Alévis et Sunnites en 1988. Jusqu’alors, les dissensions religieuses de Turquie n’avaient pas atteint Narbonne, Duran s’étant montré vigilant sur le recrutement de l’imam. Cependant le flux migratoire apporte des populations peu enclines à la tolérance religieuse, si bien qu’on assiste à une montée de l’islamisme et à une crispation identitaire alévie. En un an, la communauté turque se fracture sans que cela entame toutefois les relations de travail. Alévis et Sunnites ne se fréquentent plus mais continuent à collaborer sur les chantiers, la logique étant que l’on privilégie les liens faibles aux liens forts dans ce domaine, puisqu’ils garantissent la conservation d’une certaine indépendance, d’une certaine souplesse. Cette fracture a des conséquences sévères sur la position de coordinateur de Duran : au début des années 1990, il ne peut désormais coordonner des actions sociales qu’au sein du groupe alévi.
    Certains de ces nouveaux arrivants ne suivent plus les filières classiques (hemsehrilik ou akrabalik) et vont constituer une main d’œuvre très bon marché. Perçus non comme des “ touristes-cousins ” mais comme des “ touristes-clandestins ” par les primo-migrants, ils sont largement exploités dans le système de sous-traitance qui fonctionne alors dans le secteur du bâtiment. En 1990, l’affaire des “ filières turques ” de Narbonne éclate : le préjudice envers l’URSSAF et les ASSEDIC s’élève à plus de cent millions de francs. Plusieurs entrepreneurs turcs tombent. Parce que son fils sert d’interprète et que lui-même est “ réquisitionné ” comme intermédiaire entre forces de police et populations turques, Duran chancelle de son piédestal, la rumeur l’accusant de collaboration.
    Mais si l’affaire des “ filières turques ” lui a porté atteinte, son déclin s’explique avant tout par la sombre conjugaison de la désintégration successive de ses rôles. Son pouvoir d’intermédiaire s’étiole avec l’arrivée à l’âge adulte des enfants de primo-migrants : ces derniers n’ont plus besoin de Duran, leurs enfants étant parfaitement francophones. Le nombre de ses intermédiaires augmente, lui faisant ainsi perdre de sa centralité. La “ fracture ” a réduit son action coordinatrice au seul groupe alévi, “ l’affaire ” a affaibli son prestige. Sa seule protection contre la force corrosive des dedikodu devient de plus en plus évanescente et il commence à ressentir son enclavement. À cela s’ajoutent les choix conjugaux de ses enfants qui sont très mal perçus : prendre un “ Français ” comme conjoint revient, pour une population dont l’arrière-fond culturel impose un maintien de la pureté du sang, à un métissage fort critiquable. Duran est alors mis à rude épreuve : il se trouve en contradiction entre son esprit “ universaliste ”, sa “ modernité ” affichée, et les mécanismes de défense de son honneur structuré par des codes qui ne sont plus les siens, mais dont il ne peut se départir justement en raison de son appartenance identitaire. Au problème d’honneur familial (de namus), se joint une remise en question de son identité “ turque ”. Sa fille “ avec un Français ”, son fils “ avec une Française ” signifie qu’il n’a pas su les protéger d’une “ francisation ”, et cela parce que lui-même n’est plus réellement “ turc ”. “ Au-dessus de la mêlée ” durant dix ans, il se retrouve donc piégé par ces réseaux denses, travaillés par l’auto-surveillance et le commérage, où compte plus que tout l’image que l’on offre à l’autre.
    Le “ coup de grâce ” lui est asséné en 1995 : il tombe gravement malade et doit interrompre ses activités dans le bâtiment. Un an plus tard, à la surprise générale, il effectue son “ kesin dönüs ” (retour définitif).

    Où Duran retourne cultiver son jardin…

    Parti simplement en vacances en 1996, il décide de demeurer en Turquie pour faire revivre son village entièrement abandonné. Pour ce faire, voyant qu’aucune initiative de ce type n’avait vu le jour alors que c’est là un mode associatif très développé en Turquie, il commence par créer une association villageoise à Sentepe (Ankara). Grâce à un cousin resté à Ankara qui lui indique quelques personnes intéressées, il présente son idée à l’ensemble des hemsehri ankariotes. Sa principale difficulté réside alors dans le fait que ces citadins semblent avoir tiré un trait définitif sur ces terres et ce passé rural. Cependant, jouant sur un imaginaire du village encore vif, Duran arrive en un an à rassembler autour de ce projet associatif l’ensemble des anciens habitants de Büyükkisla.
    Duran ne s’arrête pas là. Une fois l’association fondée, il repart au village pour s’y installer malgré l’incompréhension générale et les commérages acerbes. Son obstination est toutefois payante : il prouve à l’ensemble des kislali qu’il est à nouveau possible de vivre à Büyükkisla et il remporte son pari, celui de relancer une dynamique circulatoire en direction du village. Un an après son installation, un épicier de Sentepe vient le rejoindre et se lance dans l’agriculture. Bientôt, plusieurs ankariotes reconstruisent leur maison, y séjournant l’été pour rentrer l’hiver à la capitale. Une nouvelle circulation Ankara-Büyükkisla voit donc le jour, sous-tendue par une “ esthétique ” —un renouveau du “ goût du village ” — ce qui s’accompagne de nombreuses entreprises de revitalisation de ce lieu, toutes orchestrées par Duran. En moins de trois ans, il réussit à faire planter une forêt avec l’aide des jeunes ankariotes de l’association, à rétablir la route jusqu’au village, et récemment à restaurer le muhtarlik (la mairie), ce qui fait de Büyükkisla le plus petit village, reconnu juridiquement comme tel, de la région. Bien évidemment, la fonction de muhtar (maire) lui revient “ tout naturellement ”, confirmant ainsi la reconquête de sa place d’articulateur social.

    À la croisée des chemins : réseaux sociaux et histoire de vie

    En conclusion, il semble pertinent de revenir sur les usages et les limites de cette approche en termes de “ réseau ”. Deux acceptions se présentent. La première pourrait être qualifiée de métaphorique (akrabalik, hemşehrilik etc.). Cet usage “ métaphorique ” a son utilité, mais le survol qu’il opère sur des problèmes centraux peut paraître regrettable. Dans cette perspective, on se limite trop souvent à dire que les individus puisent, pour arriver à leurs fins, dans tels ou tels stocks disponibles de relations (réseau familial ou hemsehri) sans que l’on se pose réellement la question des modalités, des contraintes, des marges de liberté qui sous-tendent ces expériences individuelles réticulaires. On en conclut rapidement que les réseaux des migrants sont le fruit de situations, d’opportunités que leurs procurent leur mode de sociabilité et de stratégies spécifiques à la migration. Ils sont alors désignés comme “ informels ” : les migrants n’utilisent pas les réseaux hemsehrilik et akrabalik selon des règles précises (ce qui nous arrangerait bien) mais profitent des aubaines qui s’offrent à eux, opportunistes qu’ils sont !
    Face à cela, l’approche “ sociométrique ”, avec formules mathématiques et langage des graphes, se présente comme une critique de ces utilisations “ métaphoriques ” de la notion de “ réseau social ”. Soucieuse de contextualiser l’action, elle implique une grande richesse ethnographique puisqu’elle requiert des réseaux “ complets ”, c’est-à-dire des réseaux dans lesquels le chercheur dispose d’informations sur la présence ou l’absence de relations entre deux membres de l’ensemble social, quels qu’ils soient. Or, si cette méthode est extrêmement pertinente lorsque l’on travaille sur de très petites populations, elle devient difficile à mettre en œuvre dès que l’on dépasse une centaine d’individus, si bien que généralement le chercheur n’a affaire qu’à des réseaux partiels.
    Entre ces deux acceptions, l’ethnologue paraît dans l’obligation de trouver une juste distance méthodologique qu’il ne peut adopter qu’en s’interrogeant au préalable sur ce que lui apportent ces analyses de réseaux. Pour moi, elles se révèlent particulièrement fécondes dans une perspective théorique qui cherche à rendre compte de cette “ fluidité de la vie sociale ”, fluidité qui doit impérativement être corrélée à la notion de “ carrière ”, c’est-à-dire d’“ une organisation séquentielle des situations vécues ” (Hannerz, 1980 : 334), en faisant ainsi appel à d’autres notions comme la formation d’un répertoire de rôles, de phases, etc., sans toutefois éliminer du champ des interrogations les ressorts de cette carrière. Il s’agit en définitive d’écrire une ethnologie “ des croisées de chemins ”, moments dialectiques entre liberté individuelle et contexte social.
    Pour ce faire, j’ai recours à la biographie que j’envisage sous l’angle d’une description compréhensive. Cette dernière me semble le plus sûr garde-fou aux dérapages qui nous amèneraient seulement à montrer combien le contexte social imprègne un individu sans que l’on ne cherche à dégager comment ce même individu influence en retour ce contexte, ou qui nous ferait penser que nous avons affaire à des personnes douées d’une rationalité sans faille ou, pire, d’un parcours sans aléas. Ici résidait le pari de ces quelques lignes.
    Duran commence sa “ carrière ” de migrant comme outsider. Il passe par plusieurs phases d’inscription sociale : isolement, ségrégation, intégration, enclavement. Il prend plusieurs figures (migrant actif, …) et se constitue un répertoire de rôles qui s’organise autour d’un rôle plus vaste, celui d’articulateur : d’abord intermédiaire, puis représentant, gardien, et coordinateur. Revenu à Ankara, il décide de reconquérir cette place d’articulateur. Restent alors à déterminer les ressorts de cette carrière. Nous devons probablement les chercher dans son perpétuel souci d’indépendance face à des normes sociales auxquelles il ne peut pas échapper et avec lesquelles il doit composer. Le prestige et le pouvoir qui découlent de ce rôle d’articulateur le mettent à l’abri de ces pressions normatives, lui dégageant ainsi un espace de liberté dans un milieu social aux réseaux denses dont l’affirmation des normes passe entre autres par le dedikodu, la rumeur. Et de cet espace interstitiel entre normes et liberté individuelle se crée, par deux fois, une dynamique sociale qui va toucher l’ensemble des kislali.


    Références bibliographiques

    • Bozarslan H., “ État, religion, politique dans l’immigration ”, Peuples méditerranéens, n°60, 1992.
    • Degenne A, Forsé, M., Les réseaux sociaux, Paris, Armand Colin, 1994.
    • Gokalp A., Têtes Rouges et Bouches Noires, Paris, Société d’ethnographie, 1980.
    • Gokalp A., “ Les Alévis ”, in Yérasimos S., Les Turcs. Orient et Occident, Islam et laïcité, Paris, Autrement, 1994.
    • Hannerz U., Explorer la ville, Paris, Les éditions de Minuit, 1980.
    • Levi G., “ Les usages de la biographie ”, Annales, ESC, 44 (6), 1989.
    • Lévi-Strauss C., “ Compte-rendu de Sun Chief, the autobiography of a Hopi Indian, par L. Simmons ”, Année sociologique, Troisième série, I, 1940-1949.
    • Loriga S., “ La biographie comme problème ”, in Revel, J., Jeux d’échelles. De la micro-analyse à l’expérience, Paris, Le Seuil, Gallimard, 1996.
    • Olsson T., Özdalga E., Raudvere C., Alevi Identity. Cultural, religious and social perspectives, Istanbul, Swedish research Institute in Istanbul, “ Transactions ” (8),1998.
    • Passeron J-C., “ Le scénario et le corpus. Biographies, flux, itinéraires, trajectoires ”, Revue Française de Sociologie, XXXI, 1990.
    • Simon G., “ Le concept de champ migratoire ”, communication présentée à la table-ronde “ champs migratoires et structures urbaines ”, GEOFORUM, Aix-en-Provence, 2000.
    • de Tapia S., L’impact régional en Turquie des investissements industriels des travailleurs émigrés, Paris, L’Harmattan, “ Varia Turcica ”, 1996.
  • Biray Kolluoğlu - Les transformations urbaines et la stratification sociale à Istanbul depuis les années 1990 : 24/05/2011

    Séminaire "Groupe de lecture et d'écriture en anthropologie"

    Mardi 24 mai à 18h00 à l'IFEA
    Biray Kolluoğlu
    (Sociologue Boğaziçi Üniversitesi)
    "Les transformations urbaines et la stratification sociale à Istanbul depuis les années 1990"
    Intervention en anglais

  • Bref décryptage de la politique par les grands projets de l'AKP

    Bref décryptage de la politique par les grands projets de l'AKP

    La « Vision 2023 » ou encore la « Nouvelle Turquie », promues par l’AKP dans la perspective du centenaire de la République se composent de listes de grands projets supposés matérialiser, mesurer et attester des avancées technologiques et économiques de la Turquie sous la direction de ce parti. Au-delà de la question de la cohérence, des conséquences sociales et environnementales ou encore de la faisabilité de cette profusion de grands projets d’infrastructure (le troisième pont, le troisième aéroport, le canal d’Istanbul, etc.), énergétiques (construction de centaines de centrales thermiques, deux centrales nucléaires d’ici 2023, etc.) et de défense (indigénisation de la production de tanks... http://dipnot.hypotheses.org/1526

  • Bürge Elvan Erginli - Intra-metropolitan mobility patterns in Istanbul : 11/11/10

    Séminaire "Mémoires et mobilités urbaines"
    Jeudi 11 novembre 2010 à 18h00 à l’IFEA
    Bürge Elvan Erginli(Université de Bilgi)
    "Intra-metropolitan mobility patterns in Istanbul"
    Intervention en anglais

  • Bürge Elvan Erginli - Intra-metropolitan mobility patterns in Istanbul : 11/11/10

    Séminaire "Mémoires et mobilités urbaines"
    Jeudi 11 novembre 2010 à 18h00 à l’IFEA
    Bürge Elvan Erginli(Université de Bilgi)
    "Intra-metropolitan mobility patterns in Istanbul"
    Intervention en anglais
  • Charlotte Deweerdt - Gestion du risque, maîtrise du feu à Alexandrie (1855-1920) : histoire croisée de l’assurance et de la fabrique urbaine - 27/05/2013

    Charlotte Deweerdt (doctorante l’Université de Provence, Aix-en-Provence U1)
    Gestion du risque, maîtrise du feu à Alexandrie (1855-1920) : histoire croisée de l’assurance et de la fabrique urbaine
    lundi 27 mai 2013 à 18h à l'IFEA 

    Intervention en français

    La recherche que je réalise dans le cadre de mon doctorat, en histoire contemporaine de l’Égypte, porte sur l’étude des transformations de la ville d’Alexandrie durant la seconde moitié du XIXe siècle jusqu’aux années 1920. L’articulation de ces thématiques diverses, économiques, sociales et urbaines, est le résultat de la construction de mon objet à partir de l’étude de l’assurance qui procure à la fois des archives inédites et des nouvelles questions de recherche.
    Mon intérêt porte sur la compréhension des réformes de la propriété foncière et immobilière en lien avec la production de l’espace, et j’envisage l’assurance, notamment la branche "incendie" comme une activité qui se positionne historiquement au carrefour de ces processus. Ainsi, la notion de « risque » (sa construction et ses usages) est appréhendée par l'étude circonstanciée de la maîtrise et de la lutte contre le feu, et des différents acteurs, privés et publics, impliqués.
    Dans le cadre de mon séjour à l’IFEA, je travaille sur la dimension comparatiste de cette étude avec Istanbul, et souhaite vous présenter les résultats intermédiaires et les pistes de travail dégagées. Je reviendrai donc sur l’aspect méthodologique en présentant un état des lieux de l’historiographie mobilisée, les archives et questions qui soutiennent cette démarche.

  • Chatel - Moriconi-Ebrard - Population distribution and settlement structures in Europe from XIXe century to nowadays 31/10/13

    Dr. Cathy CHATEL (Geographer, UMR ESPACE) & Pr. François MORICONI-EBRARD (Geographer, CNRS, UMR ESPACE) (both managers of e-Geopolis global program).

    "Population distribution and settlement structures in Europe from XIXe century to nowadays".
    Jeudi 31 Octobre 2013 à 17h30 à l'IFEA
    Intervention en anglais
  • Cilia MARTIN

    Cilia MARTIN

    Post-doctorante
    Chercheuse associée à l'Observatoire Urbain d'Istanbul

    Thèmes de recherche : (re)composition territoriale, questions minoritaires, socio-histoire des mobilités, socio-histoire de la mémoire, relation urbain/rural.
    Terrains : Turquie, Grèce.

    Contact : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
     
  • Clémence PETIT

    Doctorante allocataire rattachée au GSPE-PRISME
    Chercheuse associée à l’Observatoire Urbain d’Istanbul (OUI/IFEA)

    Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
    Tél. :  + 33 6 63 05 66 03 (France) et  + 90 539 325 33 02 (Turquie)
    Site : http://clemencepetit.iblogger.org/index.html

    Sujet de thèse :

    « Faire participer les habitants aux projets urbains : usages et (en)jeux politiques de l’impératif participatif dans le cadre de la transformation urbaine d’Istanbul »
    Direction : Didier Georgakakis. Inscription : octobre 2009

  • Colloque Médiation publique dans les métropoles du Maghreb et du Moyen-Orient 28/01/2011-30/01/2011

    Médiation publique dans les métropoles du Maghreb et du Moyen-Orient: Concurrences foncières et accès au logement. Amman, Beyrouth, Casablanca, Damas, Istanbul, Le Caire, Téhéran, Tunis
    Du vendredi 28 au dimanche 30 janvier à l'IFEA

  • Colloque Villes à-venir : Marseille-Hambourg-Istanbul-Tanger ? - 8-9/03/2013

    Mettre la ville en mots. Mettre des mots sur la ville. Les mots des créateurs et ceux des scientifiques. Quelles sont leurs approches spécifiques, leurs représentations de ce milieu géographique, social, polyglotte et multiculturel ? Le récit historique et mythique de la ville s’est-il dilué dans la postmodernité, ou une nouvelle utopie urbaine serait-elle en train de naître au travers d’un nouveau grand récit de la ville ?

    Le Centre Franco-Allemand de Provence, en collaboration avec l’association Les Amis du Roi des Aulnes (Paris) et le Goethe-Institut (Paris/Nancy) proposent Villes à-venir, un projet pluriannuel qui traverse quatre métropoles : Marseille-Hambourg-Istanbul-Tanger. Ces rencontres pluridisciplinaires interrogent la finalité et les conséquences des entreprises de réhabilitation et de régénération urbaines. Le seul but de cette restructuration par « destruction créatrice »  est-il de créer des  métropoles régionales ou nationales qui s’imposent par leur dynamisme et leur attractivité, sans respect des aspirations et des besoins des populations, en particulier des plus défavorisées ? Après un préambule à Marseille à l’automne 2011, le premier volet de Villes-à-venir se déroule les 8 et 9 mars 2013 à Istanbul.

    Un « forum des représentations de la ville »  réunira urbanistes, philosophes, sociologues, architectes et artistes. Il s’agira de cerner le « grand récit des formes et de l’organisation des lieux de vie : La ville et  son chronotopos ». En sommes, « Mettre des mots sur la ville. Les mots des créateurs et ceux des scientifiques. Quelles sont leurs approches spécifiques, leurs représentations de ce milieu géographique et social, de ce lieu de communication multilingue et multiculturel ? ». Ces récits articulent le rapport au temps long de l’Histoire à celui beaucoup plus court de la vie humaine. Ils se nourrissent autant de mythe que de « traduction » de la réalité. L’architecture et l’urbanisme racontent également l’histoire des villes. Parallèlement au colloque, des projets de création, en direction des jeunes publics, seront développés sous la forme d’ateliers d’écriture et de gastronomie.

    colloque IFEA Orient-Institut Istanbul Lycée ND de Sion Fransız Lisesi Goethe Institut Paris Les amis du Roi des Aulnes Centre franco-allemand de Provence

  • Conférence thématique Migrations : 02/11/2012

    Conférences-débats à l'attention des étudiants en Master Relations Internationales de l'Université Koç

    Ahmet İçduygu (Koç Universitesi, directeur du programme MiReKoç) "Europe, Turkey, and International Migration: An Uneasy Negotiation"
    Benoit Fliche (IFEA) "Migrations et urbanisation: des villages urbains?"
    Vendredi 2 novembre de 14 à 17h à l'IFEA
    Sur invitation
  • Conférence-débat MERSI Trying to understand the today's Mass Housing Administration (TOKI) 28/01/11

    Conférence-débat
    "Trying to understand the today's Mass Housing Administration (TOKI)"
    Vendredi 28 janvier 2011 à 18h à l'IFEA
    Ayşe Çavdar
    (economist and writer), Cihan Baysal (lawyer and activist), Ulus Atayurt (political commentator and writer, Express)
    This conference will be taken in English, in the frame of the MERSİ research program meeting.

  • Conférence-débat MERSI Trying to understand the today's Mass Housing Administration (TOKI) 28/01/11

    Ayşe Çavdar(economist and writer), Cihan Baysal (lawyer and activist), Ulus Atayurt (political commentator and writer, Express)
    Trying to understand the today's Mass Housing Administration (TOKI)

  • D. Fırat, M. Durmaz, S. Darıcıoğlu - Les lieux de mémoire du coup d'État de 1980 : 16/02/11

    Séminaire "Mémoires et mobilités urbaines"
    Mercredi 16 février 2011 à 18h à l’IFEA
    Derya Fırat
    (Université Mimar Sinan), Melike Işık Durmaz (doctorante), Sevda Darıcıoğlu (master)
    Les trois intervenantes sont à l'origine de l'association des études sociologiques de la mémoire et de la culture (BEKS)
    "Les lieux de mémoire du coup d'état de 1980"
    Intervention en français

  • Delphine Pages : Mobilités et aires métropolitaines des villes secondaires du delta du Nil

    En Égypte, depuis le milieu des années 1970, début de l’ouverture économique, les systèmes migratoires se sont considérablement transformés ; les migrations résidentielles, longtemps dominées par l’exode rural, grand moteur de la croissance urbaine, se sont inversées : les villes sont beaucoup moins attractives, de nombreux citadins les quittent en direction des villages périurbains. En outre, les migrations, au sens strict du terme, c’est-à-dire impliquant un changement de résidence , ont tendance à être supplantées par des déplacements de types plus complexes que certains auteurs résument sous le terme de “ circulation ” .
    Ces mobilités permettent de mieux saisir les dynamiques urbaines actuelles —ralentissement des rythmes de croissance des grandes métropoles et villes secondaires, dynamisme des bourgs périurbains— et dessinent les contours d’une nouvelle définition de l’urbain, qui dépasse largement les limites de la ville officielle et celles de l’agglomération. Le lien entre ces mobilités et la formation de nouvelles configurations territoriales, les aires métropolitaines, constitue l’enjeu principal de cette recherche.
    Si les migrations internationales et interrégionales ont fait l’objet de nombreux travaux scientifiques en Égypte, les mobilités intra-métropolitaines restent mal connues. Dans ce domaine, la thèse de S. Fanchette sur l’urbanisation des campagnes dans le Delta du Nil constitue un travail pionnier : si de moins en moins de ruraux quittent leurs villages pour s’installer en ville, en revanche, beaucoup d’entre eux y travaillent et s’y rendent quotidiennement. De plus, la crise du logement dans les grandes villes pousse de plus en plus de ménages citadins à venir s’établir dans les bourgs périphériques, à la recherche d’un loyer plus modéré. On comprend mieux le développement intense de mobilités circulaires.
    Pourtant, ces mutations des systèmes migratoires tardent à s’imposer dans les problématiques de recherche et il arrive encore que les migrations internes soient uniquement envisagées en termes d’exode rural et d’urbanisation . Ce cliché a la vie longue, ce qui risque de poser à terme des problèmes en termes d’aménagement du territoire.
    Si l’enjeu de ces nouvelles dynamiques a suscité des travaux à l’échelle des grandes métropoles —Le Caire essentiellement, avec A. Deboulet sur les mobilités résidentielles et C. Barge sur les mobilités quotidiennes—, la capacité des villes secondaires à structurer ces déplacements complexes n’a pas encore été démontrée. Aussi, en partant de l’analyse des trois plus grandes villes secondaires du Delta —Tantâ, Mahalla et Mansûra, agglomérations de 500 000 habitants—, on cherchera à approfondir la mesure et la structure des flux créés par les mobilités résidentielles et circulaires, pour ensuite mener l’étude de la recomposition des territoires métropolitains, dessinés par ces nouvelles dynamiques.

    Les mesures de la mobilités

    Cerner avec précision l’ampleur, la structure et l’évolution de la mobilité, soulève de nombreuses difficultés.

    Migrations résidentielles : le desserrement urbain

    On ne dispose pas des outils statistiques fiables pour mesurer ces migrations résidentielles. En effet, les données publiées par le CAPMAS ne sont disponibles qu’au niveau du gouvernorat, divisé en deux secteurs, urbain et rural. Seule conclusion que l’on puisse tirer de ces données : la prédominance des migrations rural-rural et de celles urbain-rural à l’intérieur des gouvernorats étudiés, la Daqahliyya et la Gharbiyya. Toutefois, la classification officielle de l’urbain en Égypte, qui est loin de correspondre à la réalité, pourrait corrompre l’interprétation de ces tendances : ces migrations sont moins le signe d’une inversion de l’exode rural, que d’une redistribution des dynamiques urbaines dans un champ plus vaste, l’aire métropolitaine.
    Une autre méthode, plus expérimentale, nous permet de confirmer cette hypothèse. À partir du recensement de population, on calcule des taux annuels de migration nette, en retranchant le taux d’accroissement de la population au taux d’accroissement naturel . Comparée aux tableaux du CAPMAS, cette méthode a l’avantage d’être calculable à l’échelon le plus fin, la commune, mais souffre d’un inconvénient, la perte de l’information géographique sur l’origine et la destination des migrants. Dans l’ensemble, le bilan migratoire des grandes villes du Delta est négatif (-0,36 % pour Mahalla et –0,11 % pour Tantâ) —Mansûra fait figure de cas isolé, en gardant un caractère attractif (0,17 %) —, alors que les districts ruraux des villes secondaires ont tous un bilan excédentaire, et plus particulièrement les villages qui composent leurs agglomérations.
    L’inversion des tendances migratoires constatées en Égypte renvoie donc à un phénomène classique de desserrement urbain, qui a été décrit pour les grandes métropoles mondiales (Moriconi, 2000). Ce phénomène se traduit aussi au niveau de la population : les centres-villes perdent des habitants, tandis que les banlieues de l’agglomération en attirent. Ces mouvements de redistribution ne se limitent pas aux communes de l’agglomération, mais s’étendent aussi à la couronne plus large des villages périurbains.
    Nombreux sont les ménages qui quittent la ville pour s’installer dans les villages périurbains, ou qui choisissent d’y rester, tout en continuant à travailler en ville. Plusieurs facteurs expliquent ces nouveaux “ modes d’habiter ” : coût moins élevé des logements , transports peu chers, amélioration des équipements et services en milieu rural... La hausse des loyers urbains est le reflet d’une pression foncière, particulièrement marquée dans les villes secondaires du Delta. Contrairement au Caire ou à Alexandrie, ces grands centres urbains ne disposent pas de terrains désertiques pour y déverser le trop-plein de leur croissance. L’extension urbaine se fait donc forcément au détriment des terres agricoles dont la protection est de plus en plus sévère. S’il est interdit depuis plusieurs années de construire sur des terres agricoles, l’instauration d’un décret militaire en 1996 a fait en sorte que la loi soit correctement appliquée : toute infraction est désormais immédiatement sanctionnée par l'arrivée de bulldozers qui détruisent les constructions illégales.
    Pour donner une image complète de ces mobilités résidentielles, il nous a paru important de terminer sur une typologie très simple de ces migrations, bâtie sur le critère de motivation du changement de résidence.
    Le cas le plus courant renvoie à un phénomène qui a déjà été décrit pour le Caire, la décohabitation des jeunes ménages. P. Fargues explique ce phénomène par l’évolution des structures familiales, résultat de la transition démographique : “ Alors qu’auparavant un homme avait de bonnes chances de succéder à ses parents dans le domicile familial au moment de son propre mariage, il doit aujourd’hui s’établir séparément. Cet allongement du cycle familial suppose l’extension du parc de logement ” (Fargues, 2000, 65-66). Alors que les centres sont saturés, les appartements disponibles et bon marché se situent plutôt en périphérie, dans les quartiers informels ou les villages périurbains.
    On distingue ensuite deux grands types de migrations, les premières dites “ contraintes ”, parce qu’elles sont vécues comme un rejet de l’espace urbain, alors que les secondes s’insèrent davantage dans une stratégie familiale.

    • Les migrations “ contraintes ” sont souvent le résultat d’un incident conjoncturel : conflits graves avec la belle-famille, effondrement d’immeubles… Ce dernier cas de figure est assez fréquent, compte tenu de la “ taudification ” des quartiers anciens, où de nombreuses maisons menacent de s'écrouler. Incapables de retrouver un logement à un prix abordable, les familles touchées ont pu vivre plusieurs années dans des huttes (ìshash), édifiées généralement dans la même rue que leur ancien domicile. Souvent, elles finissent par être relogées par le gouvernement dans des logements sociaux, disséminés dans des villages voisins. Quand les familles ne sont pas prises en charge par l’administration locale, elles choisissent de partager un appartement à plusieurs dans ces mêmes villages périphériques et cohabitent à trois ou quatre ménages, rarement de la même famille. Sans en arriver à la situation extrême de l’effondrement d’immeubles, il est fréquent que certains citadins démunis ne soient plus capables de payer un loyer en centre-ville.
    • Pour d’autres, la migration apparaît comme le fruit d’une stratégie : un médecin de Tantâ a décidé de s’installer à Sibirbây. Il travaille en ville, à l’hôpital et dans un dispensaire du village. Dans sa nouvelle résidence, il a la possibilité de posséder un immeuble entier pour sa famille, dispose de tous les équipements urbains —égouts notamment— et cela à un endroit accessible au centre-ville en moins de dix minutes. En outre, il existe aussi des migrations de retour au village, au moment de la retraite. Très souvent, des fonctionnaires qui étaient locataires en ville pour une somme modique, cèdent leur appartement à leurs enfants et construisent une nouvelle maison, légèrement à l'extérieur du village.

    Entre la grande ville, centre des emplois et des services, et son environnement rural, se déploie une intense circulation.

    Le développement des mobilités circulaires

    Paradoxalement, le développement des mobilités circulaires semble aller de pair avec l’appauvrissement progressif des sources. Le recensement de population de 1976 offrait un tableau sur les mouvements pendulaires (navettes domicile-travail). Par exemple, 23 % des personnes qui travaillaient à Tantâ résidaient hors de la ville, et une majorité provenait de son district rural. Vingt-cinq ans après, les mouvements se sont renforcés et les zones d’influence se sont très certainement élargies. Toutefois, il est pratiquement impossible de les mesurer avec exactitude.
    Le seul calcul que nous avons pu effectuer pour 1996 consiste à établir le rapport entre les actifs au lieu de travail, donnés par le recensement des établissements et ceux au lieu de résidence, fournis par les recensements de population. Mais, la comparaison entre les deux sources est loin d’être évidente : en effet, le recensement des établissements ne prend en compte que les gens travaillant dans un établissement, comme son nom l’indique, et parmi ceux-là, ceux qui ont un contrat stable. D’autre part, le secteur gouvernemental, c’est-à-dire essentiellement les fonctionnaires, n’est pas pris en compte. Cependant, un tableau du recensement de population permet de remédier à ce handicap, car il donne les actifs résidents en fonction des secteurs, public, gouvernemental et privé, en spécifiant pour ce dernier les actifs travaillant dans un établissement et hors établissement. Nous avons donc établi un rapport entre actifs au lieu de travail et au lieu de résidence, uniquement pour les secteurs publics et privés dans un établissement. Ce rapport permet uniquement de situer les espaces attractifs, mais de manière relative, sachant que les fonctionnaires constituent la majorité des emplois en ville et que tous n’y résident pas.
    Le résultat obtenu est peu surprenant, ce sont clairement les villes qui sont les plus attractives, à l’exception d’un district rural, celui de Mansûra, qui attire aussi des actifs, signe d’une délocalisation de l’activité dans la couronne périurbaine.
    Mais, les mobilités circulaires ne se réduisent pas aux navettes domicile-travail. Tout aussi intéressants à étudier sont les déplacements pour études. Là encore, les mesures ne sont qu’approximatives : en 1976, Tantâ attirait 18 300 élèves non résidents en ville, Mansûra 16 000. Dix ans plus tard, le recensement de 1986 n’a pas la même précision, mais l’on sait, par d’autres sources, que 40 % des étudiants de l’Université de Tantâ résident en dehors de son gouvernorat, la Gharbiyya. Sachant que les capacités d’accueil en résidence universitaire existent, mais sont réduites, et que la location d’un appartement en ville en un phénomène assez peu répandu, on peut en conclure que la majorité de ces étudiants effectue des déplacements quotidiens pour suivre leurs cours.
    Enfin, une façon de saisir ces mobilités circulaires consiste à s’intéresser de plus près à leur vecteur, un réseau de transport performant.

    Accessibilité urbaine : le succès des transports en commun

    Dans un système de peuplement où les densités rurales sont très élevées —1500 habitants/km2 en moyenne—, et où les métropoles régionales polarisent une majeure partie de l’activité économique et des services, les mobilités circulaires fonctionnent grâce à une bonne accessibilité aux grands centres urbains. Cette dernière est fondée sur la flexibilité et la hiérarchisation du système des transports collectifs, publics et privés —microbus et taxis collectifs— et sur un coût assez faible qui reste supportable même pour les ménages démunis.
    Ces notions de flexibilité et hiérarchisation sont fondamentales : la noria des microbus et taxis collectifs permet l’existence, dans tout village du Delta, d’une offre de transport en commun quasi-instantanée. Les trajets effectués se calquent et s’articulent sur la hiérarchie administrative : un véhicule desservira le tronçon village/chef-lieu de district, un autre opérera la jonction chef-lieu de district/capitale du gouvernorat. Très souvent, on constate une adaptation du parc automobile à la rentabilité des segments parcourus : si les microbus sont majoritaires pour les liaisons inter-villes, les “ pick-up ”, bâchés pour l’occasion et affublés de planches de bois en guise de sièges, sont plus courants pour la desserte de villages moins accessibles. En dépit de l’extrême diffusion de ce système de transports collectifs privés et sa grande souplesse, les autobus publics continuent à jouer un rôle très important : à Tantâ, ils transportaient, au début des années 1990, plus de 90 000 passagers par jour.
    La mesure des flux de véhicules pourrait constituer un bon indice de ces mobilités circulaires. Si des données ont pu être collectées suite à de nombreuses enquêtes auprès des responsables locaux, elles sont difficilement utilisables, notamment pour les taxis et microbus, où l’importance du trafic informel fausse les statistiques officielles .
    En dépit des difficultés à mesurer avec précision ces flux, il est indéniable que les mobilités circulaires ont pris une importance considérable tant dans la vie quotidienne que dans l’organisation de l’espace et que, partant, elles dessinent des territoires métropolitains aux configurations nouvelles, en abolissant les frontières entre l’urbain et le rural.

    Quelle configuration pour les aires métropolitaines ?

    Trois échelles de définition de l’urbain

    Afin de mieux saisir la notion d’aire métropolitaine, nous reprendrons la distinction établie par F. Moriconi-Ebrard sur les trois niveaux d’analyse de l’urbain :

    • la ville officielle a d’abord un sens politique. En Égypte, la définition administrative de l’urbain est très restrictive.
    • l’agglomération renvoie davantage à la vision du géographe, à un milieu. Son critère de délimitation, la continuité du bâti, est facile à délimiter. Dans le Delta, les taux d’urbanisation officiels et ceux de l’urbain aggloméré passent du simple au double, de 30 % à 60-70 %. Pour Tantâ, Mahalla et Mansûra, l’agglomération représente environ ¼ de population en plus, soit un apport de 100 000 habitants.
    • l’aire métropolitaine se définit surtout par une dimension socio-économique. C’est un “ système socio-économique fait de mouvement et dont on évalue les dimensions à partir des faits économiques ou sociaux : navettes domicile-travail, fonctions, niveaux de services. Ses limites sont invisibles dans l’espace car l’aire métropolisée s’appréhende par les réseaux. Or, par définition, les réseaux n’ont pas de limites territoriales ” (Moriconi-Ebrard, 2000, 1).

    Les problèmes méthodologiques liés à l’emploi de ce concept sont doubles :

    • problème d’ordre technique, de délimitation : en tant que réseaux, les aires métropolitaines n’ont pas de limites territoriales.
    • problème conceptuel, lié à la notion d’urbanité. On associe traditionnellement, et ce depuis très longtemps, les critères de centralité et de densité pour qualifier l’urbanité. Or, les aires métropolitaines, proches du concept de périurbain, semblent remettre en cause ces deux fondements :

    “ On a depuis environ 8500 ans expliqué la ville par un phénomène de concentration, c’est-à-dire de mouvements centripètes tendant à se réunir dans un centre. Or, il faudrait désormais l’expliquer par des mouvements centrifuges, c’est-à-dire par des éléments qui apparaissent a priori comme le propre de la ville, par exemple, la densité ” (Moriconi, 2000, 82) . Quel peut être l’apport du cas égyptien dans cette analyse des aires métropolitaines ?

    Fonctionnement et limites des aires métropolitaines

    Le fonctionnement et les limites des aires métropolitaines peuvent être analysés par le biais de bassins d’emplois et de caractéristiques socio-économiques des populations périphériques. Le premier critère, on l’a vu, est délicat à évaluer de manière systématique, toutefois, des études ponctuelles permettent de se faire une idée de l’origine des “ commuters ”. D’après une enquête réalisée auprès d’employés des grandes entreprises publiques et des fonctionnaires de l’Université de Mansûra, 34 % proviennent de la ville Mansûra, 20 % de son district rural, 20 % du district de Talkhâ, sa ville doublon de l’autre côté du Nil, et 11 % de celui d’Agâ, soit une grande majorité originaire d’une zone distante de moins de 15 km environ (W. Muhammad, 1999).
    En revanche, le second critère apparaît plus opérationnel : les recensements offrent une série de variables, parmi lesquelles on peut choisir des indices de l’urbanité, par exemple, la part de la population active employée dans l’agriculture (en négatif), dans l’industrie, ou encore la présence de diplômés du supérieur, ou enfin les taux d’analphabétisme et d’activité féminine… La combinaison de ces variables, si elle ne définit pas de territoire aux limites franches, dévoile la présence d’un double processus. D’une part, apparaissent des zones d’influence autour des grandes villes —le phénomène est plus marqué pour les capitales de gouvernorat, Tantâ et Mansûra— et d’autre part, il existe bel et bien un processus de diffusion de l’urbanisation, notamment aux agglomérations de plus de 10 000 habitants (Denis, 2001). Cette urbanisation in situ se traduit par non seulement par l’évolution socio-économique de ces populations, mais aussi par l’arrivée de services et d’équipements (commerces, eau potable, assainissement, écoles…) typiquement urbains.
    Les statistiques nous invitent donc à conclure à l’existence de zones métropolitaines, identifiables dans une certaine mesure, et parallèlement à l’atténuation du clivage urbain-rural. Mais, cela ne signifie pas pour autant la disparition de ces catégories dans les mentalités ou les pratiques des habitants. C’est ici qu’une approche socio-anthropologique s’avère complémentaire à la démarche quantitative utilisée jusqu’à présent.

    L’apport socio-anthropologique pour des limites de l’urbain floues

    Parallèlement aux contours géographiques qui s’estompent, l’urbain et le rural ne sont plus les lieux d’une identité exclusive, même si cette distinction reste très vivace dans les mentalités égyptiennes.
    Des entretiens avec les personnes qui effectuent ces circulations incessantes entre la grande ville et leur “ village ” démontrent que le sentiment de pluri-appartenance est très répandu et qu’elles maîtrisent aussi bien les différents espaces. Beaucoup se sentent citadins la journée sur le lieu de travail, et villageois, le soir, quand ils rentrent à la maison. Cette ambivalence peut se traduire par l’adoption de deux tenues vestimentaires différentes : le costume pour la ville et la galabiyya (longue tunique blanche) chez soi. En outre, des pratiques typiquement urbaines se diffusent suite à un contact prolongé avec la ville. Muhammad, maître-assistant à l’Université de Mansûra, originaire d’un village près de Samanûd et qui y réside toujours, a choisi de scolariser ses enfants dans une école de langues (apprentissage de l’anglais) à Talkhâ, à une vingtaine de kilomètres. Un car de ramassage scolaire vient les chercher chaque matin.
    Néanmoins, la vision que les personnes ont d’elles-mêmes contraste avec les regards qu’elles portent sur les autres. Cette désignation de l’autre comme paysan est très fréquente à l’échelle nationale : les Cairotes ou les Alexandrins expriment souvent une vision simple, caricaturale de l'Égypte provinciale assimilée, à leurs yeux, à un espace abritant essentiellement des populations “ paysannes ”. Cet attribut de ruralité concerne tout autant les habitants des grandes villes que ceux de la campagne. Ce regard porté sur l’autre se retrouve aussi à l'échelle de la ville : des femmes assises sur le pas de leur porte à même le sol, des enfants jouant pieds nus dans la rue, ou encore une odeur de four baladi (four à pain typiquement villageois) seront aussi stigmatisés comme "paysans" par des habitants du même quartier.
    Ce qui est valable pour les pratiques l’est aussi pour les espaces. Si les paysages tendent à se ressembler —dans les bourgs, la multiplication des immeubles, l’absence de planification et la diffusion du mode de construction de type “ skeleton ” (structure en béton armé et remplissage de briques) produisent des paysages très proches des quartiers informels— il est impossible, pour autant, de conclure à l’homogénéisation des espaces.
    En effet, on constate un certain enracinement au lieu d’origine. Les habitants des bourgs périphériques gardent le contrôle de leur territoire, notamment en restant maîtres des investissements liés au développement des mobilités circulaires et de la périurbanisation. Les liaisons villages-villes sont effectuées par des microbus dont les propriétaires et les chauffeurs sont originaires du village ; de plus, les citadins qui viennent s’installer dans les bourgs périurbains sont principalement des locataires, la terre reste pour l’essentiel entre les mains de personnes locales. Enfin, dans le cas de bourgs agglomérés aux grandes villes, il semblerait que les habitants s’opposent à l’intégration de leur commune au périmètre municipal .
    Quant aux citadins qui s’installent dans les localités périurbaines, leurs attaches —travail, achats, relations sociales, scolarisation des enfants— restent profondes avec la ville. Ils ne sont pas toujours bien intégrés à la population locale : désignés sous l’appellation de “ baldî-s ”, ils habitent des quartiers nouveaux, situés à proximité des routes menant à la ville, différents morphologiquement des anciens centres villageois.
    Ainsi, si l’on peut conclure à la diffusion de l’urbanisation et l’effacement des frontières entre urbain et rural, il importe d’envisager la constitution d’aires métropolitaines autour des villes secondaires du Delta, comme l’émergence d’un “ tiers-espace ”, qui n’est pas forcément synonyme de dilution de l’urbanité.

    Conclusion

    Certains auteurs voient dans la mobilité circulaire un substitut à la migration définitive vers la ville, ce qui expliquerait le maintien de taux d’urbanisation peu élevés : “ Dans les pays à prédominance rurale où ces formes de mobilité tiennent une place primordiale, comme en Asie, la transition urbaine prendra beaucoup plus de temps que ne le supposent les modèles de transformation urbaine rapide, et elle se déroulera selon ses modalités propres ” (Dupont, Dureau, 1994, 825).
    Mais, une telle affirmation peut créer des malentendus, car en Égypte, si le taux d’urbanisation reste bas, c’est avant tout un problème de définition statistique. Très clairement, l’intensification de la mobilité est un vecteur de l’urbanisation des campagnes, qui accélère la transition urbaine.
    Il faut donc conclure sur l’importance des liens entre mobilité et urbanité qui ont été affirmés soit par des sociologues (Remy, Voye, 1992), soit par des géographes comme J. Lévy qui place la question de l’accessibilité au cœur de la définition de l’urbanité, définie comme “ les options, d’ailleurs peu nombreuses que peuvent mobiliser les sociétés pour lutter contre la distance ” (Levy, 1999) .

    Bibliographie

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    • DEBOULET A., “ Réseaux sociaux et nouveaux quartiers au Caire : les stratégies de mobilité résidentielle ”, Les Annales de la Recherche Urbaine, n°59-60, 1993, pp. 78-89.
    • DENIS E., “ Actualité de l’urbanisation en Égypte ”, Lettre d’information de l’OUCC, n°51 (à paraître).
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    • DUPONT V., GUILMOTO C., “ Mobilités spatiales et urbanisation. Théories, pratiques et représentations ”, Cahiers des Sciences Humaines, vol. 29, n°2-3, octobre-décembre 1993, pp. 279-295.
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    • FARGUES P., Générations arabes. L’alchimie du nombre, Paris, Fayard, 2000, 349 p.
    • FARGUES P., “ L’urbanisation du monde arabe : un éclairage démographique ”, Égypte-Monde Arabe, Le Caire, CEDEJ, 1995, pp.43-62.
    • LEVY J., Le tournant géographique. Penser l’espace pour lire le monde, Paris, Mappemonde, Belin, 1999, 399 p.
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    • Shûhdî ‘Abd al-Hamîd AL-KHAWAGA, Le transport urbain à Mansûra et ses problèmes, Etude géographique (en arabe), Thèse de Magistère, Faculté de Lettres de l’Université de Mansûra, Département de Géographie, 1999, 339 p.
    • Sâmî Ibrahîm ‘Abd al-Rahman MUHAMMAD, al-Naql al-Dâkhlî fi madîna Tantâ wa-mushkalatih al-ra`îsiya (Le transport urbain à Tantâ et ses principaux problèmes), Thèse de magistère, Faculté de Lettres de l’Université de Tanta, Département de Géographie, 1992, 289 p.
    • Wâ`il ‘Abd Allah MUHAMMAD, La population du markaz de Mansûra, Etude de géographie démographique (en arabe), Thèse de magistère, Faculté de Lettres de l’Université de Mansûra, Département de Géographie, 1999, 324 p.
  • Derya Fırat : Les jeunes issus de l’immigration turque en France : Comment sortir de la vision dualiste ?

    En France, les jeunes issus de l’immigration turque constituent un ensemble hétérogène. Ils doivent se positionner dans une situation communautaire complexe et négocier leur identité entre deux séries de normes : celles du pays de leurs parents et celles du pays d’accueil. Partant de leurs “ ressources culturelles ”, ils élaborent donc différentes “ stratégies ” identitaires.
    Afin de mieux saisir le cas de ces jeunes, nous présenterons d’abord quelques traits caractéristiques de l’immigration turque et la place occupée par les réseaux de solidarité en situation migratoire. Il nous sera ensuite possible de réfléchir sur des outils méthodologiques et divers points de vue théoriques afin d’affiner nos méthodes de recherche.
    Les ressortissants turcs constituent un groupe important : plus de 3 millions de personnes en Europe. Les ouvriers originaires de Turquie ont commencé à émigrer vers la France suite à la saturation du marché du travail en Allemagne, en 1962 . En 1966, la France a conclu un accord de recrutement avec la Turquie. Malgré des mesures sur l’arrêt des migrations de Turquie vers l’Europe (1973 en Allemagne et 1974 en France ), la tendance s’est orientée vers une installation définitive . L’immigration s’est poursuivie par le biais du regroupement familial et des demandes d’asile politique . Elle continue actuellement avec les mariages : “ Les jeunes se marient bien souvent avec un conjoint turc anatolien, lors des congés, occasionnant des regroupements en chaîne ” . Au début des années 1980, les Etats de la CEE ont promulgué des lois d’encouragement au retour définitif des ouvriers en Turquie. Cependant, cette aide financière n’a pas davantage motivé les immigrés. Le projet de retour est toujours présent dans l’esprit des immigrés turcs, mais sous une forme “ mythique ” ou “ utopique ”, dans l’attente de la retraite ou de la fin du désordre politique et économique en Turquie . Les retours en Turquie sont généralement provisoires et/ou ne concernent que quelques membres de la famille. La vague migratoire de Turquie vers la France a ainsi généré une présence turque assez dense : on compte aujourd’hui à peu près 300 000 immigrés originaires de Turquie en France.
    Migrer pour améliorer sa situation économique ou pour des raisons politiques n’a rien d’exceptionnel. Cependant les immigrés turcs présentent des traits spécifiques par rapport à d’autres populations immigrées en France. Il faut souligner toutefois, que ces traits ne sont pas seuls représentatifs des critères de l’intégration de cette population à la société française.
    Les immigrés originaires de Turquie constituent un cas assez particulier : comme les Maghrébins, ils sont majoritairement musulmans, mais n’ont pas de liens historiques avec la France. La Turquie n’a jamais été colonisée et fut, au contraire, avec l’Empire ottoman, une puissance mondiale. De cette absence de lien historique avec la France, découle une connaissance réciproque assez superficielle. En outre, selon Dominique Schnapper, les immigrés originaires de Turquie “ gardent le souvenir intériorisé, même s’il est informulé, de la gloire de l’Empire ” et créent ainsi une identité ethnique qui se différencie des “ autres ” immigrés musulmans en France, en élaborant un discours cohérent sur la supériorité de leur culture, leur fierté nationale, et leur fierté ethnique. Il est vrai qu’un lien historique comme le passé colonial est un facteur non négligeable pour comprendre le sens que les individus donnent à leurs parcours, leur perception de soi et de l’autre. Toutefois il semble que la spécificité de l’immigration turque demande d’autres explications.
    Un autre point qui mérite d’être souligné est l’hétérogénéité de cette population du point de vue de l’appartenance religieuse et ethnique. Selon leur origine ethnique et géographique les immigrés ressortissants de Turquie manifestent leur différence par leurs origines religieuses (musulmans et chrétiens) et leur obédience à telle ou telle école juridique religieuse (mezhep). Il faut noter que la plupart des recherches sociologiques sur l’immigration turque constatent une hétérogénéité au sein de la population immigrée, mais la prennent rarement en considération dans leurs explications sociologiques.
    Chez les immigrés musulmans, le caractère hétérogène des obédiences (sunnisme, alévisme et autres ordres) montre la pluralité de l'Islam turc. Cette diversité, qui a donné naissance à un Islam libéral -avant même la proclamation de la République- rend discutables les interprétations qui font de l'Islam une entité unique et homogène. Il faut souligner que les Turcs ont été convertis à l’Islam tout en gardant leur langue et en conservant leurs pratiques matrimoniales antérieures à l’Islam. De plus, la Turquie est un pays qui vit un processus de modernisation depuis le XIXe siècle . Avec la fondation de la République (1923), on assiste à l’application par les élites kémalistes d’une série de réformes visant à transformer et à moderniser la société turque . La méconnaissance de “ l’Islam turc ” amène certains chercheurs travaillant sur l’immigration turque en France, soit à poser des questions dénuées de sens, soit à formuler des interprétations discutables .
    Enfin, cette immigration de main-d’œuvre non qualifiée a les caractéristiques d’une migration en chaîne. Malgré les recrutements anonymes organisés par les pays d’accueil et la Turquie, l’enchaînement de migrations vers l’Europe se réalise à travers les réseaux de solidarité régionale de la communauté de départ. Marcel Bazin affirme que “ l’immigration turque vers l’Europe commence par le départ temporaire d’hommes jeunes en quête de travail, qui font ensuite venir leur famille en cas de succès ; elle s’appuie sur des réseaux de solidarité familiale et locale (hemserilik : le fait d’être “ voisins ”, de venir sinon du même village, du moins d’une même micro-région) ; elle aboutit donc à des phénomènes de ségrégations marquées en fonction de l’origine géographique et éventuellement ethnique ” . Aujourd’hui la communauté immigrée originaire de Turquie en Europe a pris une dimension transnationale grâce à ces réseaux de solidarité familiale et locale .
    Le présent travail consiste en une mise au point méthodologique et conceptuelle d’une recherche menée auprès de “ jeunes issus de l’immigration ” qui font leurs études supérieures en Ile-de-France . Il ne s’agit pas de présenter les données d’une recherche inachevée, mais plutôt d’articuler une réflexion sur les outils méthodologiques et les points de vue théoriques afin d’affiner les méthodes de recherche sur les jeunes issus de l’immigration.
    L'existence des réseaux de solidarité familiale et locale (hemserilik) est un fait pertinent concernant la population originaire de Turquie. Les recherches montrent “ le caractère primordial des réseaux de parenté (akrabalik) dans la réussite du projet migratoire, dans les pratiques matrimoniales, pour l’accès à l’emploi, les investissements ” . Les immigrés obtiennent le plus souvent leurs postes de travail et leurs lieux d’hébergement à l’aide des réseaux de solidarité ; ainsi, ils ne se trouvent pas déracinés et solitaires dans les pays d’accueil même s’ils sont venus par recrutement anonyme. De plus, ces réseaux sont connectés aux réseaux idéologiques (politiques ou politico-religieux) existant dans le champ migratoire . Selon Hamit Bozarslan, “ l’absence de l’Etat et l’arrivée massive des familles dont les besoins étaient multiples, amena des forces, qui, à l’époque du moins, étaient marginales sur la scène politique turque à investir le domaine de l’émigration. Elles purent ainsi, dans de nombreux cas, occuper la position d’interlocuteurs entre émigrés et société d’accueil, proposer des solutions à la quête identitaire en surchargeant le domaine symbolique, en proposant de résoudre la crise par l’identification à une idée, proposée à la fois comme normative dans l’immigration, porteuse donc de régularité et d’un sens quotidien, et comme seule susceptible de garantir le lien avec le pays d’origine. ”
    Il faut noter que ces réseaux de solidarité régionale ont des effets semblables dans la migration vers la France et dans la migration interne à la Turquie (exode rural). Dans ce dernier cas, les sociologues soulignent qu’il y a souvent quelques familles qui jouent le rôle d’avant-garde et que les autres familles d’une même origine régionale les suivent dans la trajectoire de la migration . Ces migrations en chaîne ont constitué, à partir des communautés de départ, de nouveaux réseaux de solidarité régionale (hemserilik) au sein des grandes villes .
    Mübeccel Kiray explique ces réseaux de solidarité comme étant un outil d’adaptation de la société paysanne pré-industrielle à la société urbaine industrialisée et fortement spécialisée ; le passage d’une société fondée sur la solidarité mécanique caractérisée par des relations intimes et primaires, à une société fondée sur la solidarité organique, caractérisée par des relations anonymes . Elle soutient que ces réseaux de solidarité sont une conséquence historique d’un système pré-industriel : “ le patronage ”. La première forme de patronage est le soutien parental organisé autour de la personne qui tient le rôle de guide, le plus souvent l’homme le plus âgé de la communauté, qui se charge de résoudre les problèmes comme ceux liés au travail, au mariage, au logement, etc. Les réseaux de solidarité de la communauté sont une autre forme plus développée de ce patronage, qui permettent de trouver un travail, un logement, etc. Il faut souligner qu’en Turquie les réseaux de solidarité aident aussi à résoudre les problèmes soulevés par la relation entre l’individu et l’Etat, et pallie au manque de savoir-faire des émigrés dans leurs relations avec les services publics.
    Ces réseaux de solidarité sont partie intégrante de la migration comme de la structure sociale communautaire en Turquie. Cependant, il est moins évident de considérer les immigrés ou les jeunes issus de l’immigration turque comme une population qui redéfinit “ ses identités continuellement en fonction des contextes et des opportunités offertes par les différents réseaux sur lesquels repose l’expérience migratoire ” .
    Les recherches que nous avons menées auprès des jeunes issus de l’immigration turque en Ile-de-France ont fait apparaître le rôle important des réseaux dans l’élaboration des différentes stratégies identitaires. Toutefois, il ne faut pas oublier que ces réseaux contribuent aussi à la conservation des valeurs du groupe et à l’entretien du contrôle de la communauté. Dans ce type de situation, le contrôle social de la communauté peut être très coercitif surtout vis-à-vis des femmes et des jeunes filles qui représentent l’honneur de la communauté.
    Le code de l’honneur et le système de parenté constituent par ailleurs des piliers de la structure sociale communautaire en Turquie et dans la migration. Selon Nukhet Sirman, “ l’identité dans la parenté turque ” est liée au code de l’honneur : “ Pour les hommes et les femmes, l’identité sociale dépend de leurs qualités en tant que personnes morales, c’est-à-dire de leur honneur, code en fonction duquel ils agissent, et selon lequel leur comportement est interprété. L’honneur appartient aux personnes, aux maisons et aux communautés. Le code d’honneur différencie les personnes en fonction de l’âge et du sexe, en les plaçant dans une relation particulière d’autorité et de soumission dans la maison et entre parents et dans une situation de compétition agressive avec ceux qui appartiennent à d’autres maisons ” .
    Ainsi, on peut “ faire du migrant un acteur et envisager la migration comme ressource et stratégie ” pourtant il est plus difficile de dire que cet acteur est “ toujours conscient de ce qu’il est et de ce qui le détermine ” . Selon Alain Moreau, “ une telle position ne peut être tenue à l’extrême, à moins de faire fi des apports de la théorie psychanalytique ” . De plus, il semble que les immigrés ou les jeunes issus de l’immigration ne sont pas des acteurs aussi libres dans leur interaction avec le social. D’une part, les réseaux familiaux, religieux, politiques, géographiques (villageois ou régionaux) et économiques, ne sont pas seulement mis en œuvre par les immigrés ; ils demandent aussi une certaine allégeance et appartenance. D’autre part, “ les individus, pas plus que les groupes, ne sont libres d’affirmer unilatéralement cette identité. Dans cette interaction avec le social (…) ils ont affaire à des conduites par lesquelles autrui leur attribue lui-même des caractères en même temps que des valeur” .
    Selon Selim Abou, les jeunes issus de l’immigration, “ partagés dès l’enfance entre l’école et la maison, la société d’accueil et le groupe ethnique, sont acculés à intérioriser les deux codes culturels en présence et le conflit qui résulte de leur rencontre ” . Sur le terrain, il y a des jeunes qui parviennent à concilier les deux séries de normes (celle du pays d’origine des parents et celle du pays d’accueil), c’est-à-dire qu’ils sont capables de jouer avec deux systèmes de référence en fonction des situations. D’autres jeunes, au contraire, n’arrivent pas à concilier les deux, et d’autres encore le peuvent uniquement dans un contexte défini. Il n’est donc pas possible d’élaborer des interprétations générales. Les jeunes issus de l’immigration “ ne se débarrassent pas des modèles de penser et de sentir de leur culture d’origine pour adopter tels quels ceux de la culture du pays d’accueil. Le passage de l’une à l’autre n’est ni direct ni immédiat ” .
    Quant au mariage, moment crucial pour les immigrés turcs, les attitudes des jeunes peuvent être diversement interprétées. Le mariage immigré apparaît bien souvent comme un instrument de maintien du lien avec la Turquie et de résistance à la dégradation des valeurs traditionnelles d’origine : “ la prépondérance du pays d’origine dans les choix matrimoniaux est de nature à perpétuer la communauté en lui injectant sans cesse du ‘sang frais’ et à enrayer les effets de l’intégration lorsque celle-ci risque d’échapper au contrôle de la première génération ” . Par ailleurs, le mariage semble aujourd’hui le seul moyen sûr de faire venir un membre de la famille en France.
    Les recherches que nous avons menées font apparaître que, dans la plupart des cas, les jeunes -afin de concilier l’impératif communautaire du mariage arrangé et d’exprimer leur propre volonté- essayent de trouver leurs futurs conjoints eux-mêmes, au sein de la communauté originaire de Turquie en France. Ce sont surtout les filles qui déclarent préférer choisir leur futur conjoint au sein l’immigration turque en France plutôt qu’en Turquie. Dans l’ensemble, filles et garçons admettent l’importance, pour eux comme pour leur famille, de l’origine de leur futur conjoint.
    D’autres recherches mettent en évidence des stratégies de conciliation avec cet impératif communautaire chez les jeunes : “ Les filles savent très tôt qu’elles devront se plier au choix de leurs parents, même si les dissensions entre eux permettent des négociations. Elles trouvent toutefois certaines compensations : en faisant de nécessité vertu, elles se donnent pour la suite les moyens de s’imposer. La procédure de regroupement leur permet d’entrer dans la vie professionnelle, et donc d’acquérir une plus grande marge de liberté, notamment financière. Quand le mari arrive, il ignore la langue et les lieux et dépend de sa femme, qui, elle, au contraire, est sans beaux-parents et libérée de l’autorité de son père ” .
    Nous ne nous arrêterons pas sur les limites de la liberté de la fille ou sur la position occupée par le mari , ni sur une telle absence du code d’honneur ou sur le type même de ce mariage. Ces exemples ne prouvent certes pas l’absence d’un impératif communautaire concernant le mariage, mais ils illustrent les tentatives de conciliation avec cet impératif. Toutefois, il semble que les différentes manières de négociations restent individuelles ; l’approche sociologique doit donc être plus minutieuse.
    En rupture avec l’ancien point de vue qui “ tend à faire des migrations la résultante quasi mécanique d’une contrainte (…) à laquelle le candidat-migrant serait irrépressiblement soumis ” , les discussions et débats contemporains proposent une image de l’immigré comme un acteur agissant librement et visant toujours ses intérêts individuels sans prendre en compte ses appartenances communautaires, une image des jeunes issus de l’immigration parfaitement capables de jouer avec les deux cultures et de se réaliser librement en dehors des pressions communautaires.
    Après l’utopie de “ l’Homme nouveau ”, remarque Pierre André Taguieff, “ surgit donc celle de ‘l’Homme mobile’, l’utopie de l’individu sans héritages ni appartenances, sans mémoire et sans histoire, mais ultra-mobile, hyper-malléable et indéfiniment adaptable. Il est sans famille, sans ascendance ni descendance, il n’est que responsable que de lui-même, de sa vitesse et de sa flexibilité. Il n’a d’identité que provisoire, éphémère ; il rêve même d’en changer comme le chemise. Il s’idéalise, dans le discours publicitaire contemporain, en ‘nomade’ et en ‘métisse’, il se célèbre comme un ‘hybride’ toujours ‘en mouvement’ ” .
    Ainsi, il faut d’abord tenir compte de l’hétérogénéité des jeunes issus de l'immigration turque et sortir de la vision dualiste qui considère ces jeunes, soit comme des personnes soumises à la pression communautaire, soit comme des individus ultra-mobiles, indéfiniment adaptables et capables de faire une synthèse parfaite de deux cultures.
    L’objet sociologique que constituent “ les jeunes issus de l’immigration ” appelle donc à une analyse plus profonde en s’appuyant sur une recherche de terrain s’articulant autours de diverses variables : âge, sexe, âge d’arrivée en France, origine ethnique, origine religieuse, trajectoire familiale, trajectoire scolaire et réseaux de solidarité qui sont mis en œuvre pendant l’expérience migratoire des parents. Ce n’est qu’autour de telles études de terrain qu’il nous semble possible de produire une réflexion objective et pertinente à propos des jeunes issus de l’immigration turque.

  • Dossier Échos de Turquie ÉchoGéo 16

    Les chercheurs de l'Observatoire Urbain d'Istanbul ont coordonné la préparation du dossier "Échos de Turquie" paru dans le dernier numéro (num. 16, mars/mai 2011) de la revue électronique ÉchoGéo.
    Coordonné par Jean-François Pérouse, ce dossier fait état des recherches menées en Turquie par Cilia Martin, Brian Chauvel, Yoann Morvan, Clémence Petit, İsmet Akova, Süheyla Balcı Akova et Benoît Montabone.

    Chaque article de ce dossier est consultable en texte intégral.

  • Dynamiques urbaines. La gestion du grand Istanbul 14/04/2011

    Séminaire "Turquie Contemporaine"
    Jeudi 14 avril à 16h30 à l'IFEA
    Jean-François Pérouse
    (chercheur associé à l’IFEA et maître de conférences à l’Université de Galatasaray)
    Dynamiques urbaines. La gestion du grand Istanbul
    Intervention en français.

  • E. Güçlü Istanbul Bibliography / İstanbul Bibliyografyası 2000-2013

    Nous sommes heureux de mettre à votre disposition le nouveau numéro des dossiers de l'IFEA-Série "la Turquie aujourd'hui" intitulé Istanbul Bibliography-2000-2013, qui fait écho et prolonge le numéro 4 qui couvrait la période 1960-2000.

    Le 11 février 2014 était mis en ligne le numéro 21 de la série “la Turquie aujourd’hui” des dossiers de l’IFEA. Intitulé Istanbul bibliography 2000-2013, cet épais dossier fait écho au numéro 4 de la même série – La mégapole d’Istanbul. 1960-2000 – paru en octobre 2000, soit il y a près de quinze ans. Cette mise en série traduit une tradition de recherche qui participe de l’identité de notre institution. Sans prétendre comparer les deux entreprises, la première étant fort modeste dans ses ambitions, la mise en regard de ces deux dossiers – le premier fait vingt pages alors que le second en totalise deux cent seize – inspire quelques remarques. La différence frappante de volume entre les deux dossiers est liée en partie à une “montée en puissance”...

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    La Bibliographie d'Istanbul est un ouvrage par essence évolutif. Nous ajouterons avec grand plaisir les références que vous nous enverrez à l'adresse mail Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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  • EJTS 23 | Faire et défaire les territoires dans la Turquie contemporaine

    Edited by Ségolène Débarre and Jean-François Pérouse

    Çerkezköy
  • Élise Massicard : Constructions identitaires territoires et réseaux : le cas des alévis de Turquie

    La problématique principale de ma recherche concerne la construction d'une identité collective alévie en Turquie et dans la migration turque en Europe depuis la fin des années 1980. La littérature théorique concernant les identités collectives est surtout consacrée au phénomène du nationalisme. Cependant, les études sur le nationalisme sont, dans une certaine mesure, généralisables aux processus de construction d'autres identités collectives, infranationales ou supranationales. Ce n'est que relativement récemment que le rôle de la distance et de la mobilité dans les phénomènes de construction d'identités collectives ont été soulignés. Ainsi, en 1983, Benedict Anderson met en évidence le fait que le sentiment national doit beaucoup à l'espace-temps créé par l'imprimé (la presse surtout) et à ce qu'il appelle la "sérialisation" (des statues aux cimetières militaires en passant par le recensement des populations) ; en outre, il se penche sur le rôle de "ceux de l'extérieur" ou de "ceux de la périphérie" dans l'apparition et l'articulation du nationalisme, approche qu'il approfondit dans un ouvrage plus récent avec la notion de "nationalisme à distance", par laquelle il souligne le rôle de l'exil (physique ou intérieur) dans la genèse du nationalisme .
    Dans cette perspective, nous travaillons sur l'hypothèse selon laquelle la territorialité, la mobilité et leurs recompositions sont centrales pour l'étude des phénomènes de construction identitaire. En ce qui concerne la question alévie, cette dimension semble d'autant plus incontournable que la mobilité est au cœur de la société alévie contemporaine. En effet, les dernières décennies ont marqué pour la société turque en général un bouleversement spatial et social. Or, l'exode rural entamé dans les années 1950 a touché la société alévie de manière disproportionnée, qui était jusque-là en grande majorité confinée dans des communautés rurales. Cet exode rural massif a entraîné une différenciation sociale rapide et la dissolution des communautés sur plusieurs espaces, dans une continuité village - bourg le plus proche - chef-lieu - métropole - étranger. Depuis lors, on assiste à une circulation importante entre ces différents espaces, dans la mesure où, comme dans la société turque en général, les migrations ne sont pas unidirectionnelles ni définitives. La notion de territoire circulatoire, territoire à la fois social et spatial qui fait sens pour les migrants et fait fi des frontières nationales, semble ici particulièrement pertinente. Or, cette dimension territoriale et migratoire est très peu intégrée dans les recherches concernant l'alévisme, qui oscillent entre monographies de village , études "orientalistes" sur la nature de l'alévisme comme système de croyance , et analyses du mouvement identitaire alévi dans ses dimensions discursives (par exemple, reconstructions de l'histoire alévie ) – ces deux derniers phénomènes étant accentués par les représentations essentialistes et a-historiques dont se nourrit le mouvement identitaire alévi contemporain. Pour réaliser un travail sociologique, il est donc impératif de rendre compte des pratiques et des constructions identitaires dans leurs dimensions sociales, et notamment de leur aspect spatial, territorial. Il s'agira d'étudier le rôle du territoire dans les constructions identitaires, c'est-à-dire de comprendre dans quelle mesure les constructions identitaires se concrétisent différemment sur différents espaces, et pourquoi.

    L'approche par un territoire d'origine

    Pour réintroduire la dimension spatiale dans cette problématique générale, j'ai tout d'abord choisi de travailler plus spécifiquement sur une région donnée et sur ses migrants, ce qui permet de reconstituer les trajectoires socio-spatiales (individuelles et familiales), ainsi que leur arrière-plan sociologique, dans le but de croiser parcours migratoires et trajectoires identitaires. Plusieurs critères ont guidé le choix de la région de Sivas (la seconde province de Turquie par sa taille, située à environ 500 km à l'est d'Ankara) : tout d'abord, il s'agit d'une région à peuplement mixte alévi-sunnite, mais aussi turc-kurde, où des constructions identitaires diverses ont vu le jour. En outre, il s'agit d'une province très politisée, investie de sens jusqu'au niveau national et utilisée comme symbole et référence par différents discours politiques et identitaires nationaux. Enfin, Sivas est une région qui a généré beaucoup de migrations, à la fois dans les métropoles turques et en Europe .
    Intégrer la dimension spatiale à une approche en termes de construction identitaire permet en premier lieu de prendre la mesure de la structuration socio-spatiale du réseau migratoire. En effet, la migration de Sivas, que ce soit vers les métropoles ou vers l'étranger, est constituée en très grande partie de migration en chaîne (qui n'est pas structurée partout de la même manière), qui a commencé dans les années 1950 et continue jusqu'à aujourd'hui. Il s'agit, en outre, d'une migration spontanée, qui n'est organisée ni par l'Etat, ni par le marché, d'où l'importance, dans la mobilité, de structures sociales comme la famille. Les réseaux sociaux (notamment familiaux et villageois) forment ainsi à la fois des vecteurs et des supports de la migration et de la mobilité . Nombre de ces groupes montrent une capacité certaine à fonctionner en réseau et à se perpétuer dans le temps tout en se dispersant dans l'espace. Ces groupes "infra-communautaires" (on ne peut pas parler, à ce niveau, d'un seul groupe alévi, mais plutôt d'une multiplicité de sous-groupes), forment pourtant le support des constructions identitaires.

    L'approche par les acteurs

    Ainsi, les formes de migration semblent structurer la constellation spatiale des migrants. Cependant, elles sont aussi structurées par les usages qu'en font les acteurs, notamment dans une perspective de construction identitaire. C'est là qu'intervient une seconde concrétisation méthodologique permettant de croiser une analyse des constructions identitaires et des recompositions territoriales : une approche par les acteurs. En effet, une approche en termes de construction d'identités collectives implique le repérage des acteurs privilégiés de ces constructions, des ressources qu'ils mobilisent, des stratégies qu'ils développent. Cette approche par les acteurs doit rendre compte, en l'occurrence, de la construction de stratégies sur plusieurs lieux. Dans cette perspective, un différentiel entre plusieurs lieux peut être utilisé comme atout, et ce, non seulement du point de vue économique (le fameux dicton afghan “ les contrebandiers ont besoin de frontières ”), mais aussi pour des stratégies ou des mobilisations politiques, religieuses ou identitaires. Cette conception de la territorialité et la mobilité comme ressource, qui correspond à une approche d’individualisme méthodologique, passe par la reconstitution de parcours migratoires individuels et leur mise en relation avec les trajectoires identitaires. Un exemple nous permettra d'illustrer notre propos :
    Hüseyin K. est né dans un village du nord de Sivas. Il descend d’un lignage de dignitaires religieux alévis, nommés dede – une charge héréditaire qui consistait, traditionnellement, à rendre visite à ses talip (laïcs rattachés par descendance) dans divers villages, y tenir des cérémonies religieuses, y régler les conflits et à entretenir et transmettre à ses descendants le monopole du savoir religieux. Hüseyin K. a parfois suivi son père dans ses pérégrinations de village en village, où il a acquis les rudiments du savoir alévi. Il n’a jamais lui-même dirigé de cérémonie. Mais il se considère également comme le descendant direct du saint fondateur de ce lignage – l’un des plus étendus et rayonnants d’Anatolie - ce qui devrait lui conférer divers avantages symboliques, dont le plus visible est la garde du mausolée du saint. Or, il y a de cela quelques générations, la charge a été "usurpée" par une branche rivale de la famille, qui s’est "arrogée" le prestige, la garde du mausolée et, partant, le bénéfice des sacrifices que l’on y apporte des quatre coins d’Anatolie.
    Hüseyin K. est parti à Istanbul à neuf ans. Il a ciré des chaussures et vendu des allumettes dans la rue pour soutenir ses parents qui ne pouvaient porter la charge de cinq enfants. Au bout de quelques années d’école, il fait une formation en comptabilité et décroche vite un premier contrat. Puis, son frère aîné monte une entreprise de vente et l’emploie comme commis. Hüseyin K. profite de son expérience professionnelle et des contacts qu’elle lui permet de nouer pour créer des relations de confiance. Bientôt, il est embauché comme chef comptable dans une coopérative privée d’habitation où il gagne très bien sa vie. Il quitte alors, malgré les protestations de sa famille regroupée là, le gecekondu où il avait passé quinze ans et s’installe dans une coopérative privée très chic non loin des bords du Bosphore. Peu après, il y sera élu au conseil d’administration et embauché comme comptable. Il évolue alors dans un milieu très aisé qu’il apprend vite à connaître. Pour parfaire son éducation, il commence par correspondance les études d’économie qu’il n’a jamais pu faire. Rares sont les personnes qui, parties de rien ou si peu, cumulent deux emplois et de nombreuses responsabilités professionnelles et sociales, et cela à 30 ans… Charges qui lui valent de devenir le recours pour toute sa famille, et même au-delà, pour trouver un emploi ou résoudre des problèmes en tout genre.
    Or, Hüseyin K. n’est pas seulement un jeune cadre dynamique : il s’engage également dans des activités sociales et politiques. Tout d’abord dans sa résidence, où il tente d’empêcher la construction d’une mosquée en dirigeant un camp laïc à l'intérieur du conseil d'administration... ce qui lui vaudra des menaces de mort régulières des activistes du MHP . Mais Hüseyin K. est également actif dans un gecekondu d’Istanbul, où est regroupée la moitié de son village et où il s'engage dans l’association alévie (qui regroupe surtout les villages et familles liées à son lignage) jusqu’à la diriger aujourd’hui, non sans quelques conflits politiques dans ce quartier à l’atmosphère très tendue. Il y est apprécié notamment parce qu'il “ sait parler aux jeunes ” et ne ressemble pas aux dirigeants traditionnels, "paternalistes" et "autoritaires". Il a des projets originaux, veut, par exemple, installer dans l’association un petit musée où on rassemblera les objets champêtres aujourd’hui disparus, pour “ recréer l’atmosphère authentique du village ”. Ainsi, il s’intéresse à son passé et à ce lignage mystérieux dont il ne reste de traces écrites que dans quelques ferman ottomans… ou presque : récemment, l’un des membres de la branche rivale de la famille, avec l’aide de l’association de village qu’elle contrôle, a écrit un livre sur l’histoire et les mérites du lignage – tout en y affirmant sa descendance légitime - et s’est empressé de le mettre sur internet. C’en était trop pour Hüseyin K. : il décide de se mettre à la recherche de ses origines pour rétablir la "vérité". Il fait tout d’abord modifier son nom de famille - trop commun - en “ fils de ” pour affirmer sa descendance du fils aîné, donc légitime, du saint… auquel il fait ériger à ses frais un mausolée au village. Les partisans de sa branche commencent à porter leurs sacrifices à ce mausolée flambant neuf. Dès lors, Hüseyin K. passe ses week-ends et ses vacances entre archives ottomanes stambouliotes et la recherche de dedes et d'anciens à bonne mémoire dans les villages rattachés à son lignage. Il va bientôt terminer son livre, qui démontre l’insuffisance et la partialité de l'ouvrage rival et rétablit la "vérité", preuves à l'appui. Son site internet est déjà prêt à l’accueillir.
    Mais la bataille est inégale : le dirigeant du clan rival, installé depuis une vingtaine d'années en Allemagne, y est maître de conférences à l’université, ce qui lui donne une certaine aura scientifique. Il est actif et reconnu dans la Fédération alévie d’Europe… à tel point qu’il fait partie des deux candidats importés d’Allemagne par le Baris Partisi, parti "de la paix", à connotation alévie, pour les élections de 1999, et est l’un de ceux qui a fait les meilleurs scores – il s’agit en effet d’une autorité dans la région, car tous ceux qui ont oublié "l’usurpation" le respectent – sans que ceux-ci atteignent toutefois les espérances du parti. Hüseyin K. pense aussi à faire de la politique, dès qu’il aura plus de temps, mais ne sait pas exactement dans quel parti s’engager.
    Cette trajectoire construite sur plusieurs lieux témoigne d’investissements croisés : diverses ressources (descendance, savoir – sous ses différentes formes, argent, politique, notoriété etc.) sont accumulées, puis réinvesties dans une géographie qui lie le village, la région (définie électoralement, d’une part ; par les personnes liées à ce lignage, d’autre part - les deux ne se recoupant pas), deux gecekondu d’Istanbul, deux coopératives privées huppées, et une ville d'Europe. Les investissements dans le quartier et le village témoignent, en tout état de cause, de l’utilisation de ressources liées au local : "authenticité", ancrage, interconnaissance. Mais le local ne prend un sens plus large que dans la mesure où il est articulé à d’autres espaces qui offrent des dividendes plus importants et des ressources différentes (articulation à des discours politiques, ouverture sur l’Etat par le processus électoral pour le niveau national ; ressources financières, prestige, caution “ d’universalité ” et de “ modernisme ” pour l’Europe). C’est la conversion entre diverses ressources et différents lieux qui fait la force des stratégies et la centralité des médiateurs.

    Territoires et réseaux sociaux entre contrainte et ressource identitaire

    Dans cette perspective, le lieu peut être conçu comme champ de possibilités en éventuelle relation avec d’autres. La mise en réseau de différents lieux par les acteurs et le recyclage de ressources d’un espace à un autre peuvent alors être considérés comme stratégies. Ce qui compte n'est pas seulement la mobilité physique d'un entrepreneur, mais aussi, et peut-être surtout, sa possibilité de partir, ainsi que sa capacité à faire intervenir plusieurs territoires dans des stratégies. À partir de trajectoires d’entrepreneurs politiques ou identitaires, on peut éclaircir les utilisations de territoires, les relations différentielles entretenues avec eux, et les mises en relation de lieux.
    Néanmoins, une telle approche montre des limites. Tout d'abord, si chaque lieu est porteur de ressources propres, il s'accompagne également de contraintes spécifiques. Les acteurs et les groupes disposent des ressources des espaces traversés ou investis, mais sont également soumis à leurs contraintes et limites inhérentes, qui influent à leur tour sur leurs stratégies : s'engager au village ou même au gecekondu nécessite de respecter une certaine éthique, des normes comportementales précises, qui pourront à leur tour être mal perçues dans d'autres contextes et limiter l'éventail des lieux susceptibles d'être investis. Pour cerner la perception des différences d'opportunités liées au contexte, ainsi que leur rôle dans les choix des acteurs, on peut utiliser le concept de "structure d’opportunité". Ce concept part de l'idée que l'action collective ne peut réussir que dans certaines conditions, et définit les conditions favorables ou non pour le succès des mouvements sociaux . À cela, il faut ajouter une seconde limite de cette approche : les ressources d’un espace ne sont pas forcément transposables ou convertibles dans d’autres lieux, ou seulement “ au rabais ”, comme le montre le relatif échec électoral du concurrent d'Hüseyin K .
    Dans ces conditions, comment évaluer la part de contrainte et la part de ressource que représentent les territoires et les mobilités pour de telles stratégies identitaires ? On peut avancer que les formes de migration - comme la migration en chaîne - structurent les formes de mobilité (ses lieux privilégiés, ses rythmes) et, a fortiori, les structures d’opportunité liées à ces lieux (comme les ressources spécifiques liées au village, au bourg le plus proche, au gecekondu, à la ville européenne). Les formes de migration influencent également les stratégies identitaires, qui seront différentes selon si un groupe est dispersé dans l'espace et socialement, si les structures d’autorité se maintiennent ou se recomposent. Peut-on faire une typologie qui permettrait de mieux saisir comment les formes de migration structurent les ressources pour les stratégies identitaires ? Dans une telle typologie, le facteur temporel de la structuration des migrations est important : une migration subite et massive ne façonne pas les structures de mobilité et d'opportunité de la même manière qu'une migration continue, qui permet d'entretenir les relations durables entre le lieu d'origine et les points de chute. Cependant, les formes de migration ne déterminent pas les structures d'opportunités ni les stratégies identitaires. Les acteurs peuvent à leur tour élargir et recomposer l'éventail de lieux et de ressources formé par la migration initiale. C'est ce que fait Hüseyin K. lorsqu'il déménage dans une résidence huppée et y poursuit son engagement social à travers le conseil d'administration, l'articulant ainsi à des discours politiques nationaux et gagnant des dividendes financiers qu'il réinvestit ailleurs, par exemple au village.
    Les réseaux sociaux mis en œuvre par ces migrations se trouvent également dans une dialectique entre ressource et contrainte pour ces constructions identitaires. En effet, les réseaux peuvent tout à la fois leur tenir lieu de contrainte (vecteur de mobilité qui influence fortement les lieux et les formes de migration ; contrôle social ; répertoire de rôles préexistants) et de ressource (réservoir de relations, possibilité de les densifier). Dès lors, la question pertinente est celle de l'utilisation et de la mise en relation de ces réseaux par les acteurs. Il semble que les réseaux restent centraux au-delà de la première période de migration, où ils sont utilisés pour la recherche de logement et d'emploi. En effet, ils se recomposent à la faveur des opportunités et des territoires investis . En outre, on assiste à des stratégies familiales de points de chute à moyen terme et à une diversification des utilisations des réseaux par les acteurs (stratégies d'investissement, entreprises créées en commun, occupation collective de créneaux professionnels, stratégies identitaires ou politiques) (Günes-Ayata 1990). À cet égard, si la mobilité s'appuie sur ces réseaux sociaux, elle peut également être le moyen de les élargir et d'intégrer de nouveaux acteurs, comme le montre encore une fois la trajectoire d'Hüseyin K.
    Il est souvent difficile de distinguer réseaux familiaux, politico-religieux et communautaires, car ces derniers s'entrecroisent et s'interpénètrent à la faveur d'entrepreneurs qui les mettent en relation et tentent de les densifier ou de diversifier leurs registres. Ainsi, dans le quartier de gecekondu où est actif Hüseyin K., l'association alévie à vocation identitaire a été créée par les directeurs d'une vingtaine d'associations de villages, tous de la même région et reliés à un même lignage sacré. Peu après, cette association est reliée à une fédération alévie nationale, pour des motifs principalement financiers. Les réseaux villageois et infra-communautaires préexistants s'articulent dès lors sur un discours national, s'élargissent à des acteurs nouveaux, et s'enrichissent d'une composante identitaire, registre sur lequel, dès lors, les acteurs peuvent jouer, mais qu'ils ne peuvent pas ignorer.
    Il semble ici pertinent de problématiser les constellations changeantes, les différentes échelles (famille nucléaire, famille étendue, village, tribu, mais aussi liens "faibles" comme les collègues de travail…), leur(s) articulation(s) et le(s) registre(s) mobilisé(s). Quelle est la marge de manœuvre des acteurs dans ces recompositions pour des stratégies identitaires ? Comment émergent des entrepreneurs de réseaux, et comment deviennent-ils centraux ? On peut à cet égard distinguer plusieurs facteurs, comme l'amplitude, la densité, la proximité, ou encore la multiplicité des réseaux mis en œuvre.
    Faut-il pour autant opposer territoires et réseaux ? Certes, les réseaux sont dans une certaine mesure "déterritorialisés" (Badie 1995). Cependant, les réseaux mêmes font dans une certaine mesure territoire, et les espaces traversés peuvent être appropriés : on connaît la route, ponctuée de points de chute obligatoires ; des migrants d'Europe passant leurs vacances en Turquie, revenant du village pour prendre l'avion à Istanbul, s'arrêteront chez leurs parents à Ankara et parleront non seulement des nouveautés familiales, mais souvent aussi de la situation politique et "identitaire". En outre, les allées et venues peuvent même représenter une importante ressource identitaire, comme on le constate dans le cas d'Hüseyin K. qui passe le plus clair de son temps au volant de sa voiture. Surtout, à côté de ces liens "horizontaux", réticulaires, se constituent aussi des liens "verticaux" au territoire, avec des phénomènes d'appropriation de l'espace, de création de repères symboliques et identitaires, produisant ainsi des constellations en archipel.
    Les constructions identitaires s'inscrivent largement dans ce cadre, dans des contextes sociaux et relationnels donnés. La trajectoire d'Hüseyin K. montre qu'il est difficile de penser les stratégies identitaires en-dehors de réseaux mobilisés, investis ou reconvertis, fonctionnant comme supports et ressources - même si elles n'y sont pas réductibles-. Ainsi, nombre de mobilisations qui semblent, au premier abord, purement identitaires s'appuient sur des réseaux sociaux. Par exemple, lors des émeutes "alévies" du quartier de Gazi à Istanbul en mars 1995, des groupes d'autres quartiers périphériques comme Ümraniye ou Okmeydani viennent très vite en renfort, probablement mobilisés dans un premier temps par des réseaux familiaux, villageois, politiques ou d'interconnaissance, plus que par un réflexe "identitaire". Il semble que l'identitaire ne soit ici qu'une ressource parmi d'autres, mise en relation avec d'autres ressources par des acteurs, notamment à la faveur de réseaux préexistants, élargis, voire créés. Cette analyse en termes d'utilisations différentielles des territoires et des réseaux, dialectique entre contrainte et ressource, ouvre la perspective théorique de la fluidité de la vie sociale.

    Territoire et constructions identitaires : contexte, ressource et référence

    Quel est, dès lors, le rôle du territoire dans les constructions identitaires ? Le territoire oscille entre contexte d'action, ressource et référence dans les stratégies identitaires. Contexte d'action, lorsque l'on fait jouer le registre identitaire pour une mobilisation électorale dans une circonscription donnée, comme ce fut le cas du rival d'Hüseyin K. aux élections de 1999. Ressource, lorsqu'il s'agit d'utiliser les ressources propres à un territoire donné, comme l'ancrage, l'interconnaissance ou "l'authenticité". Enfin, le référentiel territorial peut lui-même devenir identitaire. Par exemple, la métonymie "Sivas" est utilisée comme signal identitaire alévi à un niveau national, voire international (puisqu'elle est usitée également dans la migration) depuis le massacre qui y a eu lieu lors d'une manifestation culturelle alévie en 1993. Or, ce territoire est approprié symboliquement par d'autres groupes, et utilisé comme référence dans différents discours identitaires ou politiques nationaux. Même les mobilisations larges, qui se construisent souvent sur plusieurs espaces, peuvent ainsi se servir du territoire, du terroir comme d’une ressource symbolique ou réelle.
    On peut ici interroger la distinction classique entre mobilisation territoriale (qui s'appuie largement sur le hemsehrilik, le "nationalisme de clocher", lui-même à géographie variable selon les utilisations qui en sont faites) et mobilisations politiques ou identitaires. En effet, les mobilisations territoriales autour de Sivas sont presque toujours intégrées dans des mobilisations politiques ou identitaires. Les associations de village, installées dans les métropoles ou en Europe, qui regroupent les villageois dans le but d'aider au financement des enterrements et d'investir dans le terroir d'origine, sont de plus en plus regroupées sur des bases identitaires ou politiques ; parallèlement, les fédérations à base territoriale et politiquement orientées se multiplient. Pour Sivas en tout cas, les mobilisations uniquement "territoriales" (dans le but d'investir au village ou dans la région), en dehors de toute prétention politique, se font de plus en plus rares.
    À cet égard, il semble important de souligner que le village, contrairement aux énoncés des théories de la modernisation, n'a pas perdu sa pertinence – ni comme contexte d'action, ni comme référence, ni comme ressource. Les villages sont réinvestis, non seulement en raison des retours partiels des migrants du travail aujourd'hui à la retraite, mais aussi symboliquement. Ainsi on observe, notamment en milieu alévi, des déplacements de tombes, la création de mausolées, de pèlerinages, la mise en place d'un tourisme religieux à dominante rurale et à connotation identitaire forte. La pertinence du village comme contexte d'action et référence est encore visible en ville, dans la multitude des associations de village. De nombreux jeunes nés dans les métropoles se considèrent comme membres d'un village, même s'ils n'y sont jamais allés. Ainsi, si la frontière urbain / rural existe dans le regard des autres, elle est souvent transgressée dans les pratiques géographiques et sociales – pas seulement dans les stratégies identitaires - , et elle n'est pas forcément pertinente dans l'identité ressentie. Dans ce contexte qui fait intervenir la mobilité et une multiplicité de lieux en relation, la centralité ne demeure pas forcément un attribut des métropoles.

    Conclusion

    Dans une perspective de constructions identitaires, il semble nécessaire d'abandonner une vision "essentialiste" du territoire, visant à définir ce qu'un territoire "est", pour une vision "relationnelle". En outre, les lieux et espaces investis sont tour à tour contexte d'action, ressource, et référence, qualités qui ne sont concevables que dans une perspective relationnelle. Mais certaines questions méthodologiques restent ouvertes. Tout d'abord, comment travailler avec une vision relationnelle du territoire ?
    À cet égard, l'analyse de trajectoires d'entrepreneurs identitaires et de leur utilisation de territoires permet de mettre à jour des stratégies plus ou moins clairement reconstituables. En ce qui concerne les "consommateurs" de discours identitaires, ou les reproducteurs de pratiques identitaires, il est cependant beaucoup plus difficile de reconstituer et de rendre compte de leurs pratiques territoriales, au-delà de leurs parcours migratoires.
    Enfin, les approches de science politique et les théories de la transnationalité postulent souvent une dichotomie entre les pays d'accueil de la migration d'une part et les pays d'origine d'autre part. Les cas étudiés au cours de notre recherche indiquent plutôt une continuité de lieux différenciés, mis en relations par des structures (par exemple réticulaires) elles-mêmes activées par des acteurs, sans coupure claire. Si les constructions identitaires se jouent souvent sur plusieurs espaces, il semble qu’on assiste, plus qu’à une dichotomie radicale entre la Turquie et l’Europe, à une continuité de lieux différenciés et diversement investis, où la frontière nationale ne représente qu’un saut qualitatif parmi d'autres. Le terme de "translocal" semble ici plus approprié que le terme "transnational". On semble ainsi assister, au niveau des stratégies identitaires et politiques, à une articulation importante entre mobilisations internes et externes, qui met en relation, de manière différentielle, champs migratoires internationaux et formes de mobilité internes. Cette géographie qui dépasse le cadre de l'Etat-nation donne aux acteurs la capacité de définir les territoires pertinents ; elle nécessite un regard renouvelé sur le rôle de la territorialité dans les stratégies politiques et identitaires.

    Références bibliographiques

    • Amiraux Valérie, “ Les limites du transnational comme espace de mobilisation ”, Cultures et Conflits, n°33-34, numéro spécial “Les anonymes de la mondialisation ”, sous la direction de Cesari Jocelyne, 1999, pp. 25-50.
    • Anderson B., Imagined Communities: Reflections on the Origin and Spread of Nationalism, London and New York, Verso, 1983.
    • Anderson Benedict, The Spectre of Comparisons. Nationalism, Southeast Asia and the World, Londres, Verso, 1998.
    • Badie Bertrand, La fin des territoires. Essai sur le désordre international et sur l’utilité sociale du respect, Paris, Fayard, 1995.
    • Gokalp Altan, Têtes rouges et bouches noires, Paris, Société d'ethnographie, 1979.
    • Günes-Ayata Ayse, “ Gecekondularda Kimlik Sorunu, Dayanisma Örüntüleri ve Hemsehrilik ”, Toplum ve Bilim, n° 51/52, 1990, pp. 89-101.
    • Kriesi Hans-Peter, The political Opportunity Structure of New Social Movements: Its Impact on Their Mobilization, Berlin, WZB, “ FS” (III), 1991, pp. 91-103.
    • Lubig Evelyn, Wie die Welt in das Dorf und das Dorf in die Welt kam, Saarbrücken, Breitenbach, 1998.
    • Massicard Elise, “ C’est ici que la République a été fondée, c’est ici qu’elle sera détruite ”, Intégration, mobilités et mobilisations politiques autour de Sivas (Turquie), Paris, Etude du CERI, 2001.
    • Mélikoff Irène, Sur les traces du soufisme turc. Recherches sur l'Islam populaire en Anatolie, Istanbul, Isis, “ Analecta Isisiana ” (III), 1992.
    • Seufert Günter, “ Between religion and ethnicity : a Kurdish-Alevi tribe in globalizing Istanbul ”, in Ayse Öncü, Petra Weyland (dir, Space, Culture and Power. London, Zed Books, 1997, pp. 157-177.
    • Van Bruinessen M., “ Aslini inkar eden haramzadedir ! The debate on the ethnic identity of the Kurdish Alevis ”, in Kehl K., Kellner-Heinkele B., Otter-Beaujean A. (eds.), Syncretistic Religious Communities in the Near East, Leiden, Brill, 1997.
    • Vorhoff Karin, Zwischen Glaube, Nation und neuer Gemeinschaft – Alevitische Identität in der Türkei der Gegenwart, Berlin, Klaus Schwarz, 1995.
  • Éric Verdeil - Kentler ve enerji. Yeni kentsel politikalar : Arap ülkelerinden örnekler : 07/03/2011

    Eric Verdeil (CNRS araştırmacısı) 
    "Kentler ve enerji. Yeni kentsel politikalar : Arap ülkelerinden örnekler"

  • Éric Verdeil - Villes et enjeu énergétique. Vers de nouvelles politiques urbaines? Exemples de quelques pays arabes : 07/03/2011

    Conférence
    Lundi 7 mars 2011 à 18h à l’IFEA
    " Villes et enjeu énergétique. Vers de nouvelles politiques urbaines? Exemples de quelques pays arabes."
    Eric Verdeil (CNRS)
    Intervention en français.

  • F. Hervet "Revenue sharing: A Tool to Produce Urban Land and Residential Megaprojects in Istanbul"

    Filiz Hervet "Revenue sharing: A Tool to Produce Urban Land and Residential Megaprojects in Istanbul" in Erwin Hepperle et al. (dirs.), Opportunities and Constraints of Land Management in Local and Regional Development. Integrated Knowledge, Factors and Trade-offs, Zurich, vdf Hochschule Verlag AG an der ETH Zürich, pp. 223-236. DOI: 10.3218/3928-3

     

     

  • Filiz Hervet - « M. Kaptan, propriétaire stambouliote, veut profiter du pardon de l’Etat »

    Filiz Hervet, « M. Kaptan, propriétaire stambouliote, veut profiter du pardon de l’État », La revue foncière, n°25, p37

  • Film gösterimi: Ekümenopolis - 25/05/2011

    "Bellek ve kentsel hareketlilik" Semineri
    25 Mayıs Çarşamba, saat18:00’da, IFEA’da,
    Ekümenopolis, a city without limits (İmre Azem, film gösterimi)
    Türkçe projeksiyon.

  • Franck DORSO

    Franck Dorso

    Université Paris Est Créteil
    Ecole d’Urbanisme de Paris – Lab’Urba EA 3482
    14-20 Boulevard Newton
    Cité Descartes
    Champs-sur-Marne 77 447 Marne-la-Vallée Cedex 2
    (00.33)1.71.40.80.87
    Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

    Maître de conférences à l’UPEC,depuis septembre 2009.

    • Enseignant à l’Ecole d’Urbanisme de Paris, enseignements à l’Université de Galatasaray et à l’Université Fédérale de Bahia
    • Chercheur au Lab’Urba (EA 3482), chercheur associé à l’Institut Français d’Etudes Anatoliennes Georges Dumézil (USR CNRS 3131), Istanbul
    • Responsable du parcours de Master 2 Espaces publics de l’IUP, 2010-2016
    • Montage du projet de Master 2 Alternatives Urbaines et Démarches Expérimentales de l’EUP (ouvert à la rentrée 2016)
    • Coordination des actions de partenariat avec la Turquie (Universités Galatasaray et Mimar Sinan, IFEA)
    • Membre du comité scientifique de la revue Márgenes, Université publique de Valparaiso

    Coopérations

    • Réseaux universitaires et de recherche (IFEA Istanbul, Université de Galatasaray, Université Mimar Sinan, Université Fédérale de Salvador de Bahia, Université Publique de Valparaiso).
    • Partenaires institutionnels et opérateurs (Villes de Paris, Montreuil sous Bois, Noisiel, communauté d’agglomération du Val Maubuée, Semapa, Gares et Connexions, Epad La Défense, Conseil Général du Val de Marne, agence Repérage Urbain, ERAMP, bureaux d’étude).
    • Tiers secteur (Robin des Villes, Crefad, dASA (43), Ferme des Meuniers (94), collectifs).

    Enseignement

    • Acteurs et décisions, Transformations urbaines Méditerranée-Proche Orient, Acteurs et métiers, Sociologie urbaine, Espaces publics, Patrimoines urbains, Démarches émergentes de production des espaces et participation, Villes des suds, Diagnostics de territoires, Méthodologies de diagnostic et d’enquête, Ateliers.
    • Sessions thématiques, Voyages d’étude, Ateliers décentralisés, Suivis des stages et mémoires.
    • Partenariats avec le champ professionnel et les acteurs locaux.
    • Innovation et expérimentation pédagogique, pédagogie par projet.
    • Responsabilités collectives (responsable de parcours de Master 2), ingénierie de formation (montage de Master, relations partenariales, conventions), suivi de projets étudiants (mobilités, recherches, stages, projets innovants).

    Recherche

    • Orientation générale : quelles articulations entre les politiques publiques instituées et la co-production en actes des espaces urbains ?
    • Question déclinée sur plusieurs objets : processus de patrimonialisation, espaces publics, espaces en mutation, expérimentations et pratiques émergentes autour de la participation/co-production/co-décision. Quelles implications sur les débouchés, l’évolution des métiers et la formation dans les champs opérationnels de l’aide à la décision politique, de l’assistance à maîtrise d’ouvrage, de l’expertise ?
    • Terrains :
      • Régulations sociales, politiques et urbaines (Istanbul, Ile de France, Valparaiso-Vina del Mar) – programme en cours Fondecyt
      • Processus de patrimonialisation (Istanbul, Salvador de Bahia) – programme en cours Cafes-Cofecub
      • Requalifications urbaines et espaces publics, fronts d’eau (Europe et Proche-Orient)
      • Conflits d’usages et d’aménagement : la construction des compromis pratiques (tous terrains)
    • Séjours et recherches à Istanbul :
      • 1999-2001 : frontières urbaines, muraille terrestre d’Istanbul (recherche publiée notamment dans le n°1 des Dossiers de l’IFEA collection Patrimoines au présent)
      • 2005-2008 : thèse de doctorat, transactions entre politiques publiques d’aménagement urbain et usages et dispositifs informels à Istanbul (plusieurs publications)
      • depuis 2010 (séjour entre Paris et Istanbul) : régulations sociales, politiques et urbaines, et processus de patrimonialisation sur plusieurs terrains stambouliotes, comparaisons internationales (Turquie, France, Amérique Latine).

    Animation de la recherche

    • Communications et publications, membre de comités scientifiques et d’organisation de colloques.
    • Évaluation d’articles pour European Journal of Turkish Studies, Autrepart, Échogéo.
    • Animation de sorties terrain publiques de l’Observatoire urbain, IFEA, depuis 2005.
    • Séminaires et groupes de travail de programme de recherche et d’écoles doctorales, membre du CR 21 « Transactions sociales » de l’AISLF.
    • Relations partenariales entre recherche et acteurs institutionnels et opérationnels (pouvoirs publics, organisations civiles, organisations internationales, sociétés d’économie mixte, habitants, réseaux associatifs ou d’entreprises).
    • Montage de dossiers et projets actions innovantes à l’UPEC.
    • Chercheur associé (projet POPSU 2) et invité (Université Publique de Valparaiso, Université Fédérale de Bahia)
    • Élaboration de l’avant-projet « Héritages urbains », en collaboration avec l’ONG Insan Yerlesimleri Dernegi (Association pour les Etablissements Humains) à Istanbul en février 2005.

    Publications

    • 2014, « Feux nocturnes d’Edirnekapı. Territoires de l’informel et évolutions des régulations urbaines à Istanbul », Annales de Géographie, « Illégalité et gouvernement des territoires », n° 700, Armand Colin, Paris, pp 1285-1309.
    • 2014, « Interstices et activités informelles, entre conservation et transformation sociales », Efadine, Revue du réseau des Crefad, numéro 4, Clermont-Ferrand, pp 37-57.
    • 2013, Margenes, numéros 11 et 12, « Informel », Université Publique de Valparaiso, Chili (coordination).
    • 2012, « Pour une sociologie de l’écart. Affiliation et différenciation dans les processus de socialisation et d’urbanisation », Nouvelles Perspectives en Sciences Sociales, « Homogénéisation et différenciation », volume 8, n°1, Prise de parole, Toulouse, pp 35-59.
    • 2012, « Le pas de côté. Logiques de l’écart et régulations informelles dans l’espace urbain », in Boucher, M. et Malochet, V. (sous la direction de), Regards croisés sur la régulation des désordres, L’Harmattan, collection Recherche et transformation sociale, Paris, pp. 165-182.
    • 2012, « Du soupçon à la bonne intelligence ? Un retournement d’alliance autour du processus de patrimonialisation des murailles d’Istanbul », Cahiers Construction politique et sociale des territoires, n°1, « Analyser la patrimonialisation des espaces urbains », CITERES/Cost, Tours, pp. 19-32.
    • 2010, « Informel », dans L’abc de l’urbanisme, Université Paris-Est Créteil éditeur, Créteil, pp 91-94.
    • 2009, « La transaction sociale paradigme ou outil. Proposition d’un schéma synthétique et opératoire », Pensée plurielle, n°20, 2009/1, de Boeck Editeur, Bruxelles, pp 107-120.
    • 2009, avec C. Demazière, « La réappropriation urbaine : deux expériences urbaines dans le bassin méditerranéen, Istanbul et Lisbonne », in Akl, Z. et Beyhum, N. (dir), Conquérir et reconquérir la ville. L'aménagement urbain comme positionnement des pouvoirs et contre-pouvoirs, Institut d'Urbanisme, Académie Libanaise des Beaux-Arts, Université de Balamand, pp 57-75.
    • 2009, « La part d’ombre, transactions et conflits entre les usages informels et les opérations de rénovation de la muraille de Théodose II à Istanbul », Travaux et documents, UMR 6590 Espaces géographiques et Sociétés, n°28, CNRS, pp 55-65.
    • 2008, « La requalification urbaine à Istanbul face aux initiatives populaires : les trois figures de l’imprévu, du tiers et du refoulé », 2008, in Boissonade, J., Guevel, S. et Poulain, F., (dir), Ville visible, Ville invisible, La jeune recherche urbaine en Europe, L’Harmattan, Paris, pp. 165-176.
    • 2007, « Grand projet emblématique et internationalisation à Lisbonne : voisinages imposés et imprévus autour du Parc des Nations », in Berry-Chikhaoui, I., Deboulet, A., et Roulleau-Berger, L. (dir), Villes internationales, Editions La Découverte, Paris, pp 123-136.
    • 2007, « Batailles territoriales et symboliques autour de la muraille de Théodose II à Istanbul », Espaces et Sociétés, n° 130, 3/2007, Editions Erès, Ramonville Saint-Agne, pp 103-117.
    • 2007, « Quand l’intime fuit le privé pour trouver refuge dans le public », Travaux et documents, UMR 6590 Espaces géographiques et Sociétés, n°26, CNRS, pp 57-64.
    • 2006, « La muraille ignorée ou le paradoxe de l’alliance tourisme-patrimoine », Téoros, UQAM, vol. 25, n°2, Montréal, pp 40-46.
    • 2006, « Pouvoirs et contre-pouvoirs autour de l’occupation et de la rénovation de la muraille terrestre d’Istanbul », Travaux et documents, UMR 6590 Espaces géographiques et Sociétés, n°24, CNRS, pp 37-46.
    • 2003, avec C. Demazière, « Deux expériences urbaines aux marges de l’Europe, le Parc des Nations à Lisbonne et la muraille terrestre d’Istanbul », Les Annales de la recherche urbaine, n°93, PUCA, Paris, pp 15-21.
    •  2003, « Un espace indécis au cœur d’Istanbul ; la muraille de Théodose II en 2001 », Les dossiers de l’IFEA, collection « Patrimoines au présent », n°1, IFEA, Istanbul, 39 p. http://books.openedition.org/ifeagd/202

    Autres expériences professionnelles

    Chargé de mission développement local, directeur de centre social, plasticien, chantiers de construction dans le bâtiment (maçonnerie, charpente, couverture), enseignant à l’Institut Culturel Français d’Istanbul.


  • Gouverner les villes de la Méditerranée - 12-14/09/2013

    Istanbul 12-14 septembre 2013
    Séminaire de la Chaire Ville (Ecole des Ponts Paris Tech) avec le soutien de l'IFEA.
    Ce séminaire s'inscrit dans le programme de la Chaire Ville : www.enpc.fr/chaire-villeIl vise à discuter des secondes versions de textes écrits sur le gouvernement de cinq métropoles du pourtour méditerranéen.

    Programme provisoire (pour les titres des textes en discussion)
    Jeudi 12 septembre
    17h, Introduction Jean François Pérouse (Directeur IFEA) et Dominique Lorrain (CNRS et Chaire Ville)
    18h-19h, Denis Bocquet (Ecole des Ponts ParisTech-LATTS), Les enjeux de l'urbanité dans les métropoles méditerranéennes (à partir d'un texte publié dans New Geographies 05, 2013)

    Vendredi 13 septembre
    9h-10h30, Eric Verdeil (CNRS UMR 5600 Environnement, Ville, Société) : "Beyrouth, métropole des coupures .. "
    pause 15'
    10h45-12h15, Pierre-Arnaud Barthel (Institut Français d'Urbanisme/Université Paris-Est Marne-la-Vallée) : "Le Caire, de la "ville-mère" aux périphéries du désert".

    14h-15h30, Jean-François Pérouse (Université Toulouse II Le Mirail) : "Gouverner Istanbul"
    15h30-17h, Taoufik Souami (Institut français d'urbanisme / Université Paris-Est Marne-la-Vallée), "Alger,le pouvoir et éclairages du foncier"
    pause 15'
    17h15-18h45, Emmanuel Négrier (CNRS-CEPEL/Université de Montpellier) et Mariona Tomas (Université de Barcelone) : "La métropole de Barcelone : gestion et politique".

    Samedi 14 septembre
    9h-10h30, Denis Bocquet (Ecole des Ponts ParisTech-LATTS) : "Romeet la question métropolitaine".
    pause 15'
    10h45, Discussion collective sur les spécificités des métropoles méditerranéennes.

    Mise en point de la suite du programme


  • Gözlem Merkezlerinin Tanıtımı (güncel değil)

    İstanbul Şehri Gözlem Merkezi | Türk Siyaseti Gözlem Merkezi | Kafkasya Gözlem Merkezi

    IFEA Gözlem Merkezleri koordinasyonu Élise Massicard
     tarafından yapılan Güncel Çalışmalar kapsamında yer alır.

    Kafkasya Gözlem Merkezi IFEA'nın Bakü'de şubesidir.

    İstanbul Şehri Gözlem Merkezi (OUI)

    Araştırma konusu İstanbul megapolünün, ülkenin kalbi, ekonomik, toplumsal ve siyasal değişimlerin laboratuvarı, Türkiye’nin adeta küçük bir modeli olması, İstanbul Şehri Gözlem Merkezi'ni enstitü bünyesinde günümüz Türkiye’si üzerine gerçekleştirilen araştırmaların önemli bir odağı haline getirmekte. Merkez, bir bilgi, belge, kaynakça ve harita toplama birimi olarak çalışmalarını sürdürürken bir yandan da Avrupa ve Türkiye arasında bir buluşma noktası işlevini üstlenmekte. Merkez önecelikle İstanbul'un metropolleşmesine eşlik eden oldular üzerine eğilmekte (kentsel gelişme, çevre, taşınmazlar, siyasi ve ekonomik yaşam, kültür politikaları). Hem bir bilgi ve belge merkezi hem de kaynak ve harita merkezi olarak işleyen OUI hem bir araştırma hem de araştrmanın değerlendirildiği bir merkezdir. 

    Bir Belge ve Kaynak Merkezi

    Merkezde haritalar, fotoğraf koleksiyonları, tematik dosyalar, istatistikler ve çeşitli kitap ve süreli yayınlar bulunmakta. Bünyesinde barındırdığı harita ve planlar –1/500’den 1/500 000 ölçeğine kadar– Osmanlı ve Cumhuriyet dönemlerinin yanı sıra günümüz Türkiye’si ve İstanbul’unu da kapsamakta. Basında çıkan haberlerin yer aldığı tematik dosyalar ve OUI kütüphanesi düzenli olarak güncellenmekte. Bazı belgelere internetten de ulaşılabilmekte (istatiksel bilgiler, araştırma programları sonuçları, staj araştırma ve raporları, konferans ve kolokyum belgeleri,etc.)

    Bir Buluşma Noktası

    Merkez, İstanbul’la ilgilenen araştırmacı ya da çeşitli iktisadi aktörlere danışma ve rehberlik hizmeti sunmakta; istenildiği takdirde, ilişkiye geçilmesi gereken olası muhatapları da belirleyebilmektedir (kurumsal ve akademik muhataplar, iktisadi aktörler, meslek odaları, vakıf ve dernekler). Böylelikle merkez, İstanbul çevrelerine yabancı ve Türkçe bilmeyenler için bir tür aracı işlevini görmektedir. Araştırma ve danışma programları kapsamında çeşitli Avrupa kurumlarıyla (UE, CoE, OCDE, vs.) işbirliği geliştirilmiştir. 

    Bir Araştırma ve Değerlendirme Merkezi

    Ve tabii ki bir araştırma merkezi... Bünyesindeki araştırmacıların kendi çalışmaları bir yana, merkez çeşitli kurumlarla –özellikle Doğu ve Güney Akdeniz’deki diğer şehir gözlem merkezleriyle– ortaklaşa çalışarak bölge kentlerindeki güncel değişimleri belirlemeye yönelik programlar geliştirmektedir.

    İletişim:

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    Türk Siyaseti Gözlem Merkezi

    2005 yılı Mart ayında Fransız Anadolu Araştırmaları Enstitüsü, çağdaş Türkiye'nin siyasi sosyolojisi üzerine araştırmalarını genişletmek ve bu ülkeye artan ilgi kapsamında ortaya çıkan sorulara cevap verebilmek amacıyla Türk Siyaseti Gözlem Merkezi'ni (OVIPOT) kurdu. OVIPOT'un birincil hedefi Türk siyaseti sosyolojisi araştırmaları yapmaktır (hem kamu girişimleri ve kurumsal boyutlarıyla, hem de toplumsal seferberlik ve partizan örgütler boyutuyla) ama aynı zamanda bu çalışmaları Türkiye'nin Avrupa Birliği'ne üyeliğine bağlı dinamiklerle ilişkilendirmektir. OVIPOT hem bir araştırma ve araştırmanın değerlendirildiği yer, bir bilgi ve belge merkezi hem de araştırmacıların ağırlandığı ve yetiştirildiği bir merkez olarak işlemektedir. Tüm bu etkinlikleri kapsamında OVIPOT Türkiye ile Fransa ve daha geniş anlamda  Akdeniz ve Avrupa araştırma camialari arasında bir köprü olmayı hedeflemektedir. 
    OVIPOT, CNRS'te araştırma sorumlusu ve IFEA araştırmacısı Elise Massicard'ın sorumluluğundadır.

    Bir Araştırma Merkezi

    Üyelerinin yaptığı çalışmalar dışında, OVIPOT araştırma programlarına katılmakta,bilimsel aktiviteler düzenle ve daha genel olarak da kendi araştırma konuları üzerine çalışan Türk ve Avrupa bilimsel kurumları arasındaki alışverişi destekler.

    Belge ve Kaynak Merkezi

    OVIPOT, Türkiye üzerine sosyal bilimler alanında çalışana araştırmacılara ve uzmanlara yönelik olarak internet sitesini belge, analiz ve bilgilerle beslemektedir (Türk siyasi sistemi üzerine sentezler, staj araştırma ve raporları, kolokyum ve konferans belgeleri, vs.) OVIPOT aynı zamanda çağdaş Türkiye konularında IFEA kütüphanesinin zenginleştirilmesine katkıda bulunmaktadır.

    Son olarak, OVIPOT, Çağdaş Türkiye'nin tanınmasına faydalı internet bağlantılarından oluşan bir liste sunmaktadır ve Hypothèses üzerinde Türk siyaseti üzerine bir blogu vardır.

    Bir karşılama ve eğitim merkezi

    OVIPOT, Türk siyaseti ve Türkiye’nin Avrupa Birliği’ne üyeliği konularıyla ilgilenen doktora öğrencilerinin ve araştırmacıların buluştuğu bir merkezdir. Burada staj yapabilmek için staj yapmak bağlantısını tıklayın.
    OVIPOT, “Çağdaş Türkiye” üzerine bir seminer düzenlemektedir. “Erasmus” öğrenci dolaşımı çerçevesimnde Avrupa’dan gelen üniversite öğrencilerine yönelik olan bu seminer IFEA stajyerlerine ve konuyla ilgili herkese de açıktır.

    Kafkasya Gözlem Merkezi

    Statü ve tarihçe
    Merkez, Eylül 2002’de Fransa Dışişleri Bakanlığı’nın inisiyatifiyle IFEA ve Azerbeycan’daki Fransa Büyükelçiliği arasındaki bir işbirliği kapsamında kuruldu. Bakü Şubesi, IFEA’ya Kafkasya üzerine daha yakından bilgi aktarabilmek için şubenin ilk sorumlusu Bayram Balcı bu şehre yerleşmesiyle Kasım 2003’te etkinliklerini başlattı. Merkezin ikinci sorumlusu Thorniké Gordadzé, Ağustos 2010’da Gürcistan Dışişleri Bakanı yardımcısı olabilmek için görevi bıraktı. Merkez 1 Eylül 2011’de Inalco’da doçent, dilbilimci Gilles Authier’nin sorumluluğunda yeniden açıldı.

    Bakü şubesinin Hazar Denizi ve Karadeniz, Kuzey ve Güney Kafkasya, İran’ın kuzeyi ve Yakın Doğu Kafkas diasporaları arasındaki geniş alanı kapsayan bölgesel bir misyonu vardır. Bakü şubesi bir araştırma oluşumu olduğu gibi Fransa ve Azerbeycan arasında sosyal bilimlerde ilişkilerin geliştirilmesini hedefleyen bir merkezdir. 

  • Hélène Delos : Géographie du mouvement : Les flux migratoires entre le Maghreb et la Turquie dans la structuration des espaces urbains parcourus

    Le but de cet article vise à interroger, à la lumière des résultats d’enquêtes d’une première année de recherche à Istanbul, les outils méthodologiques et la connaissance géographique (concepts, démarche, portée de la recherche) liés aux migrations et à la transformation des espaces urbains investis par les migrants.
    Notre étude s’appuie sur la problématique des recompositions territoriales que suscitent les mouvements des migrants maghrébins qui parcourent, traversent et investissent des espaces métropolitains connectés par les circulations de femmes et d’hommes, les échanges (matériels ou immatériels) entre le Maghreb et la Turquie. Nos angles d’investigations suggèrent la prise en compte de la dynamique temporelle pour croiser les échelles de temps et d’espaces dans la constitution de ce phénomène migratoire, où une large place est accordée aux parcours migratoires et aux différents acteurs (de la sphère politique à l’entrepreneur en passant par les “ fourmis ” ). En effet, comment appréhender ces nouveaux agencements territoriaux articulant des espaces locaux dont les réseaux de relation qui les fondent ressortissent à des logiques transnationales, sur lesquelles se greffent des initiatives individuelles et collectives ? Complexité des formes et des parcours migratoires, imbrication des phénomènes observés avec des formes d’ouverture (effondrement du bloc soviétique, inscription des Etats dans une économie-monde) ou de clôture territoriale (l’Europe de Schengen) : c’est dans ces interstices entre liberté d’action et contraintes que les acteurs -les migrants en l’occurrence- vont chercher des ressources là où la mobilité, entendue comme stratégie, favorise des complémentarités entre des espaces rendus de plus en plus proches grâce aux modes de transports.

    Lectures d’une dynamique migratoire et de ses implications spatiales

    L’orientation des problématiques sur les migrations autour des notions de l’entre-deux et des territoires de parcours révèle d’une part la complexification des migrations dans un contexte de mondialisation et d’autre part le nécessaire dialogue entre les sciences sociales et humaines pour se doter d’outils méthodologiques plus pertinents. La socio-anthropologie a quitté l’approche par trop réductrice du couple immigration/intégration qui excluait l’analyse du mouvement pour ne saisir qu’un bout de la trajectoire du migrant : l’espace d’accueil et son parcours d’intégration sur les voies tracées par les Etats-nations. La prise en compte du parcours s’illustre par l’utilisation de notions concernant la situation migratoire du migrant : la situation d’errance qui peut rejoindre celle de nomadisme et l'organisation en diaspora décrites par A. Tarrius, ou l’espace des déplacements : les va-et-vient (M. Poinard, 1991) et le territoire circulatoire (A. Tarrius, 1993). Ces tendances s’expriment dans le “ passage d’un paradigme d’intégration à un paradigme mobilitaire ” .
    La géographie s’est enrichie de ces remaniements conceptuels. La notion de champ migratoire, développée par G. Simon au sein de l’équipe Migrinter, témoigne de ce glissement conceptuel : l’évolution du titre de sa thèse , où l’espace des Tunisiens en France est finalement décliné à travers le prisme d’un “ champ social international ” est à ce titre significatif. De même, le terme de géodynamique initié par le même auteur, met l’accent sur “ le lien entre la dynamique de ces mouvements humains et l’espace où ils s’inscrivent ” . Saisissant ces transformations, les rapports des hommes au territoire, à l’espace et au temps, la géographie peut dès lors entrer dans un nouveau paradigme territorial.
    Sans reprendre l’ensemble des travaux concernant ce nouveau champ sémantique, notre propos souhaite souligner quelques évolutions de sens en rapport avec notre travail de recherche. Notre objet d’étude s’articule autour de la connaissance des espaces produits par les migrants maghrébins, créateurs de nouvelles territorialités et promoteurs de nouveaux agencements territoriaux. Nous avons situé notre domaine d’étude dans un champ migratoire qui s’étend du Maghreb à la Turquie, et plus exclusivement entre des villes du Maghreb et la métropole stambouliote. Avant de revenir sur les notions qui nous paraissent les plus adéquates pour cadrer notre démarche, une recontextualisation du phénomène migratoire observé est nécessaire. La présence maghrébine à Istanbul, ville que nous avons choisie comme premier observatoire d’espaces locaux investis par des populations désignées comme “ turbulentes ” , est indissociable du rôle déterminant de la Turquie en tant que carrefour entre l’Europe, l’Asie et le monde arabe. L’effondrement du système communiste, la politique de libéralisation économique impulsée par l’ancien président Turgut Özal dans les années 1980 pour diversifier ses partenaires commerciaux , la difficulté d’obtenir un visa pour pénétrer l’espace de Schengen, sont des événements majeurs pour comprendre l’attraction qu’exerce aujourd’hui la capitale économique de la Turquie. Lieux de convergence des migrations originaires de l’ex-URSS, des Balkans, ou du monde arabe, mais aussi des migrations internes (en provenance de l’Anatolie du Sud-Est), des espaces de la ville se sont organisés autour de cette nouvelle ressource, la mobilité des migrants transnationaux, nourrissant l’économie locale du textile en particulier. Ces lieux de consensus entre divers fragments de population d’origines diverses, où les va-et-vient des migrants sont essentiels à leur fonctionnement, s’inscrivent dans un territoire plus vaste, le long des parcours balisés par les premiers circulants, par delà les frontières étatiques. En clair, il nous appartient, pour qualifier ce territoire émergent, de “ situer le monde dans le lieu ” et de replacer les centralités nouvelles “ en les tirant du lieu vers le monde ” .
    Reflet des interactions sociales et spatiales, comment cet espace circulatoire se constitue-t-il en territoire associant différents pôles urbains de l’espace-monde, en ce sens qu’il fait référence pour tous ceux qui ont établi des liens entre ces espaces ? Ici le rapport homme/territoire s’inscrit dans une “ géographie du mouvement ” qui tente de saisir les articulations entre migrations, métropolisation et nouvelles territorialités à l’oeuvre ; car ce sont ces nouvelles territorialités qui sont problématiques en ce sens qu’elles nous obligent à repenser les marges de la ville qui ne sont plus à la périphérie mais préfigurent de nouvelles centralités qui s’inscrivent dans des territoires réticulaires. Les notions de réseaux et de territoire sont donc essentielles pour saisir la “ mondialité concrète ” des métropoles. Toutefois la notion de territoire, associée aux mobilités, n’est plus seulement entendue au sens classique du terme : il peut être discontinu et englobe l’ensemble des parcours et des réseaux qui se tissent entre territoire de départ et territoire d’accueil. Il est soumis à des transformations rapides dans ses configurations, au gré des échanges, de la circulation de l’information, de l’évolution des réseaux. La notion de “ territoire circulatoire ”, “ productions de mémoires collectives cosmopolites et de pratiques d’échanges sans cesse plus amples ” pend acte de ces nouvelles formes d’appartenance et d’identité dont le territoire concret, “ de l’ordre des sédentarités ”, n’est plus la seule base.
    Confrontés au terrain, nous avons dû prendre en compte une donnée essentielle à l’émergence de ces formes territoriales, la dynamique temporelle. Partant de ce qui est visible —l’animation quotidienne et commerciale d’un espace local, les signes extérieurs d’une présence arabe (les enseignes)— l’immersion puis la découverte de trajectoires individuelles originales nous ont conduit à démêler l’invisible en remontant le temps et les parcours.

    Étapes et cheminements méthodologiques

    Plus que les résultats de nos enquêtes de terrain, l’accent est ici mis sur les étapes de notre recherche et les difficultés propres à notre terrain. Notre première démarche a consisté à localiser la présence maghrébine, Marocains, Algériens, Tunisiens, Libyens, et à établir une typologie des migrants. La clef d’entrée retenue pour aborder les espaces d’accueil des migrants maghrébins nous a incité à focaliser notre attention sur les lieux d’activités commerciales liées aux migrations. Ces espaces ont déjà été identifiés en 1998 par M. Péraldi dans le cadre d’une étude plus vaste sur les “ économies de bazar ” dans les villes méditerranéennes . Cette entrée et le choix d’Istanbul comme première phase de recherche nous a permis de rencontrer tous les types d’acteurs : entrepreneurs, migrants de passage ou “ fourmis ”, intermédiaires qui assurent le relais sur place entre grossistes et ceux de passage. Mais ces compromis et échanges entre tous les “ partenaires ” qui se rejoignent au sein de ce dispositif commercial recèlent des disparités dans le temps et l’espace des trajectoires individuelles, dans l’ordre des contraintes qui les affectent, mais aussi à la lumière des interactions qui se sont produites à des moments-clefs, dans d’autres espaces comme par exemple au Maghreb. Cette complexité à dénouer dans sa dynamique temporelle, à travers les étapes dans les parcours de chacun, nous a engagés vers une méthode relevant de l’ethnométhodologie, nous permettant, tout comme le migrant qui cherche à s’insérer dans un réseau, de s’assurer la confiance de nos interlocuteurs, voire de jouer des rôles d’intermédiaires liés à nos contacts peu à peu diversifiés.
    Pour évaluer le flux de migrants qui pénètrent en Turquie, l’officialité des échanges, la démarche statistique a été la première étape. L’évaluation statistique n’a cependant pu s’appuyer sur une base de données fiables ; tout au plus peut-on retenir et confirmer, à travers les chiffres concernant les entrées sur le territoire turc, la position de carrefour d’Istanbul. Les chiffres de la Direction de la Sécurité d’Istanbul révèlent l’importance des flux en termes quantitatifs mais non leur différenciation précise en fonction de la nationalité, ou du type de visa d’entrée. La population maghrébine, au sens large, est estimée à plus de 10 000 résidents officiels, auxquels s’ajoutent 10 000 résidents officieux (sans permis de séjour ni permis de travail). Si ce dernier chiffre nous paraît quelque peu exagéré, celui des entrées, en référence aux visas de “ tourisme ” délivrés annuellement, s’avère être plus précis et plus proche de la réalité observée : 100 000 entrées pour les Algériens, Tunisiens et Libyens confondus. Nous pouvons à présent ajouter que les Algériens sont les plus représentés parmi la population originaire du Maghreb, précédant les Tunisiens puis les Libyens. Deux remarques peuvent être tirées de cette évaluation : d’une part, le comptage des entrées ne distingue pas entre ceux qui entrent pour passer en Europe via des filières clandestines, ceux qui peuvent rejoindre ces filières mais restent à Istanbul, “ en attendant ”, parce que des opportunités de travail se présentent à eux, et ceux qui viennent pour tourisme ou l’associent à des achats revendus au pays (“ les porteurs de valises ”). Le personnel consulaire reste le seul groupe “ majoritaire ” reconnu par les consulats sur place. Les entretiens qui nous ont été accordés permettent de saisir l’officialité des échanges politiques, économiques et culturels entre la Turquie et les pays du Maghreb. Ce caractère officiel a joué un rôle considérable en amont de la chaîne migratoire qui s’est progressivement mise en place : les échanges avec l’Algérie, premier partenaire africain de la Turquie, la présence d’entrepreneurs turcs au Maghreb (notamment dans le secteur de la construction) et surtout en Libye, drainant une main d’oeuvre issue des migrations inter-maghrébines, ont permis des rencontres, des affinités, et une circulation de l’information entre migrants du Maghreb ; les politiques de visas accordés par la Turquie aux ressortissants de ces pays est un autre facteur à prendre en considération, à savoir comment l’évolution des rapports bilatéraux entre la Turquie et les pays du Maghreb sont susceptibles d’infléchir les flux migratoires. D’autre part, et suite aux entretiens que nous avons réalisés, une grande part de ceux qui ont choisi de s’installer entrent dans la catégorie de clandestins dès lors qu’ils n’ont pas trouvé d’employeurs officiels, avec une preuve d’embauche qui ouvre la possibilité d’obtenir un titre de séjour. Certains sont clandestins depuis plus de cinq ans alors que d’autres vont sortir du territoire dès la fin de la date de validité de leur durée de séjour autorisé.
    Les données statistiques s’avèrent donc être secondaires pour notre analyse car elles occultent la population clandestine et toutes les activités dites “ informelles ” sans lesquelles le dispositif commercial ne peut fonctionner pleinement. Elles font partie intégrante de ce système migratoire. Les Maghrébins qui entrent à Istanbul, véritable sas migratoire, exclusivement pour intégrer une filière clandestine ont été exclus de nos échantillons de population, mais n’autorisent pas non plus une catégorisation excessive qui établirait une frontière étanche entre ceux qui se sont installés et travaillent à Istanbul et ceux qui ne font que transiter.
    La deuxième étape s’intègre dans une analyse systémique et englobe l’ensemble des acteurs impliqués dans ce processus migratoire. L’observation passive tout autant que participante —dès lors qu’un interlocuteur accepte de nous introduire dans la “ communauté ”— devient la source de nouveaux contacts. De contacts en contacts, il nous est permis de dresser une typologie des acteurs (migrants mais aussi sédentaires, autochtones et Maghrébins) et la confiance instaurée nous permet de les suivre dans les transactions commerciales et leurs déplacements quotidiens. L’échelle de la vie quotidienne est riche de sens car c’est dans les lieux du quotidien et dans les pratiques qui rythment le quotidien que se déroulent nombre de négociations, d’interactions avec d’autres populations, et c’est surtout là où la circulation de l’information peut être saisie et replacée dans un contexte plus global. La dimension relationnelle que recèlent ces espaces permet à celui de passage comme à ceux “ raccrochés pour un temps au monde “ sédentaire ” de la ville" , de se tisser un réseau de relations sans cesse élargi, de le diversifier, mais aussi de passer d’un travail à un autre en fonction de ce réseau et du projet migratoire. Les interactions observées ne signifient pas pour autant des métissages mais invitent à une cohabitation créative où chaque fragment diasporique apporte son réseau de relations et ses compétences.
    C’est ce qu’illustre à Istanbul, un ensemble urbain ou un réseau de lieux commerciaux que forment le complexe Laleli-Beyazit-Aksaray (dans le vieux Stamboul, sur la rive Sud de la Corne d’Or) entre les arrondissements de Fatih et d’Eminönü, associé à la zone de production-confection de Merter à l’Ouest de la ville, pour ne citer que les plus importants. Les va-et-vient des migrants (“ Russes ”, Maghrébins et Arabes du Moyen-Orient) nourrissent l’économie locale du textile en exploitant les différentiels de richesse entre ici et là-bas. Le “ commerce à la valise ” (bavul ticaret), commerce informel , qui désigne les migrants venus faire des achats à Istanbul dans le but de les revendre au Pays, est une aubaine pour tous, fabricants, grossistes turcs ou du Maghreb, “ fourmis ”, intermédiaires chargés d’influer sur les modes et modèles locaux pour les adapter à chaque clientèle. Ce complexe commercial, qui occupe une position centrale dans la ville, s’est structuré peu à peu par rapport à des moments-clefs, où mobilités internes et mobilités internationales se sont rejoints en ce nœud urbain dans lequel s’impriment leurs complémentarités.
    L’approche diachronique met en relation, selon des temporalités propres, les phases de mobilité des Kurdes puis des Arabes du Sud-Est anatolien vers la métropole stambouliote, leur faculté à s’unir et créer de nouveaux marchés, à mettre en valeur leur compétences linguistiques (l’usage de l’arabe) voire des affinités culturelles, pour capter à la fin des années 1970 la clientèle arabe des nouveaux pays riches du Moyen-Orient, de Libye, d’Iran puis celle des Russes et des ressortissants des ex-pays communistes dans les années 1990, jusqu’à s’ouvrir et s’adapter à une clientèle maghrébine. Ces regroupements, loin d’entrer en concurrence, s’organisent en “ collectifs ” et exploitent les complémentarités des compétences et des ressources mobilitaires de chacun.
    Cette approche est complétée par la prise en compte des parcours individuels des premiers arrivants, à travers les récits de vie, les passages du nomadisme à des sédentarités temporaires que vient éclairer le projet migratoire du migrant. Les récits que nous avons entendus nous ont conduit à d’autres pôles urbains comme Damas, Paris mais aussi d’autres espaces des villes du Maghreb où nous comptons nous rendre pour prolonger, du passé au présent, les réseaux forgés antérieurement à la formation d’Istanbul comme pôle d’attraction migratoire pour les Maghrébins, puis maintenus actuellement à travers la mise en place d’un territoire circulatoire entre ces pôles. La géographie de ces mouvements nous entraîne donc naturellement vers ces autres lieux, au Maghreb, en Syrie, en France, pour saisir l’autre côté du miroir, les liens entre espaces d’arrivée, de transit, d’accueil, à même d’enrichir notre réflexion et de resserrer notre problématique.

    Vers de nouvelles figures de la ville cosmopolite ?

    Durant ce séminaire, un certain nombre de notions, tels que “ nouveaux cosmopolitismes ”, ou “ diasporas ” modernes ont suscité des réactions révélatrices de la confusion et de la nécessité de recontextualiser ces termes. Aux diasporas du XIXème siècle, “ politisées, stabilisées ”, A. Medam oppose les “ diasporas flottantes ” , pas encore, voire jamais, stabilisées. Au sein de cette dernière catégorie, les études empiriques permettent d’apporter des nuances en fonction des situations observées. Le miroir qui met en parallèle les ressources qu’offre la métropole stambouliote avec les contraintes, distinctes, des pays de départ différencient davantage les populations circulantes originaires du Maghreb.
    A partir d’un même type d’opposition, Jean-François Pérouse fait état d’un “ autre cosmopolitisme ” naissant dans la métropole : la distinction s’opère entre anciennes minorités installées puis assimilées dans la longue durée, et celles qui se sont installées temporairement, avec une plus grande liberté de choix. C’est dans les modes de négociation de l’espace, où la cohabitation repose sur des choix et des initiatives économiques en “ partenariat ” avec d’autres populations, que réside la différence. Pour notre part, nous souhaitons apporter notre contribution à l’analyse de ces figures du cosmopolitisme à partir de situations concrètes, à la suite des travaux engagés sur ce thème.

  • IFEA Araştırmaları (güncel değil)

    {tab=Araştırma Alanları}

    Fransız Anadolu Araştırmaları Enstitüsü'nde araştırmacılar tarafından yapılan farklı konulardaki araştırma programları 4 farklı disiplinlerarası araştırma alanı çevresinde eklenmlenmiştir.
    ARCH OTTO  CONT

    Fransa'nın uzun yıllardır yürüten Bizans ve Selçuklu tarihi ve arkeoloji çalışmaları canlı tutmak için

    {tab=Gözlem Merkezleri}

    Güncel çalışmalara adanmış iki gözlem merkezi vardır : İstanbul Gözlem Merkezi (OUI), Türk Siyaseti Gözlem Merkezi(OVIPOT) 

    Bakü'deki Kafkasya Gözlem Merkezi 2003-2016 yıllar arasında IFEA'ya bağlı bir şube idi. 

    OUI OVIPOT ODC


    {tab=Çapraz Araştırmalar}

    IFEA’nın alanlararası araştırmalarının en küçük ama en kuvvetli ortak paydası, Türkiye ve Osmanlı toprakları ile bu coğrafyanın dilleri olup çalışmalar, bu sahalar üzerine yoğunlaşmaktadır. Enstitümüzün kimlik ve uzmanlığını kısmen belirleyen bu alanlar aşağıda kısaca sunulmuştur. Bunlar, enstitü programına alınmış çalışma ve bilimsel toplantılar sayesinde somutlaştırılmaktadır.
    1. Anadolu'daki miras sorunsalı: Mirasın oluşum, tanım, tasnifi ve mirası işletme yolları
    2. Anadolu ve Akdeniz: Türkiye’de Akdeniz nasıl algılanıyor? Akdeniz’e aidiyet duygusu neye dayanıyor? Miras ve çevre ile ilgili konular bir Akdeniz bilincinin uyanışına katkıda bulunuyor mu?

    {tab=Ortak Projeler}

    {/tabs}

  • İstanbul Gözlem Merkezi Kaynakları

    Istanbul Gözlem Merkezi  araştırmacıların, öğrencilerin ve kentsel çalışmalarla ilgililerin hizmetine aşağıda envanterini bulacağınız zengin bir bilgi, belge kaynağı sunmaktadır. 

    • Türk basının takibiyle oluşturulan tematik dosyalar (liste)
    • Toplu taşıma konusunda belgesel kaynaklar (liste)
    • Haritaların büyük bir kısmı (eski ve yeni haritalar) ve fotoğraflar CD halinde kullanımdadır (liste)
    • Aynı şekilde site üzerinden de indirilebilen staj raporları ve tezler (liste)
    • ÉlectrOUI dosyalarının tamamı, İstanbul'daki kentsel aktüalite üzerine olan ve kolokyum annonslarını da içeren elektronik haber bülteni (dosyalara buradan ulaşabilirsiniz)

    OUI'nin ayrıca araştırma karnelerinden oluşan Hypothèses.org (CLEO) üzerinde Haziran 2011'den beri bir blogu  vardır.

    OUI Ekibi tarafından yaratılan ve dışarıdan katkılara açık olan OUI Blogu 3 ana bölüm altında oluşmaktadır:

    Belgesel Kaynaklar: Kuruluşundan bu yana kent gözlem merkezi megapol üzerine belge topluyor ve üretiyor. Haritalar, gazete kupürleri, görsel kaynaklar, aynı zamanda raporlar ve 30 kadar tematik dosya mevcuttur. Gözlem Merkezi’nde kentsel çalışmaların farklı alanlarını kapsayan araştırmalar yapan öğrencilerin bitirme ödevleri ve tezleri de buradan incelenebilir.

    Kent haberleri ve linkler : Burada OUI ekibi tarafından sürekli takip edilen gündem haberlerine yer verilir. İstanbul ve Türkiye’deki faydalı adres ve linkler, OUI ile aynı konular üzerine çalışan araştırma merkezleri, bilimsel dergiler, gündem maddeleri ve önemli yayınlarla güncel haberlere ve bilgilere buradan ulaşılabilir.

    Seminerler ve Kent Gezileri : Har yıl, Ekim’den Mayıs’a, Gözlem Merkezi seminerler ve şehir gezileri önerir. Konferanslar IFEA’da gerçekleşir ve film olarak kaydedilir. Daha sonra konferansın videosu Online konferanslar bölümüne konur.

    http://oui.hypotheses.org/

  • J.-F. Pérouse - Henri Prost et Istanbul. Le magistère contrarié (1937-1950)

    Jean-François Pérouse, "Henri Prost et Istanbul. Le magistère contrarié (1937-1950)" in Güneş Işiksel et Emmanuel Szurek (dir.), Turcs et Français. Une histoire culturelle, 1860-1960, 2014, Paris, PUR, pp. 225-238

    L’échange culturel franco-turc est profondément transformé par les bouleversements démographiques qui affectent la Méditerranée orientale pendant la Première Guerre mondiale. L’apparition de la « Turquie nouvelle » favorise l’assujettissement de l’échange culturel franco-turc aux acteurs étatiques. La parenthèse se referme quand la Turquie, intégrant l’alliance atlantique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, importe les références drainées dans le sillage d’un nouveau partage de l’ordre international.

  • J.-F. Pérouse - İstanbul’da Sürdürülebilir Kalkınma: Sekteye Uğramış - Kısmi ve Fırsatçı Bir Uyarlama

    Jean-François Pérouse, “İstanbul’da Sürdürülebilir Kalkınma: Sekteye Uğramış, Kısmi ve Fırsatçı Bir Uyarlama”, in Ayfer Bartu-Candan & Cenk Özbay (derl.), Yeni İstanbul Çalışmaları. Sınırlari Mücadeler, Açılımlar, 2014, İstanbul, Metis, s. 229-240

  • J.-F. Pérouse : Başakşehir (Istanbul) la "ville-épi" : de la marge urbaine épiphénomène au modèle urbain hégémonique

    Jean-François Pérouse, "Başakşehir (Istanbul), la "ville-épi" : de la marge urbaine épiphénomène au modèle urbain hégémonique", in Nora Semmoud, Bénédicte Florin, Olivier Legros & Florence Troin (éd.), Marges urbaines et néolibéralisme en Méditerranée, 2014, Tours, Presses Universitaires François-Rabelais, Collection "Villes et Territoires",  pp. 83-104.

  • J.-F. Pérouse : Başat Şehir Gündeminin Arkası : İstanbul'da Son 10 Yılda Gelişen Sinsi Kentsel Dönüşüm

    Jean-François Pérouse, "Başat Şehir Gündeminin Arkası : İstanbul'da Son 10 Yılda Gelişen Sinsi Kentsel Dönüşüm", in Y. Dülgeroğlu Yüksel, E. Gür & D. Yıldız, İstanbul'da konut (binbir çeşit), İstanbul, İTÜ Vakfı Yayınları, 2016, 45-50.
  • J.-F. Pérouse : Cumhuriyet Türkiyesi ve Batılı Şehircilik. Uzun ve Karmaşık Bir İlişki

    Jean-François Pérouse, “Cumhuriyet Türkiyesi ve Batılı Şehircilik. Uzun ve Karmaşık Bir İlişki”, Sabah Ülkesi 43, Nisan 2015, 54-57. En ligne

  • J.-F. Pérouse : Istanbul capitale du XXIe siècle

    Jean-François Pérouse "Istanbul, capitale du XXIe siècle", in J. Marcou et F. Türkmen (dir.), Vingt ans de changements en Turquie (1992-2012), Paris, L’Harmattan, déc. 2013. - ISBN : 978-2-343-01130-1

  • J.-F. Pérouse : İstanbul varoşlarındaki mezarlıkları bize ne anlatıyor?

    Jean-François Pérouse "İstanbul varoşlarındaki mezarlıkları bize ne anlatıyor?", Gevher Gökçe Acar (dir.), Ölüm Sanat Mekân, İstanbul: Dakam, Eylül 2012, s. 82-89.
  • J.-F. Pérouse : Kentsel Dönüşümün yaygınlaştırılması ya da suskun çoğunluğun acımasız zaferi...

    Jean-François Pérouse : "Kentsel Dönüşümün yaygınlaştırılması ya da suskun çoğunluğun acımasız zaferi..." in BORA T. (derl.),Milyonluk Manzara. Kentsel Dönüşümün Resimleri, İstanbul, İletişim, 2013, 49-55

    Une exposition de photographies sélectionnées est organisée du 5 au 20 juin au salon Cezayir (Galatasaray)

     

  • J.-F. Pérouse : L'État sans le Public: quelques conjectures à propos de l'Administration du logement collectif (TOKİ)

    Jean-François Pérouse L'État sans le Public: quelques conjectures à propos de l'Administration du logement collectif (TOKİ) in M. Aymes, B. Gourisse, É. Massicard (dir.), L'art de l'État en Turquie. Arrangements de l'action publique de la fin de l'Empire ottoman à nos jours, Paris, Karthala, 2014 p.173-194

  • J.-F. Pérouse : Le “mouvement de Gezi” ou le choc des systèmes de valeurs environnementales dans la Turquie en croissance

    Jean-François Pérouse, "Le “mouvement de Gezi” ou le choc des systèmes de valeurs environnementales dans la Turquie en croissance", Méditerranée, n° 123 "La qualité environnementale en milieu urbain, 2015, pp. 49-56.

  • J.-F. Pérouse : Le parc Gezi : dessous d’une transformation très politique

    Jean-François Pérouse, « Le parc Gezi : dessous d’une transformation très politique », Métropolitiques, 24 juin 2013. URL : http://www.metropolitiques.eu/Le-parc-Gezi-dessous-d-une.html

  • J.-F. Pérouse : Les élections locales du 30 mars 2014 à Istanbul

    Jean-François Pérouse, "Les élections locales du 30 mars 2014 à Istanbul", Pôle Sud2014/2, Changer les politiques culturelles, no 41, p. 183-194. http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=PSUD_041_0181

  • J.-F. Pérouse : Les enjeux de l'éducation depuis l'avènement de l'AKP au pouvoir

    Jean-François Pérouse, “Les enjeux de l'éducation depuis l'avènement de l'AKP au pouvoir”, “La Turquie face à ses tabous” Revue des 2 Mondes,avril 2015, , 64-74. En ligne

  • J.-F. Pérouse : Les productions patrimoniales alternatives : le cas des municipalités et associations kurdes de Turquie

    Jean-François Pérouse, "Les productions patrimoniales alternatives : le cas des municipalités et associations kurdes de Turquie", Anatoli, 2015, N° 6 “Patrimoine culturel et fait minoritaire en Turquie et dans les Balkans”, Paris, CNRS Editions, pp. 175-190.

  • J.-F. Pérouse : Molozların hüzünlü diyarı. periferiler

    Jean-François Pérouse, "Molozların hüzünlü diyarı, periferiler", in Cantek F. Ş. (derl.), Kenarın Kitabı. "Ara"da Kalmak, Çeperde Yaşamak, İletilşim, Istanbul, 2014, p. 255-260

  • J.-F. Pérouse : Mülk Allahındır ('This House is God's Property') Legitimizing Land Ownership in the Suburbs of Istanbul

    Jean-François Pérouse : Mülk Allahındır ('This House is God's Property') Legitimizing Land Ownership in the Suburbs of Istanbul in M. Ababsa, B. Dupret, E. Denis (dir.) Popular Housing and Urban Land Tenure in the Middle East: Case Strudies from Egypt, Syria, Jordan, Lebanon, and Turkey, The American University in Cairo Press october 2012, 352 p., ISBN 9789774165405

    Abstract :

    Mülk Allah'indir est une phrase souvent inscrite sur la façade des immeubles auto-construits des périphéries d'Istanbul. Cette affirmation constitue une manière de légitimer lesdites constructions, en se référant à l'ordre de l'au-delà, implicitement sensé avoir le primat sur celui d'ici-bas, plus inique. Or le changement d'attitude des pouvoirs publics vis-à-vis de l'habitat " illégal " que l'on note depuis le début des années 2000 - dans le sens d'une plus grande intolérance - a pour effet de mettre en concurrence des ordres différents de légitimation de la propriété ou de l'usufruit du sol urbain (en voie de raréfaction). Dans ce contexte, cet article s'emploie à analyser les modalités actuelles de production de l'illégalité foncière et les modes de légitimation développés par les "occupants " menacés par les transformations enregistrées par le marché foncier. L'extrême relativité et labilité de la légalité foncière, produit d'un rapport de forces entre acteurs aux intérêts variés et changeants, ressort de l'analyse proposée.

  • J.-F. Pérouse : Sözde büyük organizasyon ve göz ardı edilebilen sözde küçük sosyal oluşumlar. Ayazma mahallesi ve Atatürk Olimpiyat Stadyumu’nun paralel hikâyesi

    Jean-François Pérouse, "Sözde büyük organizasyon ve göz ardı edilebilen sözde küçük sosyal oluşumlar. Ayazma mahallesi ve Atatürk Olimpiyat Stadyumu’nun paralel hikâyesi", in Aslı Odman (ed.), Olimpiyat 2020, İstanbul için Fırsat mı? Tehdit mi?, Panel Konuşmaları 15 Mayıs 2013,Mimar Sinan Üniversitesi, 2013, pp. 18-27.
  • J.-F. Pérouse : Taşranın cazip ama mahdut kalan yeniden keşfedilmesi

    Jean-François Pérouse, "Taşranın cazip ama mahdut kalan yeniden keşfedilmesi", Evrensel Kültür, Dosya 'Taşralaşan kent, kentleşen taşra', N. 264, Aralık 2013, p. 91-93.

  • J.-F. Pérouse : The State without the Public: Some Conjectures about the Administration for Collective Housing (TOKİ)

    Jean-François Pérouse, "The State without the Public: Some Conjectures about the Administration for Collective Housing (TOKİ)" in Aymes, M., Gourisse B., Massicard, É., Order and Compromise: Government Practices in Turkey from the Late Ottoman Empire to the Early 21st Century, Brill, 2015, 436 p. ISBN: 9789004289796

  • J.-F. Pérouse "Introduction aux grands enjeux urbanistiques" 24/04/14

    Conférence
    Jeudi 24 avril 2014 à 14h à l'IFEA
    Jean-François Pérouse
    "Introduction aux grands enjeux urbanistiques"
    Accueil des étudiants de l'IATEUR (Institut d'Aménagement des Territoires, d'Environnement et d'Urbanisme de Reims) à l'occasion de leur Voyage d'études à Istanbul
    Une collaboration IATEUR-IFEA-YTÜ (Université technique de Yıldız) YTÜ?
    Sur invitation
    http://www.univ-reims.fr/formation/ufr-instituts-et-ecoles/iateur/actualites-de-l-iateur,12201.html

  • J.-F. Pérouse et S. Kaya, "249 contro 301. Ossessione sicuritaria e rassegnazione organizzata nell’affrontare i rischi ambientali, sanitari ed economici: il caso turco"

    PÉROUSE Jean-François et KAYA Sümbül, "249 contro 301. Ossessione sicuritaria e rassegnazione organizzata nell’affrontare i rischi ambientali, sanitari ed economici: il caso turco", in S. Palidda (dir.), Resistenze ai disastri sanitari, ambientali ed economici nel Mediterraneo, Doc(k)s, 2018. ISBN 978-88-6548-236-0

    Jean François Pérouse e Sümbül Kaya descrivono ilcaso della Turchia mostrando come il contro-colpo di Stato da parte del dittatore Erdoğan permetta di occultare tutti i disastri e l’aggravamentodelle condizioni di vita della popolazione nonché la violazione dei diritti edelle libertà in un paese devastato da un forte sviluppo neoliberista.

  • J.-F. Pérouse Istanbul planète. La ville-monde du XXIe siècle

    Jean-François Pérouse, Istanbul planète. La ville-monde du XXIe siècle, Paris, La découverte

    Istanbul est un continent urbain inconnu, trop souvent réduit à quelques prétendus hauts lieux – de plus en plus perdus dans l’immensité métropolitaine environnante – extraits d’un imaginaire réducteur, aux figures par trop rebattues. Il y a pourtant urgence à sortir des lieux communs pour prendre la mesure de l’organisme urbain monstrueux devenu ces deux dernières décennies la principale métropole du bassin méditerranéen, au pouvoir attractif croissant.
    Mégapole choyée par un pouvoir qui l’a promue en vitrine de sa puissance et de son identité refabriquée, mégapole qui fascine un « arrière-pays » de plus en plus vaste et diversifié, Istanbul a radicalement changé de dimensions et de fonctions. Outre l’étalement vertigineux qui la caractérise, aux conséquences catastrophiques pour son environnement, elle est le théâtre de profondes transformations physiques, économiques et culturelles.
    Laboratoire de la « Nouvelle Turquie », Istanbul est à la fois le lieu de la reconstruction de la référence ottomane – source de fierté –, le lieu où les paillettes du tourisme mondial côtoient la tension autoritaire installée par le régime, et le terrain d’expérimentation de nouvelles façons de vivre, entre économie de la consommation et tentations de repli autour d’identités collectives réinventées.

  • J.F. Pérouse Y. Morvan C. Martin - Évolutions de l'offre commerciale et transformations urbaines à Istanbul

    Jean-François Pérouse, Yoann Morvan, Cilia Martin, "Évolutions de l'offre commerciale et transformations urbaines à Istanbul" in Figures nouvelles, figures anciennes du commerce en ville Les annales de la recherche urbaine 108, sept. 2013, PUCA, p. 47-55
  • Jean-François PEROUSE

    Jean-François Pérouse

    Maître de conférences à l’Université Toulouse-II, Habilité à Diriger des Recherches (HDR) depuis le 30 juin 2009

    Directeur de l'IFEA 2012-2017

    Titres universitaires français : Ancien Elève de l’ENS, Agrégation de géographie, D.E.A. "Géographie et Aménagement" (Paris-IV), D.E.A. "Histoire et Civilisations" (E.H.E.S.S.), Diplôme des Langues-Orientales (Turc) et Doctorat de géographie et aménagement "D'Angora à Ankara (1919-1950) : la naissance d'une capitale", thèse soutenue en janvier 1994, à l'Université de Reims-Champagne-Ardenne, sous la direction de M. BAZIN.

  • Jean-François Pérouse - Autour d'Istanbul 2010 : acteurs locaux émergents et compétitivité urbaine : 24/05/10

    “Autour d'Istanbul 2010 : acteurs locaux émergents et compétitivité urbaine ”
    Lundi 24 mai 2010 à 19h à l'IFEA
    Jean-François Pérouse
    (Observatoire Urbain d'Istanbul / Université de Galatasaray)
    "Les projets urbains d'Istanbul 2010"
    http://www.istanbul2010.org/index.htm

  • Jean-François Pérouse - Les grands enjeux urbanistiques d'Istanbul à la veille des élections de mars 2014 : 17/12/13

    Conférence-débat Français du Monde-ADFE Istanbul
    Mardi 17 décembre à 18h30 à l'IFEA
    Jean-François Pérouse
    "Les grands enjeux urbanistiques d'Istanbul à la veille des élections de mars 2014"
    Pour participer, se pré-inscrire à l'adresse Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
  • Jean-François Pérouse "Les grands défis du nouveau maire d'Istanbul" 16/04/14

    Conférence
    Jeudi 16 avril 2014 à 14h30 à l'IFEA
    Jean-François Pérouse
    "Les grands défis du nouveau maire d'Istanbul"
    Accueil des étudiants en architecture de l'INSA de Strasbourg à l'occasion de leur Voyage d'études à Istanbul
    Une collaboration INSA-Strasbourg-IFEA-YTÜ
    Sur invitation

  • Jean-François Pérouse, « Istanbul : étalement, diffraction de la rente et gouvernement passif »

    Jean-François Pérouse, « Istanbul : étalement, diffraction de la rente et gouvernement passif » in Lorrain D. (dir.) Métropoles en Méditerranée. Gouverner par les rentes, Paris, Presses de Sciences Po [Académique], p. 207-256. http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/livre/?GCOI=27246100472370

    Beyrouth, Le Caire, Alger, Istanbul évoquent une histoire de très longue durée. Mais depuis plusieurs décennies, les images associées à ces métropoles du pourtour méditerranéen s'estompent pour laisser place à celles d'un quotidien marqué par la violence, les flots de migrants et les dysfonctionnements urbains.

    Sont-elles devenues ingouvernables ? Sont-elles trop denses, trop polluées, trop inégalitaires ? En s’immergeant dans la fabrique de leurs réseaux et institutions, cet ouvrage montre que les difficultés majeures de ces villes reflètent non pas l’absence mais des modes spécifiques de gouvernement.

    Si tout n’est pas gouverné, les réseaux urbains, en contribuant à équiper, participent à une gouvernance de fait. Les défaillances sont compensées par une coordination à partir des problèmes. En l’absence d’un secteur industriel fort (à l’exception d’Istanbul), la production du logement joue un rôle économique majeur. Et c’est la répartition des rentes foncières, urbaines et pétrolières entre les fractions de l’élite qui décide du destin de ces villes, entre grandeur et déclin.

  • Jean-François Pérouse, « Les événements de Gezi, ou le début de la “dérive autoritaire”, vue des périphéries... »

    Jean-François Pérouse, « Les événements de Gezi, ou le début de la “dérive autoritaire”, vue des périphéries... », Mouvements 90, p. 109-119 DOI : 10.3917/mouv.090.0109.

    La contestation très médiatisée autour du parc de Gezi en mai-juin 2013 est sans doute un point de référence dans l’historique des luttes en Turquie. Une trop grande attention portée à la mobilisation autour du parc central d’Istanbul a cependant quelque peu éclipsé d’autres aspects et d’autres acteur·e·s de la mobilisation protéiforme qui a émergé lors de cette période de contestation.

  • Jean-François Pérouse, « The tremendous making and unmaking of the peripheries in current Istanbul »

    Jean-François Pérouse, « The tremendous making and unmaking of the peripheries in current Istanbul » In André Chappatte, Ulrike Freitag & Nora Lafi (ed.), Understanding the City through its Margins. Pluridisciplinary Perspectives from Case Studies in Africa, Asia and the Middle East, New York, Routledge, p. 33-44.

    Cities the world over and in particular developing countries suffer from uneven development and inequality. This is often coupled with the view that these inequalities constitute unfortunate anomalies. In contrast, this edited volume draws out the ways in which the city has not been able to exist without its margins, both materially, ideationally, and socially. In this book the margins are, first, the mirrors of the city and, second, a fundamental route through which various centers can legitimate and sustain their power. Contemporary case studies are compared to a number of those from history with the accent on Asia, Africa and the Middle East, and engage with the underlying theoretical questions of what is the urban margin and what is marginality in urban society and spaces?

  • JOLE, Michèle, Histoire turque de l'Institut d'urbanisme de Paris. Des étudiants de 1919 à 1969

    JOLE, Michèle, Histoire turque de l'Institut d'urbanisme de Paris. Des étudiants de 1919 à 1969, Bibliothèque électronique de l'Institut français d'études anatoliennes, volume 1, Istanbul 2016 https://books.openedition.org/ifeagd/2180

  • Kamel Dorai : Les nouvelles formes de mobilités des Palestiniens : Diaspora ou réseaux transnationaux structurés ?

    Après l'exode de 1948, les Palestiniens se sont trouvés dispersés dans les pays arabes voisins de la Palestine, essentiellement en Jordanie, en Syrie et au Liban. Ils résident actuellement dans les principales métropoles arabes moyen-orientales, comme Beyrouth, Damas, Amman, ou dans une moindre mesure Le Caire. Si de nombreux travaux ont envisagé la question palestinienne sous l'angle des relations internationales, des sciences économiques et juridiques ou de la sociologie, ceux concernant la mobilité des Palestiniens sont plus rares, et s'intéressent surtout aux aspects démographiques et économiques. La mise en relation des différentes formes de mobilités des Palestiniens avec les logiques de réseaux qui se sont tissés entre les communautés palestiniennes dispersées est relativement peu traitée. Nous proposons d'approfondir cette problématique à partir des enquêtes de terrain que nous avons réalisées depuis 1996 en Jordanie, en Syrie et de façon plus systématique au Liban depuis 1997. Depuis le milieu des années 1970, on assiste à l'émigration de Palestiniens du Liban essentiellement vers l'Europe, mais aussi vers les pays arabes producteurs de pétrole. Cette émigration a débouché sur la mise en place de filières migratoires sous-tendues par le développement de réseaux transnationaux de solidarité, qui ont accéléré et entretenu les flux migratoires. Nous nous sommes particulièrement intéressés aux parcours migratoires des Palestiniens, que nous avons reconstitués par le biais d'entretiens ; à l'organisation des filières, supports de leur mobilité ; et à celle des réseaux transnationaux qui sous-tendent ces filières. L'objectif principal de cet article est de replacer l'émergence des réseaux migratoires palestiniens dans leur contexte historique et socio-spatial, puis de les mettre en perspective avec les concepts de diaspora et de communauté transnationale, en examinant la place des métropoles arabes dans ce dispositif spatial.

    La mobilité des Palestiniens, un phénomène ancien en essor actuel.

    Des métropoles arabes attractives pour les migrants au début du XXe siècle.
    Si les migrations palestiniennes ont été marquées par deux exodes en 1948 et 1967, se sont accélérées et ont connu de fortes évolutions ces dernières années, elles existent néanmoins depuis la fin du XIXe siècle. Des réseaux transnationaux, reliant les différentes communautés palestiniennes dispersées, existaient avant 1948. Les métropoles arabes de l'Empire ottoman concentraient les flux de migrants internes et internationaux. L'absence de frontières entre les provinces ottomanes facilitait la mobilité des individus.

    La Palestine du début du XXe siècle est représentative de cette dynamique qui lie métropoles et migrants. Après la Première Guerre mondiale, on assiste au développement des villes côtières palestiniennes ainsi qu'à leur intégration croissante à leur environnement économique méditerranéen. Les villes portuaires sont les lieux privilégiés de cet essor et deviennent des espaces d'accueil des migrants. Les zones côtières sont reliées à l'Europe par le train, par des lignes maritimes ainsi que par le télégraphe. L'arrivée de nombreux Européens modifie la culture des villes côtières de Palestine. "La vie à Jaffa, Haïfa ou Gaza ressemblait à celle d'autres villes méditerranéennes – Marseille, Athènes, Beyrouth ou Alexandrie -" (Kimmerling, 1994, p. 25). Pour échapper à la pauvreté qui frappe certains espaces ruraux de l'intérieur des terres, un nombre croissant de paysans sont contraints de quitter leurs terres pour travailler dans les villes côtières. Des migrations permanentes de familles des montagnes vers les villes côtières se développent. Un va-et-vient de personnes et de ressources entre la plaine et la montagne se met en place au rythme des cycles de l'agriculture. La mobilité est aussi lisible à l'échelle régionale. À cette même époque, comme le montre Elias Sanbar (1984), de nombreuses familles commerçantes palestiniennes étaient dispersées dans les principales métropoles des régions arabes de l'Empire ottoman comme Beyrouth, Damas, Le Caire, ou Haïfa. Une classe d'entrepreneurs palestiniens se développe et des liens familiaux, commerciaux, matrimoniaux et politiques se tissent entre ces métropoles arabes.

    Le développement récent de l'émigration des Palestiniens du Liban

    On remarque depuis quelques années le développement de l'émigration des Palestiniens, cette fois depuis leur pays d'accueil, vers l'Europe du nord. On estime à plus de 100 000, sur un total de 350 000 individus, le nombre de Palestiniens du Liban qui résident à l'étranger. L'intensité de l'émigration des Palestiniens du Liban a varié tout au long de la période qui s'étend des années 1970 jusqu'à nos jours. Elle a connu un premier pic au début des années 1980 à la suite de l'invasion israélienne au Liban, un deuxième en 1986-1987 avec la Guerre des camps, puis elle a repris de façon plus diffuse après 1993 . Si les différentes vagues migratoires ont chacune leurs spécificités et leurs dynamiques propres, il est possible de dégager un certain nombre d'éléments structurants communs à l'ensemble de ces flux. L'accès aux ressources - comme l'information, les moyens financiers, et le capital social de façon plus générale - est l'un des facteurs transversaux qui déterminent l'amplitude et l'extension spatiale des migrations. Les différentes vagues migratoires ne doivent pas être déconnectées les unes des autres. Elles s'inscrivent dans une dynamique migratoire commune, dont les racines plongent dans l'exode de 1948, qui a débouché sur une restructuration de la société palestinienne dans l'exil. Cette dernière, forme le tissu à partir duquel des réseaux de solidarité se sont réorganisés à l'échelle locale, pour ensuite se projeter dans l'espace transnational avec le développement de l'émigration.

    De l'espace du camp à l'espace migratoire, du local au transnational

    L'organisation des réseaux migratoires des Palestiniens du Liban vers l'Europe du nord est liée à l'organisation socio-spatiale des camps de réfugiés dont ils sont issus et doit être analysée dans le contexte particulier de leur pays de départ.

    Un ancrage local fort

    Thomas Faist (2000, pp. 1-17) relève que l'immobilité relative des populations et leur mobilité sont deux phénomènes animés par les mêmes dynamiques. Les ressources socio-spatiales créées dans les camps et les groupements palestiniens sont mobilisées par leurs habitants à l'échelle locale pour améliorer leurs conditions de vie. Thomas Faist note d'ailleurs que les ressources inhérentes aux liens entre les membres d'un groupe comme la solidarité, les contraintes, la circulation de l'information, le capital social se développent localement. La mise en place de réseaux migratoires permet le transfert de ces ressources du local vers le transnational et elles sont alors potentiellement utilisables par les migrants. Un espace social transnational émerge lorsque la migration, qu'elle soit le fait de travailleurs migrants ou de réfugiés, donne lieu à un échange entre le pays de départ et celui d'arrivée. Celui-ci inclut non seulement des personnes, mais aussi des biens, de l'information, des symboles et des pratiques culturelles.

    L'auteur poursuit et observe que l'analyse des migrations en termes de réseaux migratoires souffre de deux carences : elle n'explique pas la relative immobilité de la majeure partie des migrants potentiels et elle n'aborde pas la question de l'émergence des réseaux migratoires. Il propose de considérer que, dans un premier temps, le capital social est un facteur qui limite la mobilité, puis, lorsque les réseaux migratoires se développent, ils deviennent un élément moteur de l'émigration. Ce cadre d'analyse est pertinent pour la compréhension des dynamiques migratoires des Palestiniens du Liban. Longtemps ces derniers ont été peu mobiles du fait de la densité des réseaux de solidarité et d'entraide à base familiale et villageoise à l'échelle des camps et des groupements. La déstructuration de ces espaces, comme celle des réseaux de solidarité à base locale, entamée avec l'invasion israélienne en 1982, entraîne le départ de nombreux réfugiés vers l'Europe du nord. De nouvelles formes de solidarité se développent alors dans un espace migratoire transnational, qui soutiennent et accélèrent l'émigration. Thomas Faist note d'ailleurs à ce propos que l'installation de primo-migrants est l'élément central qui déclenche la mise en place de réseaux migratoires parce que ces derniers cristallisent le capital social. La migration se développe lorsque le capital social ne fonctionne pas uniquement à l'échelle locale, mais comme une courroie de transmission à l'échelle transnationale (transnational transmission belt).

    Origines et développement des réseaux migratoires

    Les facteurs qui aboutissent à la mise en place et au développement des réseaux transnationaux sont multiples et sont la résultante d'une dynamique politique propre au contexte libanais et de facteurs géopolitiques moyen-orientaux. Jusqu'au début des années 1980, le contexte juridique restrictif qui touche les Palestiniens au Liban a été contrebalancé par une forte présence de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP). La centrale palestinienne a fourni du travail et des prestations sociales aux populations palestiniennes les plus défavorisées. Le mouvement national palestinien, alors fortement structuré, proposait aussi une solution politique à la question des réfugiés en faisant du droit au retour le fer de lance de son combat. Le démantèlement de l'OLP et son éclatement géographique en 1982, puis, plus tard, la mise en place du processus de paix à Oslo, qui relègue le problème des réfugiés à des négociations futures, ont réduit l'efficacité des réseaux de solidarités à l'échelle locale. L'émigration est devenue un objectif pour de nombreux réfugiés, parce qu'elle permet de sortir d'une situation perçue comme sans issue par les Palestiniens les plus défavorisés. L'Europe apparaît alors comme une solution alternative à un retour de plus en plus improbable en Palestine à moyen terme, ou à une installation durable au Liban dans un contexte de plus en plus hostile à la présence palestinienne.

    Pour comprendre l'efficacité et la permanence des réseaux transnationaux, il convient de porter une attention particulière au contenu symbolique et social des réseaux migratoires qui structurent, tant à l'échelle locale que transnationale, les réseaux de solidarité palestiniens. La forte conscience d'appartenir à un même groupe est liée à trois facteurs : (1) l'expérience partagée et transmise de la nekba de 1948 ; (2) la fréquentation des camps comme espace symbole de l'exode ; et (3) les regroupements villageois qui permettent de recréer la géographie palestinienne dans l'exil.

    Les réseaux locaux de solidarité et leurs extensions transnationales sont parmi les principaux éléments qui permettent de comprendre le fonctionnement de l'espace migratoire des Palestiniens du Liban. Il convient de s'interroger sur la place qu'occupent ces réseaux dans l'organisation socio-spatiale de la diaspora palestinienne. Thomas Faist (2000, p. 198) note que les diasporas peuvent être considérées comme "des communautés transnationales caractérisées par un degré élevé de solidarité diffuse". Il est donc utile de replacer l'analyse des réseaux migratoires des Palestiniens du Liban dans le cadre plus global des dynamiques socio-spatiales de l'ensemble des communautés dispersées. Le dispositif décrit est-il propre aux Palestiniens du Liban ou s'intègre-t-il dans le fonctionnement d'une diaspora ou d'une communauté transnationale ? Cette analyse se situe à la croisée de deux champs de recherche qui se complètent : celui sur les diasporas et celui sur les communautés transnationales (Portes et al., 1999; Cohen, 1997; Faist, 2000; Vertovec, 1999). Le recours à ces deux éléments conceptuels permet de saisir la diversité, mais aussi la multiplicité des modes de fonctionnement de l'espace migratoire des Palestiniens.

    Éléments pour une définition de la diaspora palestinienne

    Emmanuel Ma Mung (1996) relève deux caractères morphologiques qui définissent une diaspora : (1) la multipolarité de la migration et (2) l'interpolarité des relations, éléments que l'on retrouve chez les Palestiniens. Ces derniers forment une communauté de réfugiés qui s’est constituée en diaspora pour deux raisons : une installation durable dans leurs pays d'accueil respectifs à partir d'un même espace de départ, la Palestine ; et un système de réseaux transnationaux que les Palestiniens ont développé pour permettre de maintenir l'unité de la communauté, malgré la dispersion spatiale. Nombre d'institutions diasporiques traversent de façon horizontale l'ensemble des communautés palestiniennes, comme l'OLP et les nombreuses organisations qui gravitent autour. Elles entretiennent les relations entre les différents pôles de la diaspora. Des flux migratoires se développent entre ces pôles et les relations s'intensifient entre la Jordanie et les pays du Golfe, le Liban avec l'Europe, ou entre les Territoires palestiniens et les Etats-Unis. La définition élaborée par Gabriel Sheffer (1993) confirme, à notre sens, la mise en place d'une diaspora dans le cas palestinien. L'auteur cite trois principaux critères pour définir une diaspora, critères auxquels les Palestiniens répondent :

    Le maintien et le développement d’une identité propre au peuple en diaspora

    La permanence de l’identité palestinienne, malgré la durée de l’exil et la dispersion dans de nombreux pays d’accueil, témoigne de la permanence d’une identité palestinienne distincte de celle des autres peuples arabes environnant. Comme il a été montré dans la partie précédente, le rôle des camps de réfugiés dans le maintien de cette identité est central. La nekba de 1948 est un référent identitaire qui traverse l'ensemble des communautés palestiniennes dispersées. On peut noter, comme le relèvent Portes et al. (1999), qu'une identité ethnique commune est un des éléments de base dans la constitution tant des diasporas que des communautés transnationales.

    Une organisation interne de la diaspora distincte de celle de son Etat d’origine ou d’accueil

    Cette organisation se fonde essentiellement sur le communautarisme (communalism). Dans le cas palestinien, l’OLP remplit ce rôle aux côtés de nombreuses associations créées par les réfugiés et continue d’exister parallèlement à l’Autorité Nationale Palestinienne, mise en place pour administrer les Territoires autonomes en Palestine. On peut citer les cas des Comités populaires créés dans les camps et groupements palestiniens, des associations palestiniennes en Europe qui défendent le droit au retour des réfugiés et la création d'un Etat palestinien auprès des sociétés et gouvernements occidentaux.

    Des contacts significatifs avec sa patrie d’origine, sous forme réelle ou mythique

    Ce dernier point est, selon Portes et al. (1999, pp. 224-225), l’un des principaux éléments qui permet de différencier les diasporas des communautés transnationales. En effet, si les diasporas entretiennent des liens avec leur patrie d’origine, ils sont le plus souvent rares, voire inexistants et plutôt d'ordre symbolique, alors qu’ils sont fortement développés dans les communautés transnationales.

    Cette absence de lien effectif avec la patrie d’origine est particulièrement vraie dans le cas palestinien, l’intégralité des frontières internationales de la Palestine étant encore sous contrôle israélien. Cette situation rend difficile tout lien effectif, tels des allers-retours, avec la Palestine pour les réfugiés de la diaspora. Les liens avec le territoire d’origine demeurent majoritairement symboliques, la Palestine pouvant être considérée comme une ressource identitaire. C'est, à notre avis, dans ce cadre diasporique qu'émerge partiellement une communauté transnationale palestinienne et que se développent des éléments de transnationalisme, qui, avec la création d'un Etat palestinien peuvent devenir l'armature d'une future communauté transnationale.

    L'émergence d'une communauté transnationale palestinienne

    Si l'on reprend la distinction opérée par Portes et al. (1999) ou Smith et Guarnizo (1998) entre transnationalisme ‘par en bas’ (from below) et ‘par en haut’ (from above), deux principales formes d'activités transnationales se développent au sein de la diaspora palestinienne.

    Les élites palestiniennes, noyau de la communauté transnationale

    La mise en place de réseaux transnationaux répond à une nécessité d'adaptation des élites palestiniennes à l’absence d'Etat et de territoire propre. Il faut noter d'emblée que ces réseaux d’élites ne constituent qu'une frange minime de la diaspora, mais leur rôle est important et peut être précurseur d’évolutions futures pour l'ensemble de la diaspora. La création d'un Etat palestinien, comme la normalisation des relations entre Israël et ses voisins arabes, pourraient permettre aux Palestiniens d'établir des relations effectives avec leur pays d'origine, par le biais de visites régulières, d'investissements, sans pour autant quitter leur lieu de résidence actuelle, où, pour partie, ils sont intégrés au tissu socio-économique et politique comme c'est le cas en Jordanie. Le choix d'opter pour des résidences et une activité économique séparées entre deux pays peut être une solution viable pour certains Palestiniens, d'autant plus que 90 % de la diaspora palestinienne se trouve aux frontières de la Palestine et que l'espace concerné est de taille réduite. L'évolution politique du pays d'origine est donc déterminante dans la structuration future de la diaspora. Lamia Radi (1995) relève que le caractère transnational des réseaux familiaux de la bourgeoisie palestinienne de Jordanie se développe après l'exode de 1948. Les réseaux actuels d'élites palestiniennes trouvent tous leurs origines dans l'organisation sociale palestinienne d'avant 1948. Ils se sont adaptés à la dispersion des élites entre les capitales arabes et le monde occidental. Dans les années 1960, les élites palestiniennes ont acquis des nationalités occidentales (américaine, canadienne, européenne de l'ouest), qui leur donnent une certaine liberté de circulation et aussi une protection juridique. Une partie des élites palestiniennes s'installe en Europe de l'ouest ou en Amérique du nord, mais continuent de revenir régulièrement en Jordanie ou dans les territoires occupés. Les enfants de ces élites sont envoyés dans ces mêmes pays pour parfaire leur niveau en langue arabe et entretenir des liens étroits avec leur réseau familial, base de l'identité de la bourgeoisie palestinienne.

    Sari Hanafi (1999, p. 28) observe que des entrepreneurs palestiniens du Canada font la navette entre ce pays et le Golfe pour leurs affaires. Ils préfèrent rester vivre au Canada, en raison de la liberté dont ils jouissent et pour assurer l'éducation de leurs enfants. Ils pratiquent donc ces mouvements de va-et-vient caractéristiques des communautés transnationales. Ces liens étroits entre communauté exilée et pays d'origine demeurent cependant minoritaires et ne concernent que les élites économiques ou intellectuelles. Les Palestiniens américains conservent des liens très étroits avec la Palestine (achat d'une maison, envoi des enfants pour étudier l'arabe, mariage, envoi de capitaux) et surtout avec la ville de Ramallah en Cisjordanie. Ils développent parallèlement leur installation dans leur pays hôte.

    L'espace transnational dans lequel évolue la diaspora palestinienne est formé de réseaux dont la construction est essentiellement à base ethnique. La réintégration de l'espace palestinien, depuis les Accords d'Oslo, et le retour d'une partie de l'OLP dans les territoires autonomes, a permis la mise en place de liens effectifs (économiques, politiques, allers-retours) entre les communautés expatriées et leur pays d'origine. C'est dans ce cadre que les élites palestiniennes de la diaspora, du fait de l'intensification de leurs rapports avec la Palestine et du développement de leurs réseaux économiques entre leur pays d'accueil et leur pays d'origine, construisent, à notre sens, les bases d'une communauté transnationale. Les élites palestiniennes, grâce à une stratégie d'acquisition de nationalités occidentales, développent leur vie entre deux espaces (pays d'accueil et Palestine) ou plus (les espaces d'implantations des autres communautés palestiniennes).

    Des pratiques transnationales émergentes chez les Palestiniens défavorisés

    Cependant d'autres formes de "transnationalisme par en bas" (transnationalism from below), pour reprendre la terminologie employée par Portes et al. (1999), se développent à partir des camps de réfugiés palestiniens ; les pratiques transnationales permettant la réactivation de réseaux de solidarité familiaux et villageois qui traversent les frontières nationales des pays d'accueil. Des stratégies d'acquisition de nationalités européennes se développent aussi dans les couches les plus défavorisées de la diaspora, qui leur permettent de voyager et d'assurer l'avenir de la famille dans un ailleurs plus stable politiquement, juridiquement et économiquement. Ces réseaux transnationaux de solidarité se structurent autour des filières migratoires créées par les migrants palestiniens et permettent la mise en place, tant dans le pays de départ que le pays d'accueil, d'un commerce ethnique qui se développe parfois entre les deux pays, créant ainsi un espace de circulation transnationale. C'est le cas, par exemple, pour certains garagistes palestiniens au Liban qui importent des pièces détachées et des voitures d'occasion depuis l'Allemagne, grâce à leurs contacts avec des migrants palestiniens installés sur place. Les commandes sont passées par fax et l'argent circule par virements bancaires. Ce système permet à de petits garagistes au Liban de se procurer des pièces d'occasion en Europe aux meilleurs prix. Le commerce est fondé sur une relation de confiance entre les deux pôles du réseau et une bonne connaissance, par les deux acteurs, tant des besoins du marché au Liban, que des pièces disponibles et de leur prix en Europe. C'est sur la qualité de l'information et la rapidité de sa circulation que repose le système. Ce type de commerce n'est cependant pas très développé en raison des faibles capacités économiques des Palestiniens.

    La circulation transnationale chez les Palestiniens se concentre sur la capacité à véhiculer de l'information sur les pays d'accueil et sur l'envoi de devises dans le pays d'origine. Il s'agit d'une extension, à l'échelle transnationale, des systèmes locaux de solidarité, qui permettent à la communauté de faire face aux difficultés de vie au Liban, en diversifiant les sources de revenu. Les stratégies d'acquisition d'une nationalité européenne sont une garantie face à l'incertitude de l'avenir de la communauté palestinienne au Liban. L'accroissement du nombre de Palestiniens disposant d'une nationalité reconnue est un élément qui risque d'accroître leur mobilité et renforcer, en retour, l'émergence d'une communauté transnationale.

    Le rôle des métropoles dans la structuration de l'espace transnational des Palestiniens

    Les métropoles nord-américaines, comme Toronto ou Los Angeles ; européennes, Londres essentiellement ; et moyen-orientales, autour d'Amman et de Beyrouth, jouent un rôle essentiel dans la structuration de l'espace transnational des élites palestiniennes (voir notamment les travaux de Lamia Radi, 1995 et Sari Hanafi, 1997). Elles servent de point d'ancrage aux communautés dispersées, de lieux de rencontre et d'activités tant culturelles qu'économiques. Elles sont les lieux de convergence et de redistribution des flux de migrants, d'information et de capitaux.

    Dans le cas des Palestiniens des camps, les villes européennes et moyen-orientales servent de tête de pont aux réseaux migratoires développés depuis les années 1980. Dans les espaces de départ, les capitales arabes, telles Beyrouth, Damas ou Amman, sont les seules portes de sortie pour se diriger vers l'Europe. C'est aussi dans ces mêmes villes que se concentre l'information nécessaire au choix du pays de destination (facilité d'entrée, octroi du statut de réfugié, possibilité de travail…) et que s'organisent les filières d'émigration clandestine. Dans les espaces d'accueil en Europe du nord, des villes comme Berlin, Copenhague, Londres et, dans une moindre mesure, Malmö et Göteborg, forment l'autre extrémité de ces mêmes réseaux. Les communautés, déjà présentes sur place, facilitent l'adaptation du nouvel arrivé et accélèrent son insertion sur le marché du travail local, dans des niches économiques investies par les réfugiés palestiniens comme la restauration rapide ou le bâtiment.

    Conclusion

    S'il paraît encore prématuré de parler de communauté transnationale dans le cas de la diaspora palestinienne, il nous semble justifié d'employer les méthodes d'analyses proposées par les chercheurs qui travaillent sur ce thème, afin de mettre en évidence l'émergence et la construction d'une communauté transnationale palestinienne. Cette construction semble vouée à évoluer de façon accélérée avec la construction future d'un Etat palestinien. Plusieurs types de réseaux coexistent, qui correspondent aux deux principales formes de fonctionnement transnational définies par Alejandro Portes et al. (1999) : le transnationalisme par en bas (from below) et celui par en haut (from above). Cette deuxième forme est certainement la plus étudiée dans la littérature. Elle concerne, à la fois, les réseaux d'élites qui sont, dans une certaine mesure, les extensions de ceux développés à l'époque ottomane, et les réseaux d'entrepreneurs palestiniens de la diaspora. Cependant, nos recherches sur les dynamiques migratoires des Palestiniens du Liban ont mis en évidence que les couches les plus défavorisées de la diaspora s'inscrivent elles aussi dans un espace transnational, en développant des filières migratoires ainsi que des réseaux de solidarité transnationaux. Les métropoles arabes sont les têtes de pont de ces réseaux, parce qu'elles sont les espaces privilégiés de leur convergence. Ces espaces urbains concentrent la majeure partie des réfugiés palestiniens ; et des villes comme Beyrouth, Damas ou Amman, sont les pôles centraux des dispositifs migratoires mis en place par les Palestiniens parce qu'ils sont simultanément des espaces de départ, d'arrivée et de transit des migrants. Les métropoles arabes moyen-orientales jouent donc un rôle structurant dans l'organisation spatiale des dynamiques migratoires palestiniennes.

    Bibliographie

    • Cohen Robin, Global diasporas. An introduction, Londres, UCL Press, 1997, 228 p.
    • Faist Thomas, The Volume and Dynamics of International Migration and Transnational Social Spaces, Oxford, Clarendon Press, 2000, 380 p.
    • Hanafi Sari, Entre deux mondes : les hommes d'affaires palestiniens de la diaspora et la construction de l'entité palestinienne, Le Caire, Les dossiers du CEDEJ, 1997, 119 p.
    • Kimmerling Baruch, Migdal Joel S., Palestinians. The making of a people, Cambridge (Massachusetts), Harvard University Press, 1994, 396 p.
    • Ma Mung Emmanuel, Mobilités et investissements des émigrés. Maroc, Tunisie, Turquie, Sénégal, Paris, L'Harmattan, 1996, pp. 7-64.
    • Portes Alejandro et al., “ The study of transnationalism : pitfalls and promise of an emergent research field ”, Ethnic and Racial Studies, Volume 22, n°2, mars 1999, pp. 217-237.
    • Radi Lamia, “ Les élites palestiniennes en Jordanie : Les réseaux comme stratégie de survie ”, in Colonomos Ariel (dir.), Sociologie des réseaux transnationaux. Communautés, entreprises et individus : lien social et système international, Paris, L’Harmattan, 1995, pp. 137-156.
    • Sanbar Elias, Palestine 1948. L'expulsion, Institut des études palestiniennes (Les livres de la Revue d'études palestiniennes), Washington D. C., 1984, 234 p.
    • Sheffer Gabriel, Wither the study of diaspora ? Some theorical, definitional, analytical and comparative considerations. A paper to be presented at the international conference on the diaspora networks, Cyprus, Avril 1993.
    • Smith Michael P., Guarnizo Luis E., “ The locations of transnationalism ”, in Michael P. Smith et Luis E. Guarnizo (eds.), Transnationalism from below, New Brunswick (New Jersey), Transaction Publishers, “Comparative urban community research ” (6), 1998, pp. 3-34.
    • Vertovec Steven, “ Conceiving and researching transnationalism ”, Ethnic and Racial Studies, Volume 22, n°2, mars 1999, pp. 447-462.
  • Kayseri vitrini

    Kasım 2012'den itibaren, IFEA kütüphane vitrini artık dönemsel temalarla düzenlenecek.

    Vitrin sırasıyla tematik sunumlara da hizmet edecek (şehirler, gündemdeki konular, sorunlar, yazarlar... vb.). http://dipnot.hypotheses.org/642

  • Korhan Gümüş - Autour d'Istanbul 2010 : concurrence entre acteurs locaux émergents et compétitivité urbaine renouvelée : 14/12/2009

    " Autour d' Istanbul 2010 : concurrence entre acteurs locaux émergents et compétitivité urbaine renouvelée "
    Lundi 14 décembre 2009 à 19h à l'IFEA
     

    Korhan Gümüş témoignera en tant qu'acteur majeur d'Istanbul 2010, Capitale Européenne de la Culture
    Korhan Gümüş est architecte. Intellectuel engagé dans la vie de la Cité, incarnation de la société civile, il est actuellement directeur de projets urbains pour Istanbul capitale européenne de la culture 2010. Par ailleurs, il anime un programme hebdomadaire à Açık Radio à Istanbul et est conférencier dans des associations d’urbanisme. Il publie régulièrement dans des journaux quotidiens turcs ainsi que dans des revues d’architecture (Arkitera, Domus, Arrademento Mimarlık, Yapı).
  • L'évolution depuis 2002 des investissements directs turcs à l'étranger : un indicateur de rayonnement à suivre

    Si l'habitude est grande d'étudier la Turquie comme un pays-cible pour les investissements directs étrangers (IDE) ou pour les investissements indirects, la littérature scientifique tarde à prendre en compte l'émergence de la Turquie comme pays émetteur d'investissements directs vers des pays étrangers plus ou moins proches. Or force est de constater que parallèlement à la “normalisation” de l'économie turque survenue au cours de la décennie 2000 (réduction de l'inflation, réduction du risque financier, chute des taux d'intérêt), les ID(E) turcs ont très sensiblement augmenté. S'ils restent inférieurs au total des IDE opérés en Turquie, leur augmentation n'est pas moins révélatrice du repositionnement de l'économie turque dans le jeu global. En évitant de céder à une euphorie de circonstance qui se complaît à décrire l'augmentation des exportations turques comme celle du PIB/habitant, sans prendre en compte d’autres indicateurs qui obligent à tempérer, on peut brièvement se pencher sur ce phénomène.

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  • La création de 13 nouvelles municipalités métropolitaines en Turquie par la modification de la loi n.5779 ou le triomphe écrasant de l'urbain dans l'ordre de gestion territoriale

    Le 11 novembre 2012 la Grande Assemblée Nationale de Turquie a finalement – après des débats très houleux et même violents – adopté une loi relative à la création de 13 nouvelles municipalités métropolitaines (Büyükşehir Belediyesi), qui s'ajoutent aux 16 existantes, instituées à la suite de la loi sur les municipalités métropolitaines de 1984. Les nouvelles municipalités métropolitaines sont Tekirdağ, Balıkesir, Manisa, Aydin, Denizli, Muğla, à l'ouest du pays; et Trabzon, Hatay, Şanlıurfa, Kahramanmaraş, Mardin et Van, à l'est.

    depart metropolises

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  • La Turquie en marche

    Jean-François PEROUSE, La Turquie en marche. Les grandes mutations depuis 1980, éd. de la Martinière, Paris, 2004 ISBN 9782846751117
  • le 12 mai 2007-La muséographie et le développement des collections à Istanbul

    Atelier sur"La muséographie et le développement des collections à Istanbul" coorganisé par l'IFEA , l'Association internationale des critiques d'art (AICA)(section Turquie) et l'Académie des Beaux-Arts de l'Université Mimar Sinan, à l'Université Mimar Sinan de 10h à 17h00. Le projet conçu par Burcu Pelvanoğlu (AICA TR, Mimar Sinan University). Le comité d'organisation :Burcu Pelvanoğlu, Ali Akay, Marcus Graf, Beral Madra, Alexandre Toumarkine (IFEA).

  • Le Grand Paris: Projets, acteurs et processus de consultation Vol.1 - 13/03/2012

    CONFÉRENCE/DÉBAT
    Le Grand Paris :Projets, acteurs et processus de consultation Vol.1
    Mardi 13 mars 2012 à Yapı-Endüstri Merkezi

    Fulya Mah.Yeşilçimen Sok.No:12/430 (Polat Kulesi Yanı) 0212.266.70.70
    Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

    Cliquer sur l'image pour lire le reportage d'Antoine Grumbach dans le journal Milliyet du 15 mars 2012
    par Yavuz Karaman.
    15032012GRUMBACHMILLIYETpetit
    Présentation de la soirée par Zeynep Gülşen,architecte et responsable des événements au YEM et discours inaugural de Doğan Hasol, président du Comité de direction du YEM
    {flv}13032012_amb{/flv}
    Discours de SE Laurent Bili, Ambassadeur de France en Turquie
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    Discours de Nora Şeni, directrice de l'IFEA
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    Conférence d'Antoine Grumbach (architecte) :“La grande échelle métropolitaine "Le Grand Paris" - Paris - Rouen - Le Havre"

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    La conférence a été suivie d’un panel, "Un regard comparatif sur les projets urbains à İstanbul"avec les participations de Antoine Grumbach ;Nora Şeni(Directrice de l’IFEA) ; Korhan Gümüş (Taksim Platformu, Président de l’Association des établissements humains) ; Murat Güvenç (Université Şehir); Güzin Kaya (Université Mimar Sinan); Aykut Köksal (Université Mimar Sinan); Hüseyin Kaptan (Atelye 70).

    Cette conférence est co-organisée par l'IFEA et le YEM.

  • Le quartier : le retour ou la fin ? La fabrique du quartier à l'épreuve des transformations et des politiques urbaines 2-3/05/2013

    ATELIER REGIONAL SUR LES MUTATIONS URBAINES

    Panel 1 || Panel 2 || Panel 3 || Panel 4 || Panel 5 || Conclusion

    ifealogopetit ifri cetobac

    2, 3 mai 2013 / Istanbul

    Journées d'études organisées par l'Institut Français de recherche en Iran (IFRI), l'Institut Français d'Etudes Anatoliennes (IFEA) et le Centre d'Etudes Turques Ottomanes Balkaniques et Centrasiatiques (CETOBAC).

    "Quartiers : le retour ou la fin ?

    La fabrique du quartier à l’épreuve des transformations et des politiques urbaines"

    Les quartiers d’Istanbul et de Téhéran en miroir avec les capitales et villes de la région

    Alors qu’à Téhéran la référence au quartier et l’usage du terme se répand et devient une préoccupation visible et affirmée des politiques publiques, à Istanbul, il apparaît dans le vocabulaire et l’imaginaire urbain mais sans pour autant représenter un cadre d’action pertinent pour les édiles politiques qui menacent même de le supprimer. Cet atelier reviendra sur les usages et le sens du quartier comme cadre de pensée et d’action, comme référence symbolique et matérielle mais aussi comme lieu de mémoire dans un contexte général de transformations urbaines.

    La tendance à opposer le quartier, comme une réalité pleine et proche, à une ville, jugée trop vaste et mal connue est aujourd’hui remise en cause. Le quartier, lui-même, ne se donne jamais tout entier. Il comporte autant de trous, de zones indécises que la ville. Dans un contexte de métropolisation, le quartier peut aussi devenir synonyme de résistance, s’apparenter au village et devenir un « état d’esprit » véhiculé dans les séries télévisées (Louis Wirth).

    Les projets de rénovation urbaine en cours dans les deux villes conduisent à une disparition rapide du tissu social, du patrimoine et des identités locales qui se sont construites au fil du temps. Un phénomène qui semble bien contradictoire, à Téhéran, avec la volonté de la Municipalité de renforcer la gestion urbaine de proximité. À Istanbul, ce phénomène s’accompagne d’une muséification et d’un projet d’ingénierie sociale s’appuyant sur la création de quartiers ottomans.

    La notion de quartier se joue donc à la croisée de constructions socio-spatiales, politiques et temporelles mais aussi de représentations mentales et d’une diversité d’usages. Entre instabilité dimensionnelle et incertitude existentielle (Piolle), il s’agira d’essayer d’appréhender le quartier comme une « médiation socio-spatiale » entre l’inconnu et le connu, le dedans et le dehors, l’intérieur et l’extérieur, l’accord et le désaccord, entre soi et l’autre (Di Méo). Le quartier sera donc considéré comme l’échelle d’observation la plus efficace pour analyser la spatialisation des substances sociales (Michel Lussault).

    Ce colloque se veut transdisciplinaire mais aussi trans-période. Etant donné que « la ville se fait sur la ville », autrement dit que la longue durée est indispensable à la sédimentation des populations et des gouvernances sur le tissu urbain, il s’agira de prendre en considération les quartiers anciens et leur recomposition mais aussi la création de nouveaux quartiers en marge de la ville. Ces phénomènes sont une réalité connue de la totalité des villes qui seront abordées dans cet atelier, à savoir en premier lieu Istanbul et Téhéran mais aussi Alexandrie, le Caire, Athènes et Beyrouth.

    Nous donnerons « quartier libre » pour sortir le quartier de son isolement - spatial, temporel, politique et épistémologique.

    Les responsables scientifiques : Cilia Martin (CETOBAC/IFEA) et Mina Saïdi (IFRI)
    Comité scientifique : Jean-François Pérouse, Nathalie Clayer, Mina Saïdi et Cilia Martin

    Avec le soutien du laboratoire Mosaïques de l'Université Paris-Ouest, la Défense et de l'Institut Français

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  • Luisa Piart - Laleli et le secteur de la confection à Istanbul : premiers résultats de recherche : 11/11/2009

    Conférence de Luisa Piart (doctorante à l'Université de Provence, Université de Leipzig)
    Mercredi 11 novembre 2009 à 15h à l'IFEA
    "Laleli et le secteur de la confection à Istanbul : premiers
    résultats de recherche"

  • M. Henry E. Chiti A. Santilli C. Deweerdt - Reconsidering Alexandrian cosmopolitanism : 20/12/10

    Séminaire "Mémoires et mobilités urbaines"
    Lundi 20 décembre 2010 à 18h00 à l’IFEA

    Intervenants de l'IREMAM (Aix en Provence) et l'IFAO (Egypte) : Mélanie Henry, Eléna Chiti, Anthony Santilliet Charlotte Deweerdt.
    "Reconsidering Alexandrian cosmopolitanism : New temporalities and qualitative social science perspectives".
    Interventions en anglais

  • Marine Vassort : Mobilité / Immobilité des Sans

    Cette contribution aborde cinq points : la question de l’inscription dans un champ disciplinaire, l’a priori de l’asocialité, la territorialisation, la définition de l’errance, la mobilité comme ressource. Elle se termine sur un extrait de parcours qui éclaire le lien entre l’ici et le là-bas que l’on retrouve dans de nombreux parcours d’errance.

    L’inscription disciplinaire

    Comment résoudre la question de l’inscription dans un champ disciplinaire précis, précis parce qu’il va définir votre carrière universitaire et vos pairs ? À ce jour, je n’ai pas résolu cette question de mon appartenance précise. Peut-être que mon parcours universitaire explique cela.

    J’ai une formation en philosophie, je prépare une thèse en aménagement de l’espace et urbanisme dans une Faculté de droit. Cette thèse porte sur des personnes délogées ou sans logement à Marseille et leurs mobilités, avec une démarche dite de sociologie urbaine et un positionnement très proche des théories du contrôle social, dont l’optique principale est de faire remonter des données sensibles issues du terrain, et pour finir, avec la persuasion que l’errance est de toute façon un objet politique puisqu’elle se redéfinit sans cesse comme tension entre nomadisme et sédentarité.

    Mais parce que l’errance est une mobilité du pauvre, elle acquiert l’inverse exact des attributs progressistes de la mobilité urbaine, la valeur de ses échanges qu’ils soient économiques, sociaux ou symboliques est méconnue et dépréciée. L’errance est soit comprise comme une fuite, soit comme une stagnation. Son urbanisation (au sens de concentration de l’errance dans la ville) ne s’accompagne pas, loin de là, d’une valorisation culturelle ou sociale. La mobilité des personnes sans domicile n’est jamais envisagée comme un droit, une opportunité ou même une norme sociale. Mobiles, les errants le sont toujours trop. Immobiles, les errants le sont toujours trop.

    L’asocialité

    Ce qui a motivé ce travail est la volonté de qualifier des formes d’errance, des figures sociales, mais aussi de montrer la constance de certains jugements, avec en arrière-plan cette petite idée têtue d’aller contre ce que j’appelle l’a priori de l’asocialité qui suppose que la perte du logement s’accompagne d’une dégradation du lien social. Cet a priori est au cœur de la définition de l’exclusion comme “ processus qui empêche tout échange social, communautaire ou sociétaire ”. Le pauvre, qu’il loge dehors ou dedans, se voit dénié toute socialité digne de ce nom, c’est-à-dire extérieure à “ son ” groupe ou monde de marginalité, alors que selon moi l’errance fait relation. Je voulais donc critiquer ce présupposé de mauvaise ou d’absence de socialité qui reste accroché aux personnes qui se retrouvent à un moment ou à un autre, pour un temps donné ou pour le restant de leurs jours, à ou dans la rue.

    Deux hypothèses s’ajoutent à cette motivation de départ :

    • Dans l’errance se fabriquent des centralités spatiales et se créent des proximités sociales au-delà de la condition stricte de résidence et de la norme travail, et ceci dans le croisement entre les “ informalités ” de la survie et les “ formalités ” du système d’assistance.
    • L’errance est maintenue et en partie produite par le système d’assistance, ce qui veut dire que “ la déviance n’existe pas hors des pratiques de contrôle social qui la définissent et la réprimandent ” .

    Il s’agit donc de qualifier des formes de “ sans-abrisme ” à partir de mobilités précaires et de parcours urbains dont la complexité est éclairée par un travail sur la territorialisation.

    La territorialisation

    Je me suis proposée d’étudier ce phénomène social pour ne pas dire “ total ”, l’exclusion du logement qui suppose l’alternance des toits, avec une entrée par les territoires urbains dans l’objectif de qualifier des sociabilités dans la pauvreté et d’éclairer des régulations de la pauvreté. Mais si j’ai choisi cette entrée par les territoires, c’est d’abord pour ne pas partir d’un groupe social, classé, déclassé ou même reclassé, mais bien de l’errance en tant que phénomène typiquement urbain. Ce choix méthodologique me permet de contourner le label administratif que constitue aujourd’hui le terme “ SDF ” , terme qui est une catégorie abstraite et simpliste, et aussi d’éviter d’employer, sans les critiquer, les catégories et rubriques utilisées couramment par l’assistance, le travail social et les sciences sociales.

    Mais ce choix s’appuie aussi sur l’hypothèse selon laquelle l’errance, définie comme alternance des modes de résidence, fait territoire, c’est-à-dire fabrique et re-fabrique continuellement des centralités dans la ville. Afin de comprendre cette territorialisation de l’errance, je m’intéresse à des parcours d’hébergement qui passent par les centres d’hébergement d’urgence, les foyers et les CHRS , mais aussi par de multiples formes de squat et d’abris de rue. Dans ces parcours, intérieurs et extérieurs à Marseille, se croisent et se négocient sans cesse formalités de l’assistance et informalités de la survie.

    L’amorce de terrain se fait donc à partir de territoires où se cristallisent différentes formes d’errance (errance de quartier, errance translocale et transnationale) et se déroulent des activités de rue. Que se passe-t-il sur un territoire d’errance ? Qu’est-ce qui s’y échange ou s’y négocie ? Pourquoi un groupe d’errants se forme-t-il sur tel ou tel espace pour s’éparpiller ensuite vers d’autres espaces, nous laissant voir des mises en série de territoires ? Pourquoi un jeune âgé de 13 ans revient tous les soirs à la gare St Charles et dort la nuit aux alentours ? Parce qu’il y fait le porteur de bagages ? Parce qu’il essaie de prendre un train qui le mènera un temps vers d’autres villes ? Parce qu’il y retrouve ses pairs ?

    L’errance

    J’ai construit mon objet de recherche, l’errance, en distinguant mon approche de celles portant sur des catégories de gens à la rue (tels que les clochards, les zonards, les jeunes en dérive), sur leurs types de handicaps et leurs stades de déchéance ; ou encore des recherches portant, de façon plus théorique, sur la question de l’exclusion et de la récente rupture sociale.
    Il y a quelques mois, une personne m’a contesté le fait d’employer ce terme à l’histoire très longue et aux significations chargées. Pour ma part, je revendique cette liberté d’utiliser l’errance, en dehors de son acception mythique, littéraire ou psychologique ou de celle politico-médiatique qui lui est attribuée depuis quelques années et qui associe systématiquement errance à errance juvénile et à délinquance, je revendique donc cette liberté de comprendre l’errance avant tout comme un dispositif de mobilité, mobilités qui ne sont ni insensées (au sens d’une perte de repères spatiaux), ni désocialisées (au sens d’une d’absence de liens sociaux).

    En partant de cette acception large, il est alors possible de qualifier des formes d’errance (errance intra-urbaine autrement dit “ marseillo-marseillaise ”, errance régionale ou nationale et errance transnationale) et des mobilités variées (mobilité restreinte, circuit institutionnalisé, mobilité en point de chute et en aller-retour), comme de faire émerger d’autres figures du “ sans-abrisme ” que celle du “ SDF désocialisé ” tels que le délogé, l’hébergé, le sous-locataire, le “ cas psy ”, le bon et le mauvais pauvre, le méritant et l’indigne, le jeune migrant.

    L’errance est alors entendue soit :

    • D’un point de vue extérieur, comme une alternance de modes de résidences (centres d’hébergement d’urgence, hôtels meublés, abris de rue, squat, hôpital, prison). Ce qui dessine, pour chaque individu, une succession d’entrées et de sorties ponctuée de temps d’attentes.
    • D’un point de vue intérieur, l’errance c’est cette phrase d’un jeune Comorien de 13 ans qui répétait sans cesse : “ j’habite pas, je suis partout ”.

    Ce phénomène m’intéresse dans la mesure où il est compris en tant que registre de mobilité répondant sans cesse à de nouvelles situations de précarité (résidentielle, économique, sociale).

    Une errance stationnaire, plus troublante parce que représentée, repérée et répétée (circuits d’assistance, parcours intra-urbains) se distingue d’une errance à la représentation urbaine sporadique car “ étrangère ”. L’errance stationnaire correspond “ aux pauvres de l’intérieur ”, ceux qui “ appartiennent à ”. Cette appartenance même les rend secourables. L’errance stationnaire se gère plus facilement, alors que l’itinérance pose problème car elle demeure une errance des “ vagabonds ”, c’est-à-dire des errants extérieurs dont la prise en charge contredit le dispositif local et la politique nationale. Une rupture apparaît donc entre les délogés locaux et les itinérants. Parmi les délogés locaux, “ les plus fragilisés ” apparaissent comme les plus sédentaires, puisqu’ils font lieu et font le lieu.

    Par contre, l’errance ambulatoire ne se restreint pas à un quartier, ses parcours s’effectuent dans toute la ville, mais elle se polarise sur des lieux publics. Être ambulant se définit par le fait de faire le tour en s’arrêtant sur les mêmes espaces-ressources. Cette forme d’errance est plus spécifique aux jeunes car l’enfant ou l’adolescent qui ne fait rien et qui stationne dans la rue sans avoir une activité identifiable provoque des questionnements chez le passant. L’errance ambulatoire est essentiellement nocturne, elle met en œuvre d’autres codes et d’autres pratiques que celles diurnes. Les manières de s’aborder sont différentes, les ambulants se connaissent et se reconnaissent. La nuit, l’errance perd son anonymat et s’inscrit dans le registre du milieu restreint.

    L’itinérance désigne ces errants aux circuits nationaux et transnationaux larges qui passent et repassent par Marseille.

    La mobilité comme ressource

    J’évoque rapidement trois points qui me paraissent importants : l’occupation transitoire, la mobilité comme ressource et le circuit.

    • L’occupation transitoire : A Marseille, l’errance se décrypte dans ce principe de multi-résidence et dans le transit spatial permanent. Il s’agit toujours d’occupations transitoires, le mot “ occupation ” peut être ici entendu autant dans sa dimension spatiale que temporelle. De plus, la question de l’occupation de l’assisté est un casse-tête pour beaucoup de structures d’accueil ou d’insertion, qui n’ont pas d’atelier de travail et veulent lutter contre le spectre de l’inactivité.
    • La mobilité comme ressource : Plus on est sédentaire dans la rue, autrement dit immobile dans son errance, plus on va être stigmatisé et désigné comme désocialisé. Inversement, savoir “ jouer ” des mobilités dans la précarité est une ressource qui permet de traverser des territoires mais aussi des mondes et statuts sociaux et ainsi d’ajuster les rôles.
    • Le circuit et l’absence de sortie : Un errant, sans logement ou mal logé, ne peut généralement pas s’émanciper de l’assistance car celle-ci lui procure le minimum ou le complément de survie. C’est pourquoi l’errance urbaine est toujours connectée d’une façon ou d’une autre aux circuits institutionnels. Arriver dans une ville, c’est entrer dans les circonférences du traitement social. En ce sens, il n’existe pas de sortie complète du dispositif d’assistance par le bas, car s’affranchir, c’est avoir accepté les sélections et les contrats qui mènent au logement autonome et avoir échappé à la sédentarisation et au turnover qui sont les deux principes de gestion pour les structures d’accueil.

    Pour finir, je voudrais évoquer cette difficulté liée au temps de la recherche, car ce temps semble toujours en décalage face aux mutations rapides de territoires et aux mobilités larges. De ce constat naît l’exigence méthodologique de répéter et de multiplier les observations de terrain à différentes périodes et en différents lieux. Puisque pour l’errance, pauvreté matérielle ne rime pas automatiquement avec ségrégation spatiale, je travaille essentiellement sur des occupations éphémères et des territoires mouvants tels que la gare St Charles et certaines places et quartiers de Marseille.

    Il me semble intéressant d’insister sur les parcours circulatoires ou les champs migratoires propres aux personnes sans domicile (migrants, routards, jeunes étrangers, travellers) ainsi que sur la mise en réseau de territoires liés aux activités de rue. Pour conclure, il apparaît nécessaire aujourd’hui, du moins en Europe, de produire de la connaissance sur des populations telles que les mineurs à la rue, souvent clandestins, ou bien les “ enfants dans la rue ”. Mais là plus qu’ailleurs la vigilance est de rigueur face aux assimilations rapides et aux effets de décontextualisation.

    Je termine cette contribution par un extrait d’entretien à mes yeux significatif :
    “ Je suis né en Algérie, mais je suis venu à Marseille en 1993, en fait je suis toujours venu en France, je suis toujours venu… 15 jours là-bas, 15 jours ici, voilà. Dans les premiers temps, j'habitais à la rue des Dominicaines à Belsunce, j'ai déménagé à la Joliette et de la Joliette je suis parti boulevard de Paris. Et depuis vendredi, je suis à la Rose au foyer d’urgence. C'est pas la première fois en fait, hé ! Ah ! c'est pas la première fois. Je prends mes bagages et je m'en vais. D'habitude je vais chez des collègues, des copains, j'ai pas, je me débrouille. Des fois, je suis à la rue aussi. L'été, je me contente de rester dehors. Je reste, je dors dehors, des fois je me débrouille pour manger. Je vais dans mon ancien quartier, je reste un peu en bas de la gare Saint Charles mais pas à la gare, faut pas confondre . Je reste dans mon ancien quartier, à la place des Marseillaises, je reste un peu mais pas trop, moi j'aime bouger, j'aime trop bouger. Des fois, je vais voir les collègues aux quartiers nord : Aygalades, Busserine, aux Flamands, j'ai des copains là-haut. Mais pas à la gare, la gare c'est la gare, moi je reste en bas. Je reste avec mes collègues, c'est pas pareil. La gare, c'est le plus chaud quartier de Marseille en fait, hé ! Là je suis au foyer d'urgence, ça se passe bien, y a des Algériens, des Tunisiens, y a des jeunes qui viennent du nord de la France. Y en a que je connais d’Algérie, du bled, ils sont là maintenant. Y a peu de Marseillais en fait, y a des Russes, y a des Yougoslaves je crois, y a peu de Marseillais. (…) En fait moi c'est un cas particulier parce que j'ai toujours vécu à Marseille, ma famille aussi. Depuis 40 ans on est là, on est là-bas. On peut pas se passer de l'Algérie, on peut pas se passer de Marseille, c'est pas possible ” .

    Références Bibliographiques

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    • Sassier P., Du bon usage des pauvres. Histoire d’un thème politique, XVI-XXe siècles, Paris, Fayard, 1990.
    • Simmel G., Les pauvres, Paris, PUF, 1998.
    • Tarrius A., Fin de siècle incertaine à Perpignan, Trabulaire, 1997.
    • Tessier S., L’enfant des rues et son univers, Syros, 1995.
    • Wacquant L., Les prisons de la misère, Paris, Raisons d’Agir, 1999.
    • Vexliard A., Le Clochard : étude de psychologie sociale, Bruges, Desclée de Brouwer, 1957.
    • Whyte W., Street Corner Society, Paris, La Découverte, 1995.
  • Migration - diversification and urban spatial transformation in Istanbul: The case of Kumkapı

    Kristen Biehl
    PhD candidate at the Institute of Social and Cultural Anthropology and the Centre on Migration, Policy and Society (COMPAS), the University of Oxford and doctoral fellow at the Max Planck Institute for the Study of Religious and Ethnic Diversity (MPI MMG) in Gottingen.

    This doctoral research addresses two core questions: How are urban contexts of intense migration led diversification socially and spatially experienced? How do changing conceptions and intensifying mixtures of difference relate to particular uses of space and senses of place? The context in which these questions were addressed is a locality of Istanbul known as Kumkapi that is intricately laden with distinct migration, diversity and informality histories, both historical and recent. During the fieldwork in Kumkapi, a combination of ethnographic methods was used including spatial mapping, extensive informal discussions, life story interviews and participant observation, focusing in particular on the scales of housing and neighbourhood. The PhD thesis analyses the intersections between narratives and practices of difference, informality, space and place. Through the lens of migration and diversity, the overall goal of the thesis is to highlight critical transformations in contemporary urban spatiality and governance.

  • Mina Saidi - Les mobilités quotidiennes des femmes à Téhéran : 26/01/11

    Conférence
    Mercredi 26 janvier 2011 à 18h à l’IFEA
    Mina Saidi
    (responsable
    de l'Observatoire Urbain de Téhéran à l'IFRI)
    "Les mobilités quotidiennes des femmes à Téhéran"
    Intervention en français

  • Mobilités et migrations inter-régionales et internationales dans les grandes métropoles

    Deuxième session de l'école doctorale du réseau des observatoires urbains du pourtour méditerranéen (Ministère des Affaires Etrangères - Ministère de la Recherche) à Istanbul du 28 mai au 1er juin 2001
     
    Sommaire des articles :

    La gare, nouvel espace cosmopolite ?
    Chronique d’un “ exil ” : Réseaux, biographie et fluidité sociale.
    Espaces cosmopolites et circulants transnationaux : les effets des mobilités contemporaines sur les territoires méditerranéens.
    Mobilités et aires métropolitaines des villes secondaires du delta du Nil.
    Constructions identitaires, territoires et réseaux : le cas des alévis de Turquie.
    Les Jeunes issus de l’immigration turque en France : Comment sortir de la vision dualiste ?
    Géographie du mouvement : Les flux migratoires entre le Maghreb et la Turquie dans la structuration des espaces urbains parcourus.
    Les nouvelles formes de mobilités des Palestiniens : Diaspora ou réseaux transnationaux structurés ?
    Mobilité / Immobilité des Sans.
    Français de Casablanca et Américains de Paris : entre éloignement et distance sociale.
    Analyse des stratégies des associations d’aide aux demandeurs d’asile aux frontières : exemple de l’aéroport parisien de Roissy Charles De Gaulle.
    La métropole athénienne dans les parcours migratoires.
    Les quartiers du centre-ville stambouliote : une histoire marquée par les migrations.
  • Modern Kenti doğaçlamak: Yapanlar, Mimarlar ve Kurgulayanlar Yuvarlak Masa Toplantısı - 07/12/2012

    Konu

    Kentin son elli yıldır yapımına damgasını vuran gecekondu olgusu çoğunlukla bir sorun olarak görülmüştür; şehrin görüntüsünü bozan, işgalci bir yıkım gücü. Halbuki, doğaçlama usülü kent yapımı diye adlandırabileceğimiz bu süreç kente göçle gelenlerin barınma ihtiyaçlarını çözmek üzere tüm kültürel sermayelerini ve insiyatiflerini ortaya döktükleri bir yaratıcılık konusu olarak da ele alınabilir. Gecekonduda basit bir barınma ihtiyacından yola çıkılarak insanların bizzat yarattıklarının bir bina olmanın çok ötesinde bir yaşam alanı, bir mahalle, bir kent parçası olduğunu görüyoruz. Doğaçlama kent yapımı sürecinde insanlar yarattıkları her bir dokunun bilgisine ve hafızasına sahipler, bu yüzden yarattıkları yaşam alanlarının kendileri için anlamı var. Her bir çivisinden, akrabanın ordaki evinin çatısına, hemşerinin bakkalına, ordan da çıkması zahmetli tepesine ve taşan deresinin getirdiği çamuru aşılarak yürünen sokaklarına kadar her yönü ile ve duygusal bir şekilde hatırlanan bir kent dokusu yaratılan. Gecekondunun ifade ettiği bu doğaçlama kent yapımında mimar ya da tasarımcıyı fazla göremiyoruz. Tasarımcının bu sürece girememesi söz konusu (ya da kendisini soyutlaması) şimdiye kadar; ya ideolojik ve kültürel nedenlerle ya da tamamen finansal nedenlerle, zira gecekonducuların mimari proje için paraları olmadı hiç bir zaman. Bugün, artık milyonlarca metrekareler, trilyonlarca liralar, kimbilir ne kadarlık beklentilerle ilerleyen kentsel dönüşüm, her bir hamlesiyle bu değersiz addedilen ve tiksinti ile bahsedilen gecekondu kültürünü derinlere gömüyor. Tüm yönleriyle önden tasarlanmış yaşam kurguları ile tepeden inen modern kent, doğaçlama kent yapmak kültürünün tam tersine insanın yaşadığı yere ilişkin ortaya koyabileceği yaratıcılığına ihtiyaç duymuyor. Kentsel dönüşüm, tamamen pazar mekanizmasının diktasında, alış-satış, rant, getiri-götürü hesapları üzerinden şekillenen modern kent parçalarını mevcut gecekondu mahallelerine monte ediyor. Pazar mekanizmasının bu kadar baskın ve tek söz sahibi olması modernden kastedilenin de olabileceğinden çok daha daralması anlamına geliyor: insanlara araba park yeri, yürüme yolu, havuzu, görmelik bahçeleri ve iki artı birleri ile hazır paketler şeklinde sunulan komfor, güvenlik ve düzen vaadinin ötesine geçemiyor modernlik. Kentsel dönüşümün işaret ettiği bu modern kent yapımında mimar ve tasarımcıya bu sefer önemli bir rol düşüyor: projeleri satılabilir kılmak, markalaştırmak, bir diğer deyişle meşrulaştırmak. Bu süreçte esamesi artık okunmayan kentlinin kendisi. Kentli yapan olarak artık gündemde değil, artık bir tüketici konumunun ötesinde rol düşmüyor kendisine. Bu panelde sormak istediğimiz sorular şunlar: mimarlık ve tasarım uzmanlığı kentsel dönüşüm süreci ile işlevsizleştirilen kentlinin kent yapmada ortak olma potansiyelini yeniden ortaya çıkarabilecek bir yaratıcı çabanın içine girebilir mi ve böylelikle kent yapmaya ilişkin katılımcı bir sürecin önünü açabilir mi; mimarlık ve tasarım uzmanlığı, kentlinin kent yapma bilgi ve becerisini de yanına alarak bugün çok çetrefilli bir konu olarak önümüze çıkan kenti müşterek kullanım alanı ve kültürü olarak geliştirmek meselesini ele alabilir mi? Mimarlık ve tasarım uzmanlığı bugün tamamen piyasa mekanizmasının çözümlerine hapsolmuş pratiğini (bu pratiğin yarattığı kaynakları kullanarak) bir nebze serbestleştirme stratejisi olarak kentsel dönüşüm mağduru olmaya aday kentlilerle birlikte kâr-amacı gütmeyen proje geliştirme ve uygulama çabalarına kalkışabilir mi? Pazar mekanizmasının taleplerini dengeleyecek kent hakkı, kentli hakkı, iyi yaşam hakkı taleplerinin muhatabını bulmak üzere seferber olabilir mi? Doğaçlama kent yapmak olarak adlandırdığımız gecekondu kültüründen iyi yaşamla ilgili, modernliği yaratıcı bir şekilde, aşağıdan inşa etmekle ilgili bir şeyler öğrenebilir miyiz? Mimar ve tasarımcının özgür yaratıcılık arayışı kenti doğaçlayanların birikimi ile buluşmadan beslenebilir mi? Bu buluşmadan kenti özgürleştirici kılacak, kentlilerini de güçlendirecek bir enerji çıkar mı? Mimarlar ve kent yapanlar birlikte, hazır reçeteler şeklinde modern yaşam alanları kurgulayanların gücünü yönetebilirler mi?
     
    1.İstanbul Tasarım Bienali paralelinde, Musibet Sergisi küratör ekibi ile birlikte düzenlenen bu yuvarlak masa toplantısında şehir plancısı, mimar, sosyolog, sosyal politika uzmanları, ve kenti bizzat yapanlar, inşa edenler biraraya gelecekler.

    Katılımcılar

    Açılış : Jean-François Perouse / Kentbilimci, 'IFEA’nın Müdürü
    Moderatör: Asu Aksoy / Doçent, İletişim fakültesi, Bilgi Üniversitesi, “Art and Cultural Managment” bölümü
    Erbatur Çavuşoğlu / Kentbilimci, Mimar Sinan Güzel Sanatlar Üniversitesi
    Şükrü Aslan / Kentbilimci, Mimar Sinan Güzel Sanatlar Ünivesitesi, Sosyoloji bölümü
    Gökhan Karakuş / bağımsız mimar, mimarlık eleştirmeni
    Yaşar Adanalı / Araştırmacı ve eylemci, Kentsel projelerde yurttaş katılımı uzmanı
    Hüseyin Çevik / Müteahhit (Inovacons.com)
    Adil Tekirdağ / Adil Kebap Dürüm’ün sahibi
    Nil Aynalı / Mimar, İstanbul Tasarım Bienali “Musibet” sergisinin asistan küratörü

    EK Bigiler

    7 aralık Cuma, saat 18.00’de
    Sunum dili Türkçe
    IFEA konferans salonu
    Bilgi için: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
  • Murat Güvenç - Mapping the registers and the Annuaires Orientaux : throughout the exhibition Istanbul 1910-2010 : 28/10/2010

    Séminaire :
    Mémoires et mobilités urbaines

    Jeudi 28 octobre 2010 à 18h à l'IFEA
    -Précédé d'une visite de l'Exposition mardi 26 octobre-
    Murat Güvenç

    (Istanbul Şehir Üniversitesi)

    "Mapping the registers and the Annuaires Orientaux :
    throughout the exhibition Istanbul 1910-2010"

  • Muriel GIRARD

    Docteure en sociologie
    Depuis septembre 2011, maître-assistante en SHS à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Marseille

    Thèse intitulée « Recompositions du monde artisanal et mutations urbaines au regard des mises en patrimoine et en tourisme au Maghreb et au Moyen-Orient (Fès, Istanbul, Alep) »

    Page personnelle

  • Muriel Girard - İstanbul’da turizm ve kültürel miraslaştırma programı açısından zanaat dünyasının yeniden yapılanması ve kentsel dönüşüm :16/03/2011

    Seminer "Bellekler ve kentsel harekelilik"
    Çarşamba 16 Mart 2011 18:00'da IFEA'da
    Muriel Girard
    (EHESS ; CETOBAC)

    " İstanbul’da turizm ve kültürel miraslaştırma programı açısından zanaat dünyasının yeniden yapılanması ve kentsel dönüşüm. "
    Sunum dili Fransızcadır.

  • Muriel Girard - Les recompositions du monde artisanal et les mutations urbaines au regard des mises en patrimoine et en tourisme. Le cas d'Istanbul :16/03/2011

    Séminaire "Mémoires et mobilités urbaines"
    Mercredi 16 mars 2011 à 18h00 à l’IFEA
    Muriel Girard
    (EHESS ; CETOBAC)
    " Les recompositions du monde artisanal et les mutations urbaines au regard des mises en patrimoine et en tourisme. Le cas d'Istanbul. "
    Intervention en français.

  • N. Lévy - I. Tamdoğan - Mahallenin dünü ve bugünü 19/01/11

    Seminer: "Bellek ve kentsel hareketlilik" 
    19 Ocak Çarşamba, saat 18:00’da
     Işık Tamdoğan(CNRS/IFEA) ve  Noémi Lévy (Boğaziçi Üniversitesi) 
    "Mahallenin dünü ve bugünü” 
    Sunum dili Fransızca’dır.

  • N. Lévy - I. Tamdoğan - Réflexion sur le mahalle d'hier et d'aujourd'hui : 19/01/11

    Séminaire "Mémoires et mobilités urbaines"
    Mercredi 19 janvier 2010 à 18h00 à l’IFEA
    Işık Tamdoğan
    (CNRS/IFEA) et Noémi Lévy (Boğaziçi Üniversitesi).
    "Réflexion sur le mahalle d'hier et d'aujourd'hui"
    Interventions en turc

  • Neighborhoods: the return or the end? The building of the neighborhood challenged by changes and urban policies 2-3/05/2013

    REGIONAL WORKSHOP ON URBAN MUTATIONS

    Panel 1 || Panel 2 || Panel 3 || Panel 4 || Panel 5 || Conclusion

    ifealogo-couleur ifri cetobac

    Neighborhoods: the return or the end

    The building of the neighborhood challenged by changes and urban policies


    Istanbul and Tehran neighborhoods compared to the capitals and cities of the region

    2013 May 2, 3 / Istanbul

    While in Tehran the reference to the neighborhood and the use of the term is spreading and becoming a visible and assertive concern of the public policies, it appears in Istanbul in the vocabulary and urban imaginary but without actually representing a relevant framework for the city councillors who even threat to eradicate it. This workshop will review the purpose and the meaning of the neighborhood as a framework of thinking and action, as a substantive and symbolic reference but also as a place of memory in the broader context of urban transformations.

    The tendency to oppose the neighborhood, as a full and close reality, to the town, considered too large and poorly understood, is today called into question. The neighborhood never gives itself as a whole. It has as many gaps and undefined areas as the city. In a framework of metropolisation, the neighborhood can also become synonymous of strength, relate to the village and become a "state of mind" conveyed in the television series (Louis Wirth).

    The urban renovation projects ongoing in both cities, lead to a fast disappearance of the social fabric, heritage and local identities that were built over the years, a phenomenon that seems contradictory in Tehran, with the will of the local community to strengthen the local urban management. In Istanbul, this phenomenon is accompanied by a museification and a social engineering agenda, through the creation of Ottomans neighborhoods.

    The notion of neighborhood is therefore unfolding at the crossroad of socio-spatial constructions, political and chronological, as well as mental representations and a range of diversified uses. Between dimensional instability and existential uncertainty (Piolle), there will be an attempt to understand the neighborhood as a "socio-spatial mediation" between the unknown and the known, the inside and the outside, the agreement and disagreement between self and other (Di Meo). The neighborhood will therefore be considered as the most effective scale of observation to analyze the spatial distribution of social substances (Michel Lussault).

    This symposium involves a transdisciplinary as well as transperiodical character. Since "the city builds itself on the city", that is to say that a long term duration is essential to the settlement of populations and the governances on urban fabric, we will have to consider the old neighborhoods and their reconstruction as well as the creation of new neighborhoods beyond the build-up area of the city. These phenomena are a known reality for all the cities that will be discussed in this workshop, first of all Istanbul and Tehran but also Alexandria, Cairo, Athens and Beirut. We’ll give "free time" to take out the neighborhood of its isolation –on a spatial, temporal, political and epistemological scale.

    With the support of laboratoire Mosaïques Paris-Ouest University and Institut Français

    logo mosaique home logo-if
  • Nejma Monkachi : Français de Casablanca et Américains de Paris : entre éloignement et distance sociale.

    L'imaginaire collectif contemporain est fortement marqué par une image stéréotypée de l’immigré. C’est une personne pauvre, sans ressource, venue d’un pays peu développé. On pourrait s'attendre cependant à ce qu'une telle réduction n'apparaisse pas aussi crûment dans les publications à vocation scientifique. En effet, si un certain nombre de sociologues construisent des outils pour comprendre les migrations, il serait dommageable qu'ils soient inadaptés pour une partie d'entre elles.

    Comment dès lors penser les migrations quand il s'agit de migrants différents des travailleurs, ouvriers, employés ou paysans, venus des pays dits du Tiers-Monde pour être employés dans les sociétés occidentales ? Cette question, largement ignorée par la littérature sociologique, mérite un peu d'attention. Il est en effet des migrants qui ne partagent pas tout à fait le même sort. Le point commun reste bien sûr la migration elle-même, mais son cadre peut varier. Reste que le sens social de toute migration réside d'abord et avant tout, non dans le simple fait d'émigrer, mais bien plutôt dans la triple spécificité du projet migratoire, du rapport de la société d'accueil avec celle d'origine, et enfin des caractéristiques objectives du migrant. Toute approche sociologique d'une migration doit donc prendre en compte ces trois aspects. Et toute théorie à vocation générale devrait alors explorer toutes les déclinaisons possibles de chacun de ces aspects. On pourrait d’ailleurs attendre d'une hypothétique théorie générale des migrations internationales qu'elle envisage les projets migratoires les plus courts comme les plus durables, les plus individuels comme ceux qui sont organisés collectivement, ainsi qu’a pu le montrer Abdelmalek Sayad (1977) notamment. La variété des rapports entre sociétés de départ et d'accueil pourrait à son tour donner lieu à diverses approches selon que le migrant part d'un pays pauvre vers un pays plus riche, ou alors quitte un pays développé pour se rendre dans le Tiers-Monde. L'histoire entre les deux pays paraît tout aussi inévitable. Il n'y a rien de commun en effet entre le Français arrivant au Caire et celui se rendant à Alger, le passé entre les deux pays déterminant en grande partie les attitudes réciproques. Enfin, une approche à vocation générale ne saurait non plus ignorer les caractéristiques objectives des migrants, leurs profils sociaux, leurs appartenances religieuses, leur capital culturel...

    Une telle approche n'existe pas à l'heure actuelle, et l'on peut même discuter sa pertinence. Il est toutefois surprenant de constater à quel point la littérature sociologique ignore la variété des expériences de migration internationale. C’est donc dans cet esprit que s’est fait le choix de deux objets d’études inusuels. Les Français de Casablanca et les Américains de Paris ont constitué d’emblée deux terrains propices aux retournements de points de vue.

    À rebours des terrains habituels : Français de Casablanca et Américains de Paris

    La volonté de remettre en question certains acquis de la sociologie des migrations est à la source de ce travail. Le choix de deux populations atypiques a permis de naviguer sans cesse entre la connaissance de ces populations et la comparaison avec les travaux consacrés aux différentes immigrations en France. Les Français de Casablanca ont été très peu étudiés, et jamais sous l’angle de la migration. Quant aux Américains venus s’installer à Paris, ils ne font l’objet le plus souvent que d’études consacrées aux artistes les plus connus, venus se nourrir d’un foisonnement artistique parisien quelque peu terni depuis lors. L’enjeu de connaissance est donc de taille et se conjugue avec la discussion des limites de l’objet “ immigré ” tel que la sociologie l’a construit depuis les années 1980. Le cheminement méthodologique employé marie donc approche épistémologique et regard anthropologique. Le souci étant de confronter le cœur de la théorie à une enquête de terrain qui l’amène dans ses retranchements.

    La littérature sociologique a en effet révélé à quel point l’immigré était pensé à partir du contexte spécifique des années 1980 auquel on ajoute, ainsi que le fait Gérard Noiriel, d’autres périodes de forte immigration en France, la Belle Époque et l'Entre-deux guerres notamment. L’approche qui fait école s’interroge donc sur le statut des immigrés et sur leur intégration possible ou impossible. Elle s’attache très tôt, et dans la plupart des cas, à distinguer les différents immigrés et à fractionner un objet que le débat public a rendu bien trop homogène. L’attention à l’appartenance d’origine, nationale voire régionale, rurale ou urbaine, à l’alphabétisation, ou encore à la conjoncture qui a poussé le migrant au départ, ont ainsi contribué à défaire des amalgames par trop stériles. Le comparatisme s’est donc installé au sein de la démarche sociologique visant à étudier l’immigration et son double conceptuel, l’intégration. Un bref retour sur la littérature permet néanmoins de distinguer trois approches principales. Elles n'ont pas le mérite d'épuiser la totalité des théories existantes, mais rendent compte des sources d'inspiration de la plupart d'entre elles.

    L'approche socio-historique : elle trouve ses plus éminents représentants chez Gérard Noiriel et Didier Lapeyronnie. Ces deux auteurs partagent un même souci de replacer les phénomènes migratoires dans leur contexte historique. L'état du marché du travail, la microstructure des classes populaires, ou les environnements politique et institutionnel déterminent la perception de l'immigré et les conditions de son intégration. L'immigration est prise dans un contexte national, ou urbain, dont l'histoire détermine en grande partie les spécificités. Didier Lapeyronnie (1993) s'attache par exemple à mettre en évidence les conditions d'expansion d'un racisme populaire, en liaison avec les représentations de la solidarité prolétarienne en France et en Grande-Bretagne. Dans Le creuset français (1988), Gérard Noiriel montre quant à lui, la récurrence de la xénophobie en période de crise économique. Il pointe, par exemple, l'existence dans l'Entre-deux-guerres d'un groupe de pression constitué par les médecins, qui réclame et obtient la création d'un cadre légal écartant toute concurrence d'homologues étrangers. Les vagues xénophobes touchent quasi systématiquement les immigrés les plus récemment arrivés, ce qui a l'effet paradoxal d’amener l'auteur à constater que chaque vague contribue à l'intégration définitive des immigrés arrivés bien avant ceux que la vindicte populaire montre du doigt. Mais, en tout état de cause, ce sont surtout les catégories constituées par les acteurs qui ont un rôle déterminant pour Gérard Noiriel : qu'il s'agisse de la catégorie d'"étranger" constituée par l'État, ou de celle de seconde génération qui apparaît plus tard, elles contribuent à assigner une identité dont l'auteur postule qu'elle ne peut être que douloureusement vécue.

    L'approche institutionnaliste : elle consiste à se pencher sur le cadre juridique qui définit le statut de l'immigré, ainsi que sur les politiques qui visent à favoriser son intégration. Les travaux de Jacqueline Costa-Lascoux (1989 et 1992) ou de Catherine Wihtol de Wenden (1987 et 1999), qui se penchent toutes deux sur les évolutions du Code de la nationalité, appartiennent à ce courant. Au travers de l'analyse de la citoyenneté telle qu'elle est conçue et traduite en termes juridiques en France, ces deux auteurs dégagent les caractéristiques de l'intégration à la française et réfléchissent aux défis posés par les dernières vagues migratoires. De même, Patrick Weil, dans La France et ses étrangers, émet cette idée tout à fait nouvelle qu'il existe une politique de l'immigration cohérente et adjoint à l'approche institutionnelle classique l'étude approfondie des décisions de politique publique quant au recrutement volontaire de main-d'œuvre étrangère, notamment dans l'immédiat après-guerre en fonction de l'origine ethnique. L’étude des politiques de logement spécifiques aux immigrés de type foyers SONACOTRA, ou l’analyse de la place accordée aux cultes et aux représentants des différentes communautés immigrées dans l'espace public, permettent aux tenants de cette approche d'esquisser la façon dont chaque nation accueille et intègre ses immigrés.

    L'approche interactionniste : à la différence des approches précédentes, elle part des immigrés eux-mêmes, pour reconstituer leur expérience dans le pays d'accueil. Réseau de personnes de même origine, étapes du détachement de la communauté vers l'intégration et l'acculturation à la société d'arrivée forment alors les principales voies vers la compréhension d'une expérience migratoire. Abdelmalek Sayad, dans un article resté célèbre, “ Les trois âges de l'émigration algérienne en France ” (1977), montre comment le projet migratoire évolue. Alors que dans un premier temps le migrant est un envoyé de la communauté paysanne, qui ne part que le temps d'accumuler un petit pécule qui profitera à la totalité du village, et vit donc en France reclus et en se protégeant de la société d'accueil, des projets migratoires plus individuels se développent progressivement. Ils correspondent alors à une relation plus distanciée avec le pays d'origine, et à une acculturation progressive au pays d'installation. Dans d'autres de ses contributions, Abdelmalek Sayad s'attache à pointer, au travers de maints entretiens approfondis, la situation de l'immigré. Son malaise transparaît la plupart du temps et vient illustrer la difficulté à vivre une double appartenance identitaire. Martine Segalen, dans Nanterriens, les familles dans la ville (1990), adopte à son tour une démarche similaire en s'attachant aux circuits empruntés par plusieurs enquêtés. L'occupation spécifique de l'espace urbain révèle une sociabilité particulière. Les tenants de l'approche interactionniste s'attachent donc à montrer comment la confrontation quotidienne avec la société d'accueil transforme les immigrés en membres à part entière de la société d'installation.

    Si l’étude approfondie de la littérature a pu révéler sur quel socle idéologique la sociologie des migrations a pu construire son modèle d’analyse, le travail de terrain qui s’en est suivi a débouché sur un impératif aussi bien logique que méthodologique : déconstruire la notion d’immigré, beaucoup trop connotée pour servir un raisonnement sociologique rigoureux. Cet abandon n’a pas été sans hésitation tant nous était chère l’idée de montrer que l’on pouvait être aisé et émigrer. L’exigence de clarté a pourtant triomphé et la migration s’en est trouvée décomposée selon deux axes de compréhension : l’éloignement géographique et la distance sociale.

    Les deux enquêtes ont en effet révélé à quel point l’éloignement, le départ et l’arrivée dans une société inconnue, que l’on soit plus ou moins pourvu de ressources, se traduit par des réactions similaires ou en tout cas très proches. La distance sociale désigne, elle, la place assignée au nouveau venu dans la société d’installation.

    Des conséquences de l’éloignement

    L’éloignement dans la migration est souvent synonyme d’amélioration du bien-être immédiat ou à venir. La distance géographique, si elle exige une nouvelle socialisation, crée dans le même temps un nouveau rapport à la société d’origine. Le récit des origines conjugué à l’éloignement déploie alors une série de caractères communs aux riches, comme aux moins riches, aux managers d’Accenture, comme à l’ouvrier du bâtiment. Et c’est en cela que l’éloignement peut être une première clé de compréhension de l’expérience migratoire.

    L’éloignement dote le migrant d’une nouvelle identité. Le discours des enquêtés porte d’innombrables marques de ce jeu d’identités situationnelles (Goffman) qui tisse le rapport du migrant aux différentes situations sociales rencontrées. Ainsi les Français de Casablanca sont-ils alsaciens ou auvergnats au Maroc, alors qu’ils seront plus volontiers Français du Maroc en France. Les Marocains en France réagissent exactement de la même manière, tout comme les Américains de Paris sont d’Atlanta, ou de New York, et fiers, qui plus est, d’annoncer leur lieu de résidence lorsqu’ils sont aux Etats-Unis. L’identité s’enrichit avec l’éloignement durable. Ce qui se transforme souvent d’ailleurs en autant de ressources sociales.

    Cet épaississement est d’ailleurs tout particulièrement visible lors des retours au pays. Les travaux consacrés à l’observation de tels périples regorgent en effet d’indices similaires. Le trajet vers le pays d’origine lorsqu’il n’est pas fait en avion (ce qui écarte les Américains) prend des allures de voyage intérieur. Il est d’ailleurs surprenant de constater que les Français de Casablanca sont nombreux qui rentrent au moins une fois dans l’année en voiture. Les discours justificateurs ne manquent pas, déclinés selon tous les modes. On remarque toutefois souvent leur faiblesse, et surtout la jouissance du récit d’un périple vers cette société que l’on a quittée et qui se pare dans les premiers moments de toutes les qualités.

    Il est en outre un autre retour, et celui-là définitif, qui revêt pour les migrants de toute appartenance sociale la même importance fascinante pour l’observateur. La mort participe en effet à la représentation et à la définition de soi, du soi en migration. Les pratiques mortuaires sont donc d’une grande importance. Elles cristallisent les tensions entre société de départ et société d’installation et situent définitivement le défunt dans un lieu géographique la plupart du temps délibérément choisi. La relecture du processus migratoire, que permet en partie le trajet du retour, est encore plus complète lors du décès et des rites qui l’accompagnent. Lors de ce dernier passage, les migrants de toutes catégories sociales se trouvent souvent égaux, les plus pauvres allant jusqu’à s’endetter dangereusement pour assurer le salut de leurs morts. Nombreux sont les travaux qui montrent l’importance capitale du lieu de sépulture, selon la situation du migrant vis-à-vis de sa famille, de la société d’installation, d’origine, de la croyance en la plus ou moins grande efficacité du rite de passage selon le lieu de déroulement et la qualité de la cérémonie. De ce point de vue-là, les Français de Casablanca sont très partagés et le choix d’une sépulture au Maroc revêt les mêmes enjeux en termes d’appartenance religieuse, pour ne citer que cette dimension, que le choix des Sénégalais en France, par exemple.

    Il est enfin une autre conséquence de l’éloignement partagée par tous les migrants : la transformation du cultuel au culturel. Les Français de Casablanca fréquentent beaucoup plus l’église lorsqu’ils sont loin de leur pays. Les Américains semblent se comporter de la même façon. Tous sont plus attachés aux rites accompagnant les fêtes religieuses. Moments de retrouvailles pour les migrants d’une même origine, moments de remémoration, d’affirmation identitaire face aux rites de la société d’installation, ces rites se trouvent beaucoup plus investis que dans la société d’origine. Valable tout aussi bien pour les Marocains, ou les Irlandais en France, que pour tous les autres, cette charge culturelle dont se trouve réinvestie le cultuel est une caractéristique de l’éloignement.

    Évoquer l’éloignement plutôt que la migration permet d’évacuer plus aisément la charge d’a priori qui pèse sur le terme de migration. Pour beaucoup d’oreilles, pourtant attentives, il n’est pas possible qu’un Français puisse émigrer et, par cette simple opération, devienne un immigré dans la société d’installation. Abandonnant délibérément ce terme bien dangereux tant il porte en lui d’amalgames et de généralisations abusives, nous avons donc choisi, d’une part de traiter de l’éloignement durable, d’autre part de nous pencher sur la distance sociale qui caractérise le plus souvent une partie des rapports entre le nouvel arrivant et la société d’installation.

    Le rapport social

    Comprendre la migration selon les deux axes de l’éloignement et du rapport social permet d’échapper à beaucoup d’implicites. Le rapport social n’est pas forcément défavorable à celui qui s’éloigne, comme le terme “immigré” et l’imaginaire qu’il charrie le laissent trop souvent entendre. À une époque où les managers qui s’expatrient sont de plus en plus nombreux (Wagner, 1998), il serait dommage de s’en tenir à une sociologie des migrations cantonnée aux apostrophes d’une actualité vieille de vingt ans. Les flux de migrants qui augmentent le plus significativement aujourd’hui sont constitués de diplômés hautement qualifiés. Leur situation dans le pays d’installation reprend les caractéristiques de l’éloignement, mais le rapport social au milieu d’installation varie fortement suivant le niveau de développement de la société ainsi que le milieu dans lequel ils s’installent. Aussi était-il nécessaire, voire urgent, de penser la possibilité de toutes les distances sociales entre nouvel arrivant et société d’installation, et non plus la seule et confortable (pour le chercheur) pour ne pas dire réconfortante (pour la société) indigence du migrant.

    Les deux populations étudiées constituent en cela un déplacement de point de vue riche d’enseignements. Les Français à Casablanca, tout comme les Américains à Paris, se déplacent en effet avec leurs institutions. Ils arrivent dans une ville qui leur offre de multiples lieux d’accueil privilégiés, tenus par leurs semblables et pleinement dédiés à leur présence hors du territoire national. On ne compte plus en effet les cercles et autres clubs de toutes natures qui jalonnent la planète, de capitale en capitale, pour relayer efficacement les institutions nationales à l’étranger. Les pays les plus puissants en ont le tissu le plus dense. Leurs ressortissants trouvent ainsi, là où ils se rendent, un accueil organisé. À Paris, l’accueil des Américains se structure depuis près de cent cinquante ans autour de quelques institutions phares parmi lesquelles le Herald Tribune, l'Hôpital Américain ou l'American Church, ainsi qu’autour d’un grand nombre d’associations. À Casablanca, les Français sont accueillis par une association spécialisée avant d’organiser leur vie sociale autour de quelques lieux spécifiques. Les enfants sont très largement concernés par le scoutisme et les familles fréquentent quasiment toutes un seul et même club sportif hérité de la période du Protectorat, le Cercle Amical Français, réservé de facto, par un système de parrainage très strict, aux Français.

    Français et Américains ont par ailleurs ceci en commun qu’ils ne fréquentent pas les institutions scolaires du pays d’installation. Le Lycée français à Casablanca, ainsi que les quelques écoles primaires de l’ex-mission culturelle française les regroupent, et on retrouve de la même façon une scolarisation autonome pour les enfants des Américains de Paris. En ne mêlant pas leurs enfants aux nationaux, ils conservent la mainmise sur leur éducation et leur socialisation, et un contrôle étroit que viennent relayer les activités sportives et les loisirs organisés par d’autres institutions exportées.

    La sphère professionnelle permet aussi d’observer les signes d’une distance sociale clairement identifiée par les acteurs. Les Français de Casablanca, ou les Américains de Paris, occupent bien trop souvent des postes à responsabilité où ils mettent en pratique un rôle d’expertise pour pouvoir échapper à une position dominante. Même lorsqu'ils occupent des fonctions subalternes, les Français à Casablanca et les Américains à Paris s'octroient en permanence le droit de juger du mauvais fonctionnement des entreprises pour lesquelles ils travaillent. Il est par ailleurs intéressant de constater l’extrême similitude des discours tenus par Français et Américains sur, respectivement, les Marocains et les Français. Les mêmes accusations se retrouvent mot pour mot envers les différentes institutions du pays d’installation. Ainsi, l’école est-elle mal organisée, peu efficace et surtout peu sûre, l’administration lente et kafkaïenne, et les actifs incompétents et insouciants. Est-il vraiment utile de préciser enfin que les nationaux sont fainéants et ont une hygiène douteuse ?

    Sociétés marocaine et française souffrent ainsi exactement des mêmes maux, à en croire les récits des enquêtés Français et Américains. Étrange coïncidence, ou rapport universel à l’Autre? L’extériorité critique est de mise pour la très grande majorité des personnes interrogées sur leurs conditions de vie, de travail etc. Cette extériorité témoigne d’une position sociale élevée, ou en tout cas perçue comme telle, par rapport à la société d’installation. Et c’est justement la préservation d’un tel statut qui passe par toutes ces institutions convoquées dans chaque pays. Que les Français de Casablanca scolarisent leurs enfants au Lycée Français, et les Américains à l’Ecole Américaine, qu’ils fréquentent beaucoup plus les lieux de culte ou de rencontres entre co-nationaux permet au groupe tout entier de maintenir son statut dans la société d’installation. À l’inverse les Marocains en France ne perdront rien de leur statut en scolarisant leurs enfants dans le système français, au contraire. Qu’ils se fréquentent entre eux et ils feront vite figure de mauvais élèves de l’intégration !

    L’éloignement et la distance sociale égrènent donc un chapelet de situations migratoires. En permettant de franchir plus aisément les pièges du sens commun et de s’affranchir des apostrophes de l’actualité, ces deux axes de compréhension de l’expérience migratoire ouvrent la voix à une réflexion plus large. Elle isole les effets propres à l’éloignement durable, effets qui pour la plupart sont les mêmes quel que soit le statut social du migrant, de ceux générés par la distance sociale.

    Bibliographie

    - BRUBAKER Rogers, Citizenship and Nationhood in France and Germany, Cambridge, Mass., Londres, Harvard University Press, 1992.
    - COSTA-LASCOUX Jacqueline, De l'immigré au citoyen, Paris, La Documentation Française, 1989.
    - COSTA-LASCOUX Jacqueline et WEIL Patrick (dir.), Logiques d'États et immigrations, Paris, Kimé, 1992.
    - HOROWITZ Daniel, NOIRIEL Gérard, Immigration, Two Democraties, French and American Experience, New York, University Press, 1992.
    - LAPEYRONNIE Didier, L'individu et les minorités. La France et la Grande-Bretagne face à leurs immigrés, Paris, PUF, 1993.
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    - SAYAD Abdelmalek, “ Les trois âges de l'émigration algérienne en France ”, Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n°15,1977, pp. 59-79.
    - SAYAD Abdelmalek, L'immigration ou les paradoxes de l'altérité, Bruxelles, De Boeck-Wesmael, 1991.
    - SCHNAPPER Dominique, La France de l'intégration. Sociologie de la nation en 1990, Paris, Gallimard, 1991.
    - SCHNAPPER Dominique, L'Europe des immigrés. Essai sur les politiques d'immigration, Paris, Bourin, 1992.
    - SCHNAPPER Dominique, La communauté des citoyens. Sur l'idée moderne de nation, Paris, Gallimard, 1994.
    - SEGALEN Martine, Nanterriens, Les familles dans la ville, une ethnologie de l'identité, Toulouse, Presses de L'Université Toulouse Le Mirail, 1990.
    - TABOADA LEONETTI Isabelle, Les immigrés des beaux quartiers. La communauté espagnole dans le XVIe, Paris, CIEMI / L'Harmattan, 1987.
    - THOMAS William I., ZNANIECKI, Florian, The Polish Peasant in Europ and America, Chicago, Chicago University Press, 1918-1920.
    - WAGNER Anne-Catherine, Les nouvelles élites de la mondialisation, Une immigration dorée en France, Paris, PUF, 1998.
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    - WEIL Patrick, La France et ses étrangers, L'aventure d'une politique de l'immigration 1938-1991, Paris, Calmann-Lévy, 1991.
    - WIHTOL DE WENDEN Catherine, Citoyenneté, nationalité et intégration, Paris, Arcantère, 1987.
    - WIHTOL DE WENDEN Catherine, L'immigration en Europe, Paris, La Documentation Française, 1999.
    - WIRTH Louis, The Ghetto, Chicago, Chicago University Press, 1928.

  • Nicolas Crosnier - La rénovation urbaine de Bakou comme outil géopolitique - 04/03/2013

    Nicolas Crosnier (doctorant INALCO)
    La rénovation urbaine de Bakou comme outil géopolitique, un révélateur des conflits et des représentations des différents acteurs de la société azerbaïdjanaise
    .

    lundi 4 mars 2013 à 11h à l'IFEA

    Intervention en français

    Proposition d'analyse de la société azerbaïdjanaise à travers les transformations de la capitale.
    Comme à Beyrouth ou Dubaï, le paysage urbain de Bakou connaît actuellement une vaste transformation. L'identité des acteurs de l’embellissement urbain est un premier élément précieux pour comprendre les rapports de force dans le pays, de même que l'origine des opposants aux expropriations.  Les choix faits en matière architecturale et les aspects économiques et financiers de ces projets immobiliers sont un deuxième point à étudier. Finalement cette étude permet d'esquisser le portrait géopolitique de la société azerbaïdjanaise.
    Mon exposé portera sur les politiques de rénovation urbaine dans la capitale de l'Azerbaïdjan, Bakou. Dans toutes les capitales du monde, le régime politique écrit dans les murs le récit national et met en avant son projet politique. La situation à Bakou ne déroge pas à cette réalité. La société azerbaïdjanaise est la synthèse complexe de multiples influences. Ainsi, le visage de cette ville connaît une transformation radicale depuis l'afflux de richesses consécutif à l'ouverture d'un oléoduc conçu par les Américains et les Européens. La rénovation urbaine s’accélère, les projets immobiliers se multiplient et paraissent toujours plus ambitieux. Le style «  pharaonique  » de certains édifices n'aura pas échappé au public européen lors de la retransmission du concours eurovision de la chanson fin mai 2012.
    L’intérêt de cet exposé n'est pas que descriptif, il permet de mettre en lumière des éléments constitutifs du régime en place et des rapports sociaux dans la capitale, qui seraient bien difficile à étudier selon les méthodes traditionnelles des sciences humaines. Qui veut analyser la société de l’Azerbaïdjan doit interpréter ce qui se voit et ce qui veut être vu dans la capitale, qui regroupe quasiment toutes les forces vitales du pays.


  • Olivier Clochard : Analyse des stratégies des associations d’aide aux demandeurs d’asile aux frontières : exemple de l’aéroport parisien de Roissy Charles De Gaulle

    En France, la question des demandeurs d’asile aux frontières, de leur détention et de leur refoulement n’a jamais constitué une question politique importante, excepté en 1991, année qui a précédé la législation des zones d’attente . Dernièrement, la parution du rapport du sénateur Louis Mermaz au cours de l’année 2000 et les différents comptes-rendus de l’Anafé n’ont pas conduit à l’amorce des débats politiques escomptée. La procédure concernant l’arrivée sur le territoire des demandeurs d’asile reste donc opaque ; même si des associations de défense des étrangers y portent un intérêt plus régulier depuis deux ans. Dans ce contexte, le concept de frontière a beaucoup évolué durant les vingt dernières années, à travers les politiques migratoires, conduisant les réseaux associatifs spécialisés dans le soutien aux requérants à l’asile à intervenir de plus en plus au sein de ces nouveaux espaces frontaliers afin d’aider les étrangers souhaitant déposer une demande d'asile en France. Une analyse des rapports entre les mobilités des requérants à l’asile et le rôle de ces associations, permet de mettre en évidence certains enjeux liés au droit d’asile et les pratiques migratoires qu’il suscite en France.
    Ainsi, depuis 1980, face à l’augmentation du nombre de demandeurs d'asile, les évolutions du concept de frontière dans les politiques migratoires accentuent les difficultés des parcours des demandeurs d'asile. Et dans le pays d’accueil, ces changements ont des conséquences concernant l’accès à la demande d’asile, où les obstacles administratifs se substituent aux rôles des frontières.
    En France, l’aéroport parisien Roissy Charles De Gaulle a reçu durant ces dernières années 96% des demandeurs d’asile aux frontières . Cette suprématie statistique s’explique principalement par le fait que les contrôles aux frontières terrestres sont plus difficiles à effectuer. Les deux campagnes d’observation réalisées en région parisienne durant les mois de janvier et février 2001 vont permettre de comprendre l’ampleur des difficultés.

    La notion de frontière dans le contexte actuel de l’asile en France

    La fermeture des frontières, décidée en France et dans d’autres pays d’Europe en 1973, va être l’amorce d’une dégradation de l’accueil réservé aux étrangers. Ainsi, en l’espace de 25 ans, la législation en matière de droit des étrangers est devenue plus restrictive. Depuis le milieu des années 1980, la politique d’asile est à son tour visée par cette volonté étatique. Avec la construction européenne et les surenchères politiques sur la répression contre l’immigration clandestine, la frontière a pris une nouvelle dimension. Pour un grand nombre d’étrangers, si elle est devenue plus difficile à franchir, elle se « conjugue » aussi sous des formes différentes tout au long du parcours d’un grand nombre de demandeurs d’asile.

    Bref rappel sur l’évolution de l’asile en France

    Au cours de ces trente dernières années, le nombre de demandeurs d’asile dans les pays occidentaux n’a cessé d’augmenter, et le contexte international a radicalement changé. L'arrêt de la guerre froide aurait pu laisser penser que le nombre de réfugiés allait diminuer. En effet, de nombreux conflits générateurs d'exode étaient souvent le théâtre d'affrontements entre les deux grandes puissances. Or, les mouvements des demandeurs d’asile et des personnes déplacées se sont accrus sous la houlette des désordres mondiaux et de la multiplication des conflits.
    En Europe, les grandes métropoles sont le principal réceptacle de ces flux migratoires. Pour exemple, en France, à la fin des années 1990, la région parisienne concentre à elle seule 98 % des demandes d’asile aux frontières et les trois-quarts des demandeurs d’asile recensés par l’OFPRA . Cependant il faut rappeler qu’au regard du nombre total de réfugiés dans le monde, les pays européens restent très frileux sur l’accueil de ces populations.

    La restriction de l'asile dans les pays occidentaux s'est amorcée dès le début des années 1980. La France n’échappe pas à la tendance comme le montre le graphique n°1. Ainsi, au cours des vingt dernières années, les gouvernements successifs ont assujetti le droit d’asile aux politiques d’immigration. Cette réticence de la France à accueillir les demandeurs d'asile s’est alors caractérisée par un allongement considérable des procédures d’examen de dossiers. Si l’allongement des procédures de l’OFPRA a conduit au pic de 1989 (cf. graphique n°2) ; d’autres éléments, parfois sous le couvert de la législation, se sont intégrés dans ce schéma, et ont eu des effets dissuasifs sur les potentiels demandeurs d'asile, comme le renforcement des contrôles aux frontières.

    Une frontière différente

    L’articulation des échelles est essentielle pour mieux comprendre la complexité du phénomène, car si la frontière se définit généralement comme « une limite du territoire d’un Etat et de sa compétence territoriale » , sur le plan migratoire elle tend de plus en plus à se transformer en une interface complexe. Afin de mieux entrevoir la logique de ces mobilités, la démarche sera d’adapter une définition souple du concept de frontière. En effet pour un grand nombre d’étrangers et de demandeurs d’asile en particulier pour ceux qui souhaitent se rendre dans un pays occidental, la frontière est devenue une frange mouvante dont les dispositifs apparaissent bien en amont.
    Ainsi pour contrôler les flux migratoires et endiguer le flot des demandeurs d’asile, l’Europe se retranche derrière ses frontières en mettant en place de plus en plus de mesures contraignantes. Certaines s’appliquent dès les pays d’embarquement qualifiés comme sensibles avec des contrôles au départ dans les aéroports. Dans ce contexte de mondialisation, Christian Pradeau souligne que les contrôles des passagers des avions sont également délocalisés . C’est ainsi que dans certains pays africains ou asiatiques, des fonctionnaires européens viennent renforcer les contrôles d’identités dans les aéroports. Dans la continuité de ce dispositif, les transporteurs et les compagnies aériennes sont aussi amenés à vérifier les personnes qu’ils acheminent, sinon ils peuvent être soumis à une amende .
    Actuellement l’Europe est dans un processus d’harmonisation concernant l’accès à son territoire. Sur le terrain, cette volonté s’exprime principalement sur la bordure orientale de l’Union européenne où il est envisagé de contrôler les frontières extérieures par des unités mixtes sous la responsabilité des Etats dans lesquels celles-ci opèrent. D’autre part, le Conseil européen semble faire l’unanimité des pays membres en répartissant en deux listes l’ensemble des pays de la planète : ceux dont les ressortissants ont l’obligation de visas et ceux qui en sont dispensés. Dans certains pays européens, cette disposition peut être renforcée par la mise en place de visa de transit. Cette étape administrative supplémentaire a été élaborée pour limiter l’arrivée de réfugiés potentiels dans les aéroports des grandes métropoles. Ainsi au début des années 1990, quelques centaines d’Haïtiens avec un billet pour la Suisse ont demandé l’asile en France lors de leur escale à l’aéroport de Roissy. La France a alors rapidement exigé un visa de transit pour les Haïtiens transitant par son territoire. Haïti n’est pas un cas isolé ; le Sri Lanka, l’Iran, le Ghana, l’Angola, pays où le nombre de demandeurs d’asile est très élevé, sont aussi soumis à cette obligation.
    En outre s’il y a peu de législations communes sur l’expulsion et le refoulement au niveau européen , on constate que les accords de réadmission se multiplient entre Etats de l’Union européenne et pays tiers. Ainsi tous les Pays de l’Europe Centrale et Orientale (PECO) sont liés par ce type d’accord avec des pays de l’Union européenne. Après avoir été le glacis défensif de l’ex-URSS, ces nations sont maintenant devenues, en matière d’immigration, celui de la marge orientale de l’Union européenne.
    Ces difficultés se développent de plus en plus depuis une dizaine d’années. Les zones d’attente dont l’Etat français a été le pionnier, sont l’un de ces points de crispation. Elles matérialisent une frontière réelle à l’intérieur du territoire qui « est en fait décalé par rapport à la limite théorique, dégageant des marges incertaines » . Avec ce type de structures aux frontières, les pays occidentaux affichent un rapport de forces vis-à-vis des ressortissants des autres pays. Ainsi, sur le plan migratoire, la mise en place des zones d’attente renvoie à l’image des places fortes de Vauban lorsque la puissance royale renforçait ses frontières. Michel Foucher rappelle que l’étymologie est le genre féminin de l’adjectif « frontier » dérivant de front. Avant que Roger Brunet n’ajoute : « qu’au sens militaire, cet ensemble, ni continu, ni situé exactement sur la limite, finit après bien (…) des tractations, par constituer la frontière au sens moderne, sanctionné par un traité et jalonné par des bornes, des barrières, des postes frontières » .
    Rappelons brièvement qu’au moment où l’instauration des visas en France s’est généralisée (les premières lois Pasqua en 1986), les étrangers furent de plus en plus nombreux à être maintenus dans les zones internationales des aéroports. Or, la législation ne définissait pas cette zone internationale dont l’espace semblait se limiter entre le lieu de débarquement et les postes de contrôles de police. L’interprétation ne pouvait qu’être très aléatoire. « Nous étions dans une situation de non droit » devait écrire François Julien-Laferrière . Par conséquent à la fin des années 1980, dans les aéroports parisiens principalement, l’inquiétude de parents ou amis ne voyant pas arriver la personne attendue, relayée par celle d’employés des compagnies aériennes ou voyageurs intrigués par le comportement des policiers à l’égard de certains étrangers, ont conduit à alerter les associations de défense des étrangers. Ces dernières allaient obliger le législateur à intervenir.
    Les lois du 6 juillet 1992 et du 27 décembre 1994 qui continuent à ce jour à régir les zones d’attente, ne plaçaient plus ainsi ces lieux en dehors du droit. Or, si la mise en place de ces lois constituaient une amélioration, elle instaurait cependant un régime de privation de liberté dérogatoire au droit commun qui, aux frontières du territoire (aéroports, ports, gares ferroviaires internationales par la suite), permet, sous la seule autorité administrative, de maintenir dans des zones d’attente, des étrangers dont le seul délit est de demander l’entrée ou une protection en France.
    Dans son dernier rapport, la C.N.C.D.H. souligne encore que toutes ces mesures ont souvent pour conséquence d’entraver l’accès aux procédures d’asile. Toutes ces étapes précédant le passage de la frontière rallongent nécessairement le parcours de ces requérants à l’asile. Et lorsque celle-ci est franchie, ne peut-on pas dire qu’en bien des circonstances la frontière « poursuit » son tracé ou fait rappeler son passage durant toute la procédure de la demande d’asile ?

    « La France : une vaste zone d’attente »

    Bien que dans la seconde partie, je m’intéresserai principalement aux zones d’attente et aux rôles des associations dans ces différents lieux, il me paraissait important de souligner l’emboîtement des difficultés qui « accompagnent » un étranger souhaitant faire une demande d’asile en France (raisonnement qui pourrait être aussi appliqué dans d’autres pays européens).
    Si la complexité du cheminement du requérant à l’asile s’est tout d’abord amplifiée avec l’allongement des procédures (cf. graphique n°1), la suppression du droit de travail des demandeurs d’asile en 1991 a aussi accentué la précarité d’un grand nombre de demandeurs. Et à ce jour, la recevabilité d’un dossier de l’OFPRA pour faire une demande d’asile est assujettie à l’obligation d’avoir une domiciliation. Enfin, à une micro échelle, il y a une multitude de petits faits, gestes, paroles, incompréhensions, non-dits qui existent et s’inscrivent dans le prolongement de la notion de frontière.
    Si nous faisons abstraction du dispositif des zones d’attente sur le territoire, nous pouvons dire qu’une des premières difficultés que rencontre un grand nombre de demandeurs d’asile est la recherche d’une adresse. De nombreuses associations offrent ces services. Or au sein de la région parisienne, il arrive fréquemment que des préfectures refusent certaines adresses de domiciliation administratives sur des critères aléatoires : du simple refus à l'argument d'une absence d'agrément. « Souvent, elles refusent d'ouvrir l'accès à la procédure d'asile à des personnes domiciliées dans des structures qui n'ont pas d'agrément « droits sociaux » (c'est-à-dire qui ne sont pas agréés CMU, AME, RMI , Poste, …), ce qui met une pression démesurée sur les autres structures. Pour exemple, à Paris, le CASP (Centre d'Action Social Protestant) et l'ASAF (Association de Solidarité des Africains en France) sont agréés DASS mais refusés par la préfecture de police » . Or, cette suspicion de la part des préfectures à l’égard de ces adresses de domiciliation ne permet pas à ces personnes d’obtenir une première autorisation provisoire de séjour (APS), nécessaire pour entamer les démarches auprès de l’OFPRA et pour pouvoir bénéficier des allocations auxquelles ils ont droit . Et si la personne ne dispose pas d’adresse, les établissements bancaires lui refusent le droit d’ouvrir un compte courant . Par conséquent, il y a blocage des lettres-chèques par les ASSEDIC, mettant les demandeurs d'asile et les centres de domiciliation dans des situations fort délicates.
    La précarité de ces personnes s’illustre aussi au niveau des soins. Car si les derniers dispositifs législatifs donnent la possibilité à un demandeur d’asile de s’inscrire auprès de la CPAM et de bénéficier de la CMU, même si celui-ci ne dispose que d’une convocation pour un premier rendez-vous à la préfecture, la réalité est bien plus complexe. En effet certains centres de la Sécurité Sociale refusent de traiter les dossiers prétextant que les demandeurs d’asile relèvent de l’AME. Ainsi face à la pluralité des sigles et des procédures, la personne en arrive à renoncer parfois à ses droits.
    Toutes ces vexations administratives qui se greffent autour de la procédure de la demande d’asile ont conduit inexorablement à un développement des situations d’attente et parfois de non droit. La vie quotidienne des uns et des autres placée sous le signe de l’attente, rapporte la CNCDH. Ainsi la difficulté des procédures mises en place par les différents Etats européens, pour répondre au dispositif législatif de l’espace européen conduisent les associations à multiplier leur champ d’action pour faciliter la mobilité des demandeurs d'asile.

    Rôle des réseaux associatifs dans les mobilités internationales et internes des demandeurs d’asile
    Les nombreux bouleversements législatifs demandent aujourd’hui des compétences de tous les intervenants travaillant dans le domaine de l’asile. Les frontières aéroportuaires, qui deviennent des nouveaux lieux de crispation des politiques migratoires et d’asile dans les Etats de l’Union européenne, ne cessent de montrer « l’abandon progressif des principes de l’asile sous la pression de la logique du contrôle des flux migratoires » . En France, depuis 1995, le nombre de demandeurs d’asile a régulièrement augmenté, passant de 521 à 7392 demandes par an, dont 96% des enregistrements se situent à l’aéroport de Roissy. Les 4% restant se répartissent entre les aéroports d’Orly (2% environ), Lyon, Nice et les ports de Marseille et Calais. L’importance des arrivées comptabilisées par les autorités administratives dans la région parisienne, a induit logiquement les lieux de la dernière campagne d’observation : les zones d’attente de l’aéroport de Roissy et le tribunal de grande instance de Bobigny.

    NB: Pour l’année 2000, l’effectif de la série [Nombre d’étrangers n’établissant pas de demande d’asile] n’a pas été inclus dans la catégorie de données.

    Les demandeurs d’asile aux frontières : des chiffres erronés ?

    Il semble exister une corrélation étroite entre l’évolution de l’histogramme ci-dessus et le temps de présence des associations dans les zones d’attente.
    Avec la loi « 35 quater » du 6 juillet 1992 légiférant les zones d’attente, le nombre d’étrangers maintenus à la frontière et qui ne requièrent pas l’asile apparaît dans les statistiques du ministère de l’Intérieur. En effet, les revendications des associations ont au moins permis de clarifier certaines situations aux frontières. Si la loi du 6 juillet 1992 précisait qu’un décret à venir autoriserait le HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés) et certaines associations à accéder à ces différents lieux, il aura fallu attendre trois ans avant sa mise en place (2 mai 1995). Ainsi cinq associations vont être habilitées (avec cinq représentants chacune) à effectuer une visite par zone et par trimestre. Durant toute cette seconde phase (de 1993 à 1997) où l’accès des associations a été très limité, le nombre de demandeurs d’asile est resté relativement stable. Les sources statistiques étant en lien avec les autorités qui dictent les politiques migratoires, on peut émettre l’hypothèse que ce graphique ne retranscrit pas la réalité dans son ensemble. En effet, les rares visites des associations ont révélé deux faits essentiels. Tout d’abord, il y a des étrangers qui sont refoulés aux contrôles aux frontières sans que leur demande d’asile ne soit prise en compte. Ils n’apparaissent donc dans aucune statistique. Puis dans la catégorie des étrangers non requérant à l’asile, il existe des candidats à l’asile qui ne sont pas enregistrés en tant que tels.
    Le décret du 17 juin 1998 a modifié sensiblement l’accès des associations dans les zones d’attente. Il permet désormais à chaque organisme d’effectuer huit visites par zone et par an. Pour cela, chaque association a la possibilité de demander l’accréditation de dix visiteurs auprès du ministère de l’Intérieur pour une durée de trois ans. Aux cinq premières associations habilitées, trois autres se sont rajoutées : Médecins Sans Frontière, le MRAP et Forum Réfugiés. Cette évolution législative et l’intérêt grandissant des associations concernant l’accès au territoire des étrangers, semblent avoir fait évoluer les chiffres de ces trois dernières années. Ainsi, de 1998 à 2000, le nombre de demandeurs d’asile a été multiplié par sept. Même s’il ne faut pas négliger des facteurs externes tels que le coût moindre des transports aériens ou l’organisation de certaines filières support de ces mobilités, la présence associative ne cesse de révéler la présence de personnes étrangères en zone internationale dont les demandes d’asile ne sont pas prises en compte .
    Si ces différentes visites permettent de dénoncer les difficultés d’enregistrement des demandes d’asile, elles soulignent aussi de plus en plus les conditions déplorables de détention des requérants. Aucune assistance ne semble leur être apportée. Les différents entretiens sont assez éloquents à ce sujet. Ainsi plusieurs personnes ont évoqué que dans la zone internationale ils n’avaient rien mangé, excepté quelques aliments offerts par certains passagers en attente d’un vol ; et leur seule « literie » étaient les banquettes de l’aéroport.
    Depuis la fin de l’année 2000, la présence associative au sein des zones d’attente s’est renforcée avec la mise en place d’une permanence téléphonique. Ce système géré par plusieurs associations permet à certains étrangers maintenus en zone d’attente d’être informés de leurs droits. Ces contacts se déroulent de différentes manières : soit les permanents contactent les personnes au niveau des cabines téléphoniques dans la zone d’attente, à l’aide des différents numéros que les visiteurs ont auparavant relevés ; soit les étrangers ou des membres de leur famille, voire des amis, appellent pour signaler des irrégularités ou ne serait-ce que leur présence en zone d’attente.
    Toutes ces initiatives associatives sont prises afin d’aider les demandeurs d'asile et d’apporter des éclairages utiles sur le déroulement actuel des procédures relatives au placement des étrangers en zone d’attente. Les deux campagnes d’observations qui se sont déroulées dans les zones d’attente de Roissy et au tribunal de grande instance de Bobigny lors des audiences « 35 quater »s’inscrivent dans ce processus.

    Conditions de maintien des demandeurs d’asile dans la zone d’attente de Roissy

    Si à ce jour les associations rencontrent des difficultés à aider les demandeurs d’asile dans ces lieux de détention et à observer ce qui s’y passe, il est en revanche possible de se rendre aux audiences « 35 quater » : le seul moment public de la procédure. Car si cette publicité des débats permet de saisir le déroulement de ce « cheminement », elle laisse aussi entrevoir les conditions de maintien en zone d’attente.
    La zone d’attente de Roissy est composée de plusieurs lieux dispersés sur le site de l’aéroport. Il y a tout d’abord les postes de police situés dans les terminaux, où les conditions d’hygiène sont généralement dégradées. Ensuite il existe plusieurs salles de correspondance où la vétusté est semblable à celles des lieux précédents. Dans ces salles exiguës, surchauffées, des étrangers maintenus à la frontière sont amenés à manger et dormir. C’est ainsi que lors de la visite du 28 janvier 2001, un officier de police indiquait à un membre de l’Anafé que les différents brancards et couvertures avaient fait office de matelas pour les nuitées de plusieurs personnes . Enfin, il y a les lieux d’hébergement en dehors des terminaux. Si, de 1992 à 1999, deux étages de l’hôtel Ibis avaient été réquisitionnés par l’administration ; dernièrement, deux nouveaux centres ont été mis en place face à l’augmentation des étrangers arrêtés à la frontière. Dans un premier temps, en juillet 2000, le centre de rétention administrative du Mesnil Amelot a concédé quelques places afin de désengorger les locaux précédents. Puis il a été construit un nouvel établissement en limite de l’aéroport appelé ZAPI 3 . Si ce dernier bâtiment constitue indéniablement une amélioration des conditions de maintien, il n’en demeure pas moins que des irrégularités de procédure perdurent dans ces espaces en bordure des grandes métropoles.
    Le non-respect des droits des demandeurs d’asile se situent à plusieurs niveaux. Il y a tout d’abord pour ces requérants la difficulté de faire enregistrer leur demande lors de leur arrivée. Cela se traduit par l’insuffisance de l’interprétariat, une liberté de communication limitée avec l’extérieur, la violation du jour franc , voire des allégations de violence. D’autres complications peuvent aussi se produire par la suite.
    La durée maximale de détention prévue par la loi est de vingt jours. Cependant au bout de quatre jours, une personne ne peut être maintenue en zone d'attente que sur décision du juge du tribunal de grande instance compétent. Une procédure qui peut se renouveler une seule fois le douzième jour pour prolonger le maintien. Les observations effectuées, lors des audiences, ont montré que le comportement des juges peut être extrêmement variable : l’audition d’une personne est susceptible de se faire en moins de trois minutes lors des journées de fortes affluences ! La demande d’asile peut aussi ne pas être étudiée. Les explications fournies par le juge à l’intéressé divergent suivant les situations. Ainsi des magistrats mentionnent systématiquement aux demandeurs d’asile, auxquels ils viennent d’autoriser l’entrée sur le territoire, d’aller chercher un sauf-conduit nécessaire pour retirer un dossier de demande de statut de réfugié dans des délais raisonnables . En outre, dans certains cas, il ne sera rien dit sur la démarche à effectuer. Dans cette dernière situation, seule la présence de bénévoles de la Croix Rouge à ces audiences permet de palier de temps en temps cette difficulté. Si ce n’est le cas, des personnes sont ainsi amenées à affronter une ville qu'ils ne connaissent pas et peuvent être sujets à des filières de travail clandestin, voire à des réseaux de prostitution.

    Ces enjeux humains pour la consolidation des frontières, élaborés par les acteurs politiques et administratifs européens, laissent donc entrevoir à différentes échelles un nouveau découpage de l’espace pour en rendre la gestion plus efficace (pays tiers, accords de réadmission, zones d’attente dans les aéroports,…). Cela a donc entraîné des restrictions pour limiter l'accès à ces personnes dans les "pays d'accueil" mais aussi un durcissement dans les procédures de la demande d’asile et des interprétations plus étroites de la notion de réfugié.
    Ainsi la frontière est devenue un moyen privilégié pour endiguer le flux des migrants des « pays du sud », sur laquelle des réseaux associatifs de défense des étrangers développent leurs actions afin de favoriser des conditions d’accueil dignes de ce nom.

  • Panel Improviser la ville contemporaine : Citoyens, Architectes et Inventeurs : 07/12/2012

    En écho à la Biennale du Design d'Istanbul, l'IFEA - en collaboration avec l'Université de Bilgi - organise le vendredi 7 décembre 2012 à 18h une table ronde sur le thème de la participation citoyenne dans les projets urbains contemporains.

    Intervenants

    Ouverture : Jean-François Perouse / urbaniste, directeur de l'IFEA
    Modératrice : Asu Aksoy / professeure associée, Faculté de Communication, Université Bilgi, département "Arts and Cultural Management"
     
    Şükrü Aslan / Urbaniste, Université Mimar Sinan, département de Sociologie
    Gökhan Karakuş / architecte indépendant, critique d'architecture
    Yaşar Adanalı / chercheur et activiste, spécialiste de la participation citoyenne dans les projets urbains
    Hüseyin Çevik / entrepreneur (Inovacons.com)
    Adil Tekirdağ / propriétaire de Adil Kebap Dürüm
    Nil Aynalı / architecte, curateur assistant de l'exposition 'Musibet', Biennale de Design d'Istanbul

    Informations complémentaires : blog de l'OUI

    Vendredi 7 décembre à 18h à l'IFEA
    Conférence en turc
    Demandes d'information :Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
     
  • Pierre Sintes : La métropole athénienne dans les parcours migratoires

    Présentation et difficultés méthodologiques

    Le sujet de mon doctorat, “ Les Albanais en Grèce, réseaux, mobilités et territoires ” a pour but d’étudier la migration albanaise, son organisation et son impact sur l’espace grec. Comme le suggère l’intitulé, l’étude de la mobilité constitue une part importante de la compréhension de cette migration de travailleurs. Ceci implique l’étude des filières et la reconstitution des itinéraires afin d’en décrypter les logiques spatiales.

    Cette approche combine trois échelles : la migration (ici, internationale) depuis le pays de départ qui est à l’origine de la formation de l’identité groupale ; les mobilités résidentielles locales, caractéristiques des cycles de vie familiaux, productrices des territoires locaux de référence et les mobilités quotidiennes, élément important de l’espace vécu.

    Cet objectif pose certains problèmes relatifs à l’étude des mobilités proprement dites d’une part et aux particularités de cette migration d’autre part. En effet, le groupe considéré est sans doute fort de 300 000 à 500 000 personnes réparties sur l’ensemble du territoire grec, dont une grande partie y réside clandestinement.

    Dans un domaine aussi mouvant, marqué par le nombre important des clandestins, les circuits informels et le caractère récent d’une immigration devenue massive , la méthode doit chercher à la fois à accéder aux sources statistiques et documentaires et viser à collecter directement des informations sur le terrain. De ce point de vue, il est clair que l’étude ne peut prétendre à l’exhaustivité. Il est nécessaire, en fonction des thèmes caractéristiques de cette migration de travail, de sélectionner des fenêtres de recherches permettant des études thématiques transversales les plus représentatives possibles. Il s’agit de l’unique voie praticable pour saisir un phénomène de cette ampleur et affiner ainsi les données nécessairement sans nuances et incomplètes de l’appareil statistique.

    “ Les Recensements généraux de population sont les sources les plus utilisées mais ce sont des instruments mal adaptés à la connaissance de la mobilité spatiale. L’ampleur des franchissements clandestins rend encore plus inutilisable cette source (…) L’information statistique recueillie dans la majorité des pays de départ n’est guère satisfaisante et ce constat de carence renforce pour le chercheur la nécessité de procéder à des études de terrain ” .

    Ainsi, ma démarche consiste, dans un premier temps, à la récolte la plus large d’informations statistiques relevées par un gouvernement grec dépassé par le nombre et, par la suite, de les confronter à la réalité du terrain appréhendée par le biais d’entretiens.

    Dans ce dernier domaine, j’ai été contraint de limiter ces expériences de terrain à certaines zones choisies pour leur “ représentativité ” des différents espaces dans lesquels s’installent des Albanais en Grèce : une zone du nord de l’agglomération athénienne (zone industrielle et résidentielle de classe moyenne et populaire / nord-ouest de la capitale), un espace agricole actif, la plaine de Corinthe (la Voha), un espace frontalier (région de Konitsa et vallée de l’Avios / Sarandaporos) et un espace à dominante touristique (non encore prospecté). Ceci doit permettre de croiser dans chacune des zones les informations statistiques incomplètes et peu représentatives avec les observations de terrain. Le choix de ces terrains prend en compte les traits dominants de la géographie du pays et permet d’accéder à des espaces jouant un rôle précis dans l’organisation de l’espace grec. Ceci doit permettre d’examiner les conditions d’insertion des migrants sur chacun de ces terrains mais aussi de saisir le rôle de ces espaces dans des stratégies qui, au gré des opportunités, peuvent en intégrer plusieurs.

    Dans le cas ici retenu de l’étude des rapports entre la métropole athénienne et les parcours migratoires des étrangers dans le pays, on montrera comment les informations recueillies dans les différents champs décrits ci-dessus apportent des éléments complémentaires permettant une étude plus fine de la logique migratoire.

    L’importance relative d’Athènes dans l’accueil des migrants

    L’importance d’Athènes peut se mesurer grâce à quelques éléments chiffrés donnés par les autorités du pays. L’Institut National de la Statistique (ESYE) donnait en 1998 66% des Albanais en Attique mais, à cette époque, les chiffres ne présentaient pas une grande fiabilité et il a fallu attendre le début des campagnes de régularisation pour avoir une image plus fiable de cette répartition et de la place qu’y occupe la capitale.

    Mais avant d’en présenter les résultats, il convient d’introduire quelque peu cette source. A la fin des années 1990, la Grèce est déjà un pays d’immigration puisque le pays accueille depuis une vingtaine d’années des immigrants en provenance des pays africains et asiatiques qui ont vu se fermer leurs débouchés traditionnels ; mais, surtout, à partir de 1990, les bouleversements politiques en cours en Europe centrale et orientale ont permis la réalisation du potentiel migratoire qui existait entre la Grèce et les pays du sud-est européen (les PECO). Pourtant, les autorités ont attendu 1998 pour mettre en place une politique de régularisation des travailleurs clandestins estimés alors à plusieurs centaines de milliers de personnes, en très grande majorité issue de l’Albanie voisine.

    Cette politique visait à octroyer à une population de travailleurs vivant dans le pays depuis plusieurs années des conditions de séjour décentes et surtout à un contrôle des flux réclamé par une opinion publique associant hâtivement immigration et insécurité. Cette démarche est obligatoire pour les immigrés entrés illégalement en Grèce avant 1998. Elle fait suite à un décret présidentiel de 1997 entré en application le 2 janvier 1998, date à laquelle la quasi-totalité des immigrés économiques présents sur le territoire grec était en situation irrégulière. Cette démarche a été accomplie par 371 641 personnes parmi lesquelles 138 262 ont obtenu une carte verte avant avril 2000. Ce document est un permis de séjour et de travail délivré aux personnes entrées clandestinement sur le territoire grec leur permettant de régulariser leur situation administrative.

    Les résultats de ces démarches permettent d’obtenir, pour la première fois, un aperçu de la population étrangère sur l’ensemble du territoire grec. Selon l’OAED (Office du travail et de la main d’œuvre) d’Athènes, les proportions globales d’étrangers ayant fait une demande de régularisation atteignent les 40% de l’ensemble de cette population et varient considérablement selon les nationalités des demandeurs.

    Ainsi, certains groupes nationaux ne sont présents quasiment que dans l’agglomération athénienne alors que d’autres se retrouvent dans de nombreuses régions du pays. Le premier de ces groupes, constitué par des personnes originaires des pays les plus lointains (Moyen et Extrême Orient ou Afrique), est concentré dans la capitale à hauteur de 70% voire 80%. A ce groupe, s’oppose celui constitué par les immigrés venus d’Europe orientale qui présente une répartition plus diffuse sur le territoire grec et dont la concentration dans la région capitale est proche de la concentration moyenne de 40%. Tout se passe en fait comme si cette concentration était fonction de la distance entre la Grèce et le pays d’origine.

    La tendance mondiale à l’amélioration des relations entre les grandes villes favorise cette concentration des immigrés dans les têtes de réseaux urbains, représentant aussi les têtes des réseaux de transports. Athènes se trouve à la croisée des réseaux mondiaux dans le domaine des transports aériens et, de la même manière, la force de sa consommation l’inscrit dans des réseaux de distribution routier et maritime qui peuvent être, à l’occasion, empruntés par des courants migratoires clandestins. Cette position explique cet “ effet tunnel ” constaté pour la migration de longue distance.

    Pour le second groupe, les formes mêmes de la migration (à pied ou en bus) auxquelles sont accoutumés, entre autres, les Albanais, permettent de développer sur la route certaines étapes vers des lendemains meilleurs. De la même manière, cette migration régionale fait intervenir une somme d’acteurs importants (passeurs, recruteurs, informateurs) qui ont tendance à ancrer les réseaux dans les territoires locaux et favorisent, par force, une répartition plus diffuse de la migration. Enfin, l’économie rurale est plus proche de celle du pays de départ et les paysans albanais ou bulgares travaillant dans les champs retrouvent leurs marques plus facilement ici que dans les grandes villes, voire trouvent des emplois en relation avec leurs savoirs-faire d’origine, comme la construction en pierres sèches pour les Albanais. Le calcul du taux de concentration permet donc de mettre en avant les deux types d’immigration qui touchent le territoire grec : l’une mondiale, l’autre régionale.

    On peut dégager de nouveaux éléments opposant ces deux types migratoires en observant la migration à une autre échelle. Depuis près d’une année, j’ai pu accéder directement aux demandes de régularisation des étrangers présents dans les quartiers du nord-ouest de la capitale grecque. Cette source permet de saisir une masse considérable d’informations concernant un grand nombre d’individus. D’après les résultats partiels des premiers dépouillements, l’opposition entre la migration régionale et la migration de longue distance (respectivement représentées ici par les immigrés Albanais et Pakistanais) se précise et certaines hypothèses peuvent être avancées quant à son origine. Même si ces deux échantillons sont de taille comparable en valeur absolue et relative (191 Albanais contre 129 Pakistanais sur un total de 339 demandes dépouillées), les résultats sont très différents quand on s’intéresse à la zone d’origine des migrants. Si les Albanais viennent de différentes parties de l’Albanie (avec tout de même une prédominance pour le sud et le centre du pays), les Pakistanais, eux, sont très majoritairement issus de la province de Gujrat (75% des comptages) à 200 kilomètres au sud-est d’Islamabad.

    Cette information renforce l’opposition entre une migration régionale, qui aurait pour caractéristique une plus grande diffusion sur le territoire grec en des filières nombreuses et polymorphes, et une migration venant des pays moyen et extrême orientaux, solidement structurée autour de réseaux bien encadrés. Dans le cas des ressortissants pakistanais dans la zone couverte par l’OAED de Néa Ionia, il s’agit d’un seul et même réseau animé par des migrants d’origine commune.

    Par la création de cette base de données on peut donc accéder à un certain nombre d’informations (et ici je me limite à donner celles en rapport avec la place d’Athènes dans le parcours migratoire et ai laissé celles qui concernent les mobilités habituelles de travail ou résidentielles qui sont aussi accessibles) justifiant le travail long et fastidieux que constitue le dépouillement. Toutefois, comme souvent, les interprétations de la statistique demeurent limitées et ne peuvent pas rendre compte de la complexité des parcours migratoires. Cette difficulté devient évidente quand on s’intéresse à l’étude des migrations de rang 2 des étrangers.

    Athènes dans les migrations de rang 2 : terminus ad quem ou gare de triage ?
    Les étrangers présents sur le territoire grec n’en restent pas à leur première installation et nombreux sont ceux qui changent de lieux de travail et de vie en Grèce. Ces mobilités de rang 2 ont leur importance dans l’espace migratoire. La capitale s’y inscrit de manière inéluctable tant son rayonnement concerne l’ensemble de l’espace grec. Cet exemple vise à illustrer comment la statistique et les enquêtes de terrains permettent d’accéder à des résultats en apparence opposés mais en fait complémentaires.

    Si l’on considère les chiffres donnés par les services de l’Office National de la Statistique, on constate une baisse relative du nombre d’Albanais vivant à Athènes par rapport à celui des Albanais vivant dans l’ensemble de l’Attique.

    Evolution du poids du grand Athènes dans la communauté albanaise d’Attique

    1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997
    100% 92,86% 96,90% 92,60% 92,20% 91,50% 90% 89,01%

    Source : EYSE

    Tout se passerait comme si les immigrés se dirigeaient “ spontanément ” vers la capitale puis, par la suite, se redistribuaient vers d’autres lieux dans lesquels ils pourraient trouver plus facilement un emploi, vivre mieux, ou vers un point qui leur aurait été indiqué par un quelconque réseau.

    Nous avons confirmation de ce fonctionnement dans les discours de candidats à la migration. Des interviews menées auprès d’Algériens vivant depuis plusieurs années à Damas et tentant de passer depuis 3 ans en Grèce par la frontière turque corroborent cette hypothèse. En effet, une anecdote raconte qu’une personne avait réussi à tromper la vigilance des gardes frontières grecs sur l’Evros puis était partie, “ déguisée ” en paysan grec, sur les routes du pays… à bicyclette. Il était presque arrivé dans la ville (que mon interlocuteur francophone appelait Athina avec l’accent grec), qu’il tomba de vélo devant des policiers et commença à jurer… en arabe ; ce qui lui valu donc un contrôle d’identité et une reconduite rapide à la frontière. Ce récit et des remarques comme “ il avait presque réussi ”, “ c’est dommage, si près du but ” montrent bien que la capitale est ici l’objectif premier de ces migrants avant qu’elle n’agisse comme gare de triage vers d’autres destinations. Il est possible de trouver ces cas de figure dans la base de données en voie d’élaboration à l’OAED de Néa Ionia. Ici, c’est la force des filières qui apparaît : un groupe d’une dizaine d’Ukrainiennes qui avaient fait leur première demande de régularisation à Néa Ionia se retrouvent toutes à travailler à Lesbos deux ans après.

    La métropole jouerait donc une sorte de rôle de sas à l’échelle nationale ou internationale. Les migrants peuvent chercher à aller plus avant en Europe occidentale et on peut suivre leur cheminement au gré des faits divers . Les exemples pris par M. Pétronoti dans l’étude de la communauté érythréenne d’Athènes montrent comment le pays est devenu un marche-pied pour entrer dans l’Europe de Schengen.

    Pourtant, d’autres fonctionnements migratoires existent et font intervenir à un autre niveau l’influence de la métropole sur le territoire. Ceux-ci ne sont saisissables que par l’intermédiaire d’entretiens et de récits de vie. Compte tenu de la pénurie de main d’œuvre dans les campagnes, une migration de substitution s’est constituée depuis les années 1980 avec des Polonais puis, aujourd’hui, en grande majorité avec des travailleurs originaires d’Albanie voisine à partir de réseaux familiaux ou villageois faisant correspondre un point du territoire d’origine à un point du territoire d’accueil. C’est, par exemple, le cas d’un village de la province albanaise du Devoll, Miras, dont les hommes travaillent en grande majorité à Dilessi au nord de la plaine de Marathon. Parfois, différents groupes venus d’Albanie coexistent dans un même village grec mais chacun de ces groupes occupe une place qui lui est propre. Dans un village proche de Corinthe, Vohaïko, où les Albanais viennent des régions de Gjirokastër, Peshkopi et Shkodër, on a pu observer des degrés d’intégration à la société villageoise différents pour chacun d’entre eux.

    Mais par la suite, certains individus se redirigent vers Athènes, après plusieurs saisons effectuées dans le village où se rend leur “ groupe ”. Ceux-ci cherchent dans la capitale une ambiance plus sérieuse que celle des groupes de jeunes adultes, des emplois mieux rémunérés et peut-être un projet d’installation durable dans la capitale. Pour certains, Albanais de Peshkopi revus à Vohaïko, ils peuvent y concrétiser, au hasard des opportunités, leur désir d’ “ intégration ” par le mariage ou l’obtention d’un contrat de travail à Athènes, la grande ville offrant un plus grand nombre d’occasions.

    Ainsi, si la capitale peut s’inscrire dans des stratégies de déplacements saisonniers, elle n’en demeure pas moins un point de plus grande importance, de plus grande attractivité, dans la mesure où elle peut offrir un plus grand nombre d’opportunités aux migrants qui l’ont intégrée dans leur parcours. Elle remplie même un rôle “ de sécurité ” : “ si je n’ai pas assez de travail au village, j’irai quelques temps à Athènes pour me refaire ”.

    Dans ce cas, les acteurs de la migration de substitution suivent les traces d’une grande partie de ceux qu’ils sont venus remplacer… suggérant par là que les déséquilibres qui avaient provoqué le vide dans les campagnes grecques sont toujours actifs. Le phénomène migratoire se confirme bien comme la résultante d’une différence de potentiel géographique entre deux points de l’espace : l’Albanie et la Grèce, mais ici —dans un second temps— entre ville et campagne grecques.

    Cette dernière remarque nous pousse à nous interroger sur le degré d’autonomie du fonctionnement des mobilités internes du groupe immigré : chacun des deux mouvements reprend ici des mobilités propres à la géographie de la population grecque : qui l’exode rural, qui le desserrement des centres-villes. A l’heure où l’on met en avant la complexité des circulations, où tout semble individualiser les mobilités des groupes immigrés, on peut encore penser que ces collectifs sont soumis aux déséquilibres (différences de potentiel) des espaces qu’ils rencontrent, ici les déséquilibres ville / campagne (ou capitale / province) de la géographie grecque et que, comme les paysans grecs d’il y a 30-40 ans, ces déséquilibres déterminent bien des aspects de leurs stratégies et de leurs mobilités.

    Conclusion

    Ce travail en cours m’a montré à plusieurs reprises l’intérêt de la statistique mais aussi ses nombreuses limites. Cette constatation m’a poussé vers une nécessaire auto-production des informations par le biais du dépouillement des demandes de régularisation, par la constitution d’une base de données les concernant et par la pratique d’enquêtes réduites à des terrains bien circonscrits. Dans ce dernier cas, les informations recueillies par entretiens libres ou semi-dirigés permettent d’accéder à des éléments de la plus haute importance, mettant en lumière la complexité des rapports entretenus entre les communautés immigrées et l’espace du pays d’accueil.

  • Politiques énergétiques métropolitaines : le cas des villes turques : 29/05/2012

    PROGRAMME

    Séminaire organisé par l'Institut français d’études anatoliennes, l'Université de Galatasaray et Environnement Ville Société, CNRS-Université de Lyon
    Organisateurs : Eric Verdeil (EVS CNRS-Lyon University) – Jean-François Pérouse (Toulouse-II University/Galatasaray U.)
    Avec le soutien de la Région Rhône Alpes (Coopera 2012) et l'aide du LATTS (ENPC-Paris Est University)
    Lieu: Institut français d’études anatoliennes - Palais de France - Nur-i Ziya Sokak, 10 P.K.54 - TR-34433 - Beyoğlu - Istanbul
    Date : 29th May 2012, 9 :30 – 17:00.
    Une visite sur le terrain est prévue le 30 mai.
    http://calenda.revues.org/nouvelle23382.html
    Langue : les conférenciers interviendront en anglais ou donneront un résumé en anglais de leur communication.

    séminaire à l'Institut français d'études anatoliennes, co-organisé par Eric Verdeil (Université
    de Lyon Jean Moulin – UMR Environnement Ville Société) et Jean-François Pérouse (Université de
    Galatasaray et IFEA)
    Financement : Programme COOPERA (région Rhône-Alpes) – ANR TERMOS

    Consultez le compte-rendu d'Éric Verdeil sur le blog de l'OUI

  • Projection du documentaire Ekümenopolis 25/05/2011

    Séance de conclusion du séminaire "Mémoires et mobilités urbaines"
    Mercredi 25 mai à 18h00 à l'IFEA
    İmre Azem

    Projection du film Ekümenopolis

    Projection en turc.

  • Recherche à l'IFEA

    Pôles

    La recherche à l'IFEA se structure autour de pôles interdisciplinaires dans lesquels s'inscrivent les différents programmes menés par les chercheurs.

    Observatoires

    Deuxobservatoires, dédiés aux problématiques contemporaines et agissant comme des lieux d'accueil et de ressources, sont rattachés au pôle correspondant : l'Observatoire Urbain d'Istanbulet l'Observatoire de la Vie Politique Turque.
    L'observatoire du Caucase à Bakou était une antenne créée en 2003 dont les activités ont pris fin en août 2016.

    Axes transversaux

    Les axes de recherche transdisciplinaires à l'IFEA s'appuient sur le plus petit mais puissant dénominateur commun qu'est le territoire turc dans toute son ampleur, ainsi que ses langues. Ces axes transversaux – qui fondent en partie l’identité et la spécificité de l’équipe sont matérialisés par les travaux et rencontres scientifiques inscrites au programme de l'institut.

     

  • Réinterroger le quartier, à partir d'Istanbul en proie aux transformations

    Réinterroger le quartier, à partir d'Istanbul en proie aux transformations

    Axe de recherche mené par Cilia Martin, Jean-François Pérouse et Mina Saïdi

     
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    On peut dire sans abus que L'IFEA a d'ores et déjà une tradition de recherche sur le quartier, son Observatoire Urbain d'Istanbul – fondé en 1989 – travaillant beaucoup à cette échelle. En somme, le parti pris adopté de facto pour l'approche de la métropole a été celui de l'entrée par le quartier, en rupture avec la vision orientaliste du quartier inhérente au prétendu modèle de la « ville orientale » (Raymond, 1995). Les muhtar comptent parmi les premiers interlocuteurs sollicités lors des excursions urbaines de l’OUI et  le président de l’association des maires de quartier d’Istanbul avait été l’un des premiers invités du séminaire-OUI de l’année 2000-2001. Comme si l'immensité métropolitaine difficilement abordable dans sa totalité ne pouvait être saisie qu'au travers de ces unités de vie, de perception, d'identification et de gestion que sont les quartiers.
    Le quartier a donc été et reste un prisme d'analyse, c'est aussi un catalyseur d'interdisciplinarité, dans la mesure où historiens, anthropologues, sociologues, géographes, architectes et urbanistes peuvent s'y retrouver, à l'instar du séminaire organisé en 2000 à l'IFEA par Işık Tamdoğan.

    Contexte

    Au début des années 2010, le contexte métropolitain – et l'ivresse de la référence à l'échelle globale qui s'est emparée des édiles -  semble défier le quartier comme unité de gestion administrative et politique. On assiste donc à une mise en cause du quartier, qui convoque à la fois les pratiques de mobilité des ménages (une étude récente a révélé que les Stambouliotes changeaient de logement en moyenne tous les deux ans et demi), la puissance des réseaux et des sociabilités réticulaires (plutôt que celles déployées dans la proximité physique) et surtout les politiques de transformation urbaine (kentsel dönüşüm) dont Istanbul est la proie. La perspective annoncée d'un renouvellement de la moitié du bâti de la métropole d'ici vingt ans donne la mesure des bouleversements engagés. Or cette politique prioritaire est conduite par le centre politique – Premier ministre, Conseil des ministres et ministère de l'Environnement et de l'Urbanisme – dans un mépris total des pouvoirs locaux au nombre desquels compte la mairie de quartier (muhtarlık) dont le responsable est élu au suffrage universel tous les cinq ans. Le régime dominant de transformation se déploie dans la négation du local. Cela semble même être une des conditions de son efficacité, la consultation étant jugée comme une perte de temps au regard des objectifs quantitatifs des promoteurs de cette politique. En 2008 une simplification radicale du maillage des quartiers administratifs avait déjà entraîné, surtout dans les arrondissements centraux, la suppression sans appel de nombreux quartiers administratifs, dont certains avaient pourtant une très longue histoire. Certains parlent même d'une suppression totale du quartier comme plus petit échelon d'administration locale, dans les grandes métropoles en tout cas.
    Dans ce contexte, le quartier comme unité de vie – voire comme communauté imaginée – connaît un réinvestissement que l'on peut qualifier de compensatoire. Ce qui se perd en pertinence politique et en cadre de vie quotidien, pour des populations qui travaillent loin de leurs lieux de résidence, paraît se reconvertir en communauté de sentiments rêvée. Le principal réinvestissement affectif à l'oeuvre à Istanbul est le fait des milieux conservateurs qui tendent à exalter le quartier comme unité sociale, humaine, base de la conservation des « vraies valeurs nationales » et de la résistance contre l'atomisation et la modernisation. Dans cette
    vision, le quartier est une unité équilibrée, protégée et stabilisée par  un ensemble de régulations « naturelles », avec ses jeunes et ses vieux, ses riches et ses pauvres, ses hommes et ses femmes, ses humains et ses animaux, ses savants et ses simples d'esprit, ses figures invariables de l'autorité et ses institutions repères (mosquée, école, épicerie... ). Le nombre de publications à caractère nostalgique, vantant les charmes perdus des quartiers ottomans d'antan (Bayramoğlu Alada, 2008), est d'ailleurs impressionnant, sans parler des séries télévisées ou des articles de presse (quotidiens ou magazines). Cette nostalgie du quartier est à la fois une reconstruction idéalisatrice du passé et l'expression d'un conservatisme politique et moral. Le projet conservateur du Parti de la Justice et du Développement (AKP) passe ainsi par un réinvestissement physique des quartiers par une action de proximité développée en direction des femmes, des enfants et des personnes âgées, et par de nouvelles institutions comme le médecin de famille, l'imam de famille et le konak de proximité (semt konağı). Cette dernière institution, qui interfère avec la mairie locale, ne tire pas sa légitimité du suffrage universel comme celle-ci, mais du parti qui en a fait un vecteur de son influence et du contrôle social local, au cœur des territoires de vie quotidiens.

    (Ré)investissements

    L'économie immobilière n’est pas en reste dans ce réveil. Elle s'est aussi emparée de cette nostalgie, en commercialisant la référence au « quartier traditionnel » et à ses supposées incomparables valeurs d'urbanité, dans une reformulation opportuniste du principe « small is beautifulnbsp;». Cela conduit parfois les promoteurs, tout comme les concepteurs de centres commerciaux d'ailleurs, à produire des pastiches de quartier ressemblant à de mauvais décors de
    série télévisée. L’ouverture fin 2012 dans un centre commercial très chic de tout un étage dénommé «nbsp;Quartier/Mahalle » semble confirmer cet usage croissant de la référence décontextualisée au quartier par l’économie urbaine de la consommation. Le petit commerçant de quartier, atrophié par le développement des centres commerciaux, est récupéré comme simple icône « hors sol », dans le cadre de ces mêmes centres.
    Parallèlement un réinvestissement politique peut s'opérer selon d'autres modalités, comme celui enregistré après le tremblement de terre d'août 1999 où certains habitants d'Istanbul ont réalisé que face aux risques sismiques seule une organisation à l'échelle locale était réellement
    efficace. Il en est résulté un regain du phénomène associatif à l'échelle des quartiers, par réactivation d'associations récentes ou créations ex-nihilo. Les luttes écologistes et les mobilisations contre la transformation urbaine ont aussi pour effet de réactiver le quartier en tant qu'échelle et cadre de contestation, comme on l'a vu dès 1994 à Arnavutköy – contre, déjà  !, un tracé de troisième pont routier sur le Bosphore -, et dans des dizaines de quartiers désormais dressés contre la perspective d'une destruction, d'une éviction et de déplacements forcés. En ce sens, la transformation urbaine peut participer, dans certaines conditions, à la recristallisation d'une conscience de quartier, comme on l’a vu à la suite de la révolte du parc de Gezi de juin 2013.
    Certaines organisations de
    gauche radicale, à l’instar des « Maisons du Peuple » (Halkevleri) participent aussi au réinvestissement politique du quartier, à la fois au niveau symbolique – en exaltant la mémoire des mouvements révolutionnaires dans les quartiers au cours des années 1970 (Aslan, 2004) - et au niveau pratique, en implantant des associations de quartier, en favorisant les mobilisations à cet échelon, voire en noyautant certaines mairies de quartier (Yıldız, 2013). Suivant l’invitation du sociologue Ali Şimşek (2008), la gauche turque semble redécouvrir cette unité sociale concrète.
    Le quartier à Istanbul, dans ce contexte contradictoire et stimulant, n'est donc pas un objet d'étude
    obsolèteque la recherche aurait épuisé. Sa polymorphie et les formes d'investissement qu'il polarise encore en font un analyseur inépuisable des dynamiques urbaines. Pour l’étude des populations captives – par l’âge, le sexe, la langue, un handicap physique ou la position socio-économique – l’entrée par le quartier paraît particulièrement adaptée et même indispensable. C’est comme si, à l’heure des mobilités et des mises en réseau démultipliées pour certains, le quartier ne restait une réalité que pour les plus démunis et les plus invisibles. Ne serait-ce qu’à ce titre, il mérite la plus haute attention.

    Réinterroger”, pour faire écho à notre : « ‘Interroger le quartier’  : quelques repères terminologiques et méthodologiques », Anatolia Moderna/Yeni Anadolu, n°X, Istanbul, IFEA, 2004, p. 127-130.


    Le tableau d'İbrahim Sâfi (1899-1983) intitulé “Eski İstanbul Mahallesi” (Vieux quartier d'Istanbul) a parfaitement fixé cet imaginaire archétypal du quartier.

    Citons ici juste quelques titres d'articles parus récemment : “Je veux qu'on me rende mon quartier”, Gezinti, automne 2003, p. 28-32, “Pourquoi avons-nous cessé de faire le salut du matin?”, Zaman-Cumartesi, 17 février 2007, p. 7, “Avant il y avait les mères de quartier; à chaque souci on accourrait à elles” (Star, 15 avril 2012, p. 1), “Êtes-vous un bon voisin?”, Zaman-Cuma, 27 avril 2012, p. 7, “Qui est donc mon voisin de palier?” (Yeni Bahar, 3 mai 2012, p. 34-35), “Les imams de quartier à l'époque ottomane” (Yeni Bahar, 3 mai 2012, p. 6-7)...

    Le complexe résidentiel fermé développé en 2012 par le groupe Neo Vista au nord-ouest de l’aire urbaine joue beaucoup sur cette référence au quartier; “La vie de quartier a été greffée, avec des prix qui commencent à 760 000 TL”, Dünya, 22 mars 2012, p. 16. On pourrait croire à une plaisanterie, eu égard aux prix proposés...

    Voir Mehmet Tez, “Nous sommes devenus américains, bravo” (en turc), Milliyet-Cumartesi, 26 janvier 2013, p. 2.

    Voir notre: “Catastrophes, risques sismiques et redécouverte de la dimension locale à Istanbul », In  : Coanus T. et Pérouse J.-F. (éd.), Villes et risques. Regards croisés sur quelques cités «  en danger,  » Economica, Anthropos, 2006, p. 56-78.

    Voir sur cet aspect  notre : “Katmerli mağdurların muhalif olma hakkı yok. Ayazma’da neden yerel bir muhalefet oluşamadı?” (Les victimes multiformes n’ont pas le droit à l’opposition. Pourquoi aucune résistance n’a pu émerger à Ayazma  ?), İstanbul Dergisi, Nisan 2008, n°63, pp. 26-29.

    Voir Can Uğur: “Regard sociologique sur les quartiers de gecekondu : qui dit quartier dit voisinage et solidarité” (en turc), Birgün, 30 décembre 2012.

    Le “Netherlands Institute inTurkey” travaille depuis 2012 aussi beaucoup à cette échelle, en focalisant sur un quartier-parangon, celui de Tophane à Beyoğlu ; consulter :http://www.nit-istanbul.org/NITTophaneHeritageProject.pdf

    Comme le prouve le compte-rendu récent : Virgilio Pinto Crespo, « Biographie d’un quartier de Madrid », La Vie des idées, 17 juillet 2013. ISSN  :  2105-3030. (URL  : http://www.laviedesidees.fr/Biographie-d-un-quartier-de-Madrid.html (dernière consultation  : 19 juillet 2013).

    {tab=Bibliographie}

    • Aslan Ş. (2004), Bir Mayıs Mahallesi. 1980 Öncesi Toplumsal Mücadeleler ve Kent[Le quartier du Premier Mai. Luttes sociales et ville avant 1980], İstanbul, İletişim.
    • Ayverdi H. (1965), Fatih Devri Sonralarında İstanbul Mahalleleri, Şehrin İskânı ve Nüfusu, Ankara: Doğuş Matbaası.
    • Bayramoğlu Alada A. (2008), Osmanlı Şehrinde Mahalle [le quartier dans la ville ottomane], İstanbul: Sümer.
    • “Dünya’nın merkezi Mahallemiz” II [Le centre du monde, notre quartier], Kebikeç, 20, 2005.
    • Kara İ. & A. Birinci (1997), Mahalle mektebi hatıraları [Souvenirs de l’école de quartier], İstanbul : Kitabevi.
    • Osmanlı Mahalleleri Atlası, Atlas Dergisi özel kolleksyion 2011, İstanbul: DB.
    • "Aux marges de la métropole stambouliote : les quartiers Nord de Gaziosmanpaşa, entre varoş et Batıkent", Cahiers d'Etudes sur la Méditerranée Orientale et le monde Turco-Iranien ("Métropoles et Métropolisation"), CERI/FNSP, Paris, 1997, n°24, p. 122-162.
    • « Lettre d’Istanbul. Le quartier d’Ayazma »,   Mediterraneans-Méditerranéennes, Paris, nº12, octobre 2001,   p. 320-323.
    • «  Göz ardı edilen bir mahalle  ?  Küçükçekmece Ayazma mahallesi» (Ayazma à Küçükçekmece, un quartier tenu à l‘écart?), İstanbul Dergisi, Ocak 2002,   n°40, p.  81-83
    • «  Les métamorphoses de ‘Gazi Mahallesi’  : formation et dilution d’un quartier périphérique d’Istanbul  », Anatolia Moderna/Yeni Anadolu, n°X, Istanbul, IFEA, 2004, p. 189-204.
    • « Ayazma (Istanbul)  : une zone sans nom, entre stigmatisations communes et divisions internes  », in  : J.-L. ARNAUD (dir.), L'Urbain dans le monde musulman de Méditerranée, Paris  : Maisonneuve & Larose, 2006, pp. 155-174.
    • Raymond A. (1995), "Ville musulmane, ville arabe : mythes orientalistes et recherches récentes", in J.-L. HERVE, J.-C. BIGET(coord.) Panoramas urbains, situation de l'histoire des villes,  Fontenay/St-Cloud, E.N.S. Editions, p. 309-336.
    • Şimşek A. (2008), «La gauche doit bien lire les quartiers » (en turc), Birgün, 20 avril 2008, p. 11.
    • Yıldız E. & Oda Projesi (2013), Kendi sesinden Gülensu-Gülsuyu [Gülensu-Gülsuyu, de l’intérieur], Ankara, Nota Bene.

    {/tabs}

  • Revue Urbanisme No.374

    Dossier spécial sur Istanbul
    préparé par
    Nora Şeni, Jean-François Pérouse etYoann Morvandans la Revue UrbanismeNo.374, sept.-oct. 2010

  • Séminaire Istanbul 2010

    Recherches autour d'« Istanbul 2010. Capitale européenne de la culture » 
    Organisé parYoann Morvan
  • Séminaire Istanbul ville durable 2009

    “Istanbul, ville durable? Questionnements, débats, expériences de terrain et perspectives croisées”
    Organisé par Jean-François Pérouse

    PROPOS : On peut commencer par une question naïve : au-delà des incantations souvent intéressées des politiques et de certains segments de la “société civile”, la plus grande agglomération du pourtour méditerranéen se cartactérise-t-elle par un mode de développement durable? Plus que nombre de questions qui occupent l’agenda de recherche, cette question nous semble centrale. L’OUI se propose, en relation avec ses partenaires, d’apporter quelques éléments de réponse et de réflexion. L’idée est à la fois de prendre connaissance des initiatives prises à Istanbul et de mettre en relation des acteurs convaincus par les mêmes nécessités. En effet, l’urgence d’une action plus intégrée et territorialisée est grande, comme les inondations de début septembre 2009 l’ont tragiquement rappelé, qui ne sont pas seulement un sale coup de la providence. L’approche sera celle des sciences sociales soucieuses d’interroger et de refonder l’action publique, les politiques environnementales ne souffrant pas la morcellisation ou les actions de court terme.

    Le séminaire se tient un mercredi (18h / IFEA) par mois :

  • Séminaires 2009/2010 Istanbul, ville durable?

    “Istanbul, ville durable? Questionnements, débats, expériences de terrain et perspectives croisées”
    Organisé par Jean-François Pérouse

    PROPOS :On peut commencer par une question naïve : au-delà des incantations souvent intéressées des politiques et de certains segments de la “société civile”, la plus grande agglomération du pourtour méditerranéen se cartactérise-t-elle par un mode de développement durable? Plus que nombre de questions qui occupent l’agenda de recherche, cette question nous semble centrale. L’OUI se propose, en relation avec ses partenaires, d’apporter quelques éléments de réponse et de réflexion. L’idée est à la fois de prendre connaissance des initiatives prises à Istanbul et de mettre en relation des acteurs convaincus par les mêmes nécessités. En effet, l’urgence d’une action plus intégrée et territorialisée est grande, comme les inondations de début septembre 2009 l’ont tragiquement rappelé, qui ne sont pas seulement un sale coup de la providence. L’approche sera celle des sciences sociales soucieuses d’interroger et de refonder l’action publique, les politiques environnementales ne souffrant pas la morcellisation ou les actions de court terme.

    Le séminaire se tient un mercredi (18h / IFEA) par mois :

    • 18 novembre :De quoi les inondations de septembre 2009 à Istanbul sont-elles le symptôme ? “Catastrophe”, mémoire locale et impossible territoire de destin.
    Introduction du séminaire par Jean-François Pérouse
    • 23 décembre : Initiatives en matiere d'énergies renouvelables de la mairie métropolitaine d'Istanbul.
    Invités : Muhammet Garip (directeur de l'Eclairage public et de l'Energie / Mairie Métropolitaine d'Istanbul) (Istanbul Enerji Genel Müd.)
    et Yıldız Koç (membre de la direction de l'Eclairage public et de l'Energie / Mairie Métropolitaine d'Istanbul)
    • 20 janvier : Restructuration du cadastre et terrains forestiers (de type 2B) déclassés
    {flv}20012010_Bekir_Cantemir{/flv}
    Invité : Bekir Cantemir (ingénieur, cartographe)
    Cliquer ici pour voir laCarte des terrains de type 2B
    • 24 février : Pollution atmosphérique et types de chauffage à Istanbul. Instances compétentes, méthodes et intitiatives.
    Invité : Bernard Cornut (Ademe)
    Cliquer ici pour plus d'informations surBernard Cornut
    • 24 mars : Politique de transports et sensibilité environnementale : la polémique sur le troisieme pont du Bosphore, les transports "doux" et le développement des transports en site propre.
    Invités : Haluk Gerçek (Prof. Dr. ITÜ) et Ulaş Akın (IMP, doctorant ITÜ)
    • 21 avril : Politique de collecte des déchets solides a Istanbul : un systeme d'acteurs concurrentiels.Projets urbains et dimension environnementale. L’expérience de tri sélectif dans le cadre du projet de Fener-Balat.
    {flv}28042010_142_eloise{/flv}
    Invitée : Eloise Dhuy (Urbaniste)
    • 26 mai :Architecture, paysage et développement durable.

    Invité : Ahmet Tercan(Dr. Mimar Sinan Üniversitesi)

  • Sinan Logie & Yoann Morvan - Présentation d'ouvrage - 7/6/2017

    Mercredi 7 juin à 18h à l'IFEA
    Sinan Logieet Yoann Morvanprésenteront İstanbul 2023, à l'occasion de la parution en turc de l'ouvrage.
    Emrah Altınok(Université Bilgi) sera discutant.
    interventions en anglais et en turc

    inscription avant le 7 juin à midi : https://www.inscription-facile.com/form/qAtxJtE9rl86rW1H4lut

    Le programme proposé accueillera différentes personnalités dont le travail a porté, ces dernières années, sur l’étalement urbain d’Istanbul. Yoann Morvan et Sinan Logie parleront de leurs parcours pédestres dans le cadre de l’écriture de leur ouvrage Istanbul 2023, publié en 2014 aux éditions B2 (Paris) et récemment traduit et édité en turc par les éditions İletiṣim. La modération sera assurée par Emrah Altınok, docteur en urbanisme. Le propos portera sur les différentes approches d’études de la mégalopole du Bosphore.


    en savoir + sur l'ouvrage
  • Territoires et pratiques

    Présentation de l'axe | Activités

    Chaque société développe une relation particulière avec la différence. À la différence de la France où l’égalité est le référent central, en Turquie, le signifiant maître est “unité” (birlik), cela depuis le début de la République, avec la construction de l’identité nationale turque, unitaire et unitariste. Pour rependre le titre du célèbre livre de Karen Barkey, nous sommes passés d’un “Empire de la différence” à une “République de l’a-différence”. Dans cette configuration, toute dissemblance est perçue comme dangereuse. A ce titre, elle est combattue par l’Etat car pouvant entrainer la division (bölücülük) et mettre en danger l’unité nationale. Phénomène classique, cette unité est mise en scène dans diverses patrimonialisations et est supportée par des narratives nationalistes.

    Et pourtant, des différences existent en Turquie. Dès lors, quels rapports entretient cette société avec ces différences qui la composent ? Nous prendrons pour cadre d’analyse trois grands thèmes : le territoire, le religieux et le genre. Dans ces trois domaines, l’émergence de la différence ne devrait pas créer de controverse, de par la laïcité, le droit des femmes et le dogme d’un territoire national homogène. Et pourtant, le différend est là, quotidien, parfois violent. Ce programme a l’ambition de traiter ensemble ce qui ne peut a priori se comparer, à savoir le religieux, le genre et le territoire. En effet, ces domaines entretiennent des relations entre eux. En outre, nous posons l’hypothèse que ce sont peut-être les mêmes pratiques – les mêmes actions -- qui se retrouvent, quelle que soit la “nature” de l’objet sur lequel portent ces différences. Notre perspective n’est donc pas de pointer l’opposition “discours nationaliste” vs “discours particularistes” (kurde, minoritaires etc.)” comme cela a été souvent fait, mais plutôt de comprendre comment des pratiques de la différencese manifestent dans ce contexte. Au-delà de la diversité des objets et des terrains que nous étudions, nous questionnons les pratiques de la différence (construction, reproduction, neutralisation, patrimonialisation, camouflage, négation, destruction, etc.). Il s’agit bien sûr de comprendre comment se fabrique de la différence, mais aussi d’en saisir les usages sociaux et les inscriptions dans le territoire. Car, et c’est là notre porte d’entrée, il y existe des modes spécifiques d’usageset de pratiques des frontières, des mémoires, des identifications et des disparités.

    Cet axe de recherche nécessite un effort important de modélisation qui met l’accent sur la relation à l’objet et non sur l’objet lui-même. Il s’agit d’une condition primordiale pour que s’établisse le dialogue entre les différentes disciplines présentes (anthropologie, démographie, histoire, psychanalyse, sociologie, urbanisme, etc.). Une façon, aussi, de penser les différences disciplinaires.

    Activités de recherche

    • Excursions urbaines 2011/2012 : Expressions territoriales des rapports de genre à Istanbul (pour le programme détaillé des séances se reporter à la rubrique OUI). La question du genre en Turquie alimente de nombreuses réflexions ‘académiques’ et un militantisme actif par le biais d’associations et de revues féministes ou de défense des droits des homosexuels. La redéfinition des rapports de genre dont Istanbul est sans conteste un terrain privilégié en Turquie ne peut être appréciée seulement  à travers les textes de loi, le lien entre socialisation national(ist)e et formatage autoritaire des genres, ou la question de la parité dans la représentation politique. Elle se doit d’être observée en situation, dans les interactions quotidiennes, dans la rue, les maisons, aux loisirs ou au travail. Il s’agira donc pour nous cette année d’approcher ce fait social total que sont les relations de genre à travers des institutions précises, des situations concrètes, des moments, des lieux, qu’il s’agisse de lieux culturels, cultuels, de lieux de travail, de consommation ou de ‘culture’.

    • Séminaire « Autour de l'alcool, en Turquie et dans l'Empire ottoman » (2011-2013). On boit rarement seul et boire s’inscrit le plus souvent dans une sociabilité qui ne peut jamais se réduire au simple divertissement. Au contraire, rien de moins anodin, rien qui n’engage plus, en Turquie, que le fait de boire – ou pas. C’est que l’alcool réunit autant qu’il sépare. Il réunit, et l’on pense, a maxima, au rituel alévi où le partage de l’alcool (dem) tient encore une fonction sacrée (à l’instar des premiers chrétiens) : l’alcool comme communion. Il sépare, on n’en doute pas, dans un pays à majorité musulmane, mais dans des modalités toujours plus complexes qu’une opposition binaire musulman/non-musulman (le rituel alévi l’illustre bien). Et s’il faudra bien sûr partir de l’interdit islamique qui frappe l’alcool, c’est comme terme premier d’une série de clivages qui entretiennent avec lui des rapports ambigus : soit qu’ils l’habitent – dichotomies alévi/sunni mais également entre les différentes jurisprudences du sunnisme – qu’ils l’utilisent – instrumentalisation de l’alcool par le champ politique – ou s’en accommodent – ainsi la morale prévalant parfois, qui veut qu’on tolère l’alcool mais hors-champ, dans des marges interlopes qui sont le domaine réservé des hommes. Pratique clivante s’il en est, la consommation d’alcool génère ou actualise alors des frontières confessionnelles, idéologiques, sexuelles, spatiales... frontières mouvantes dont on pourrait essayer de suivre les lignes de démarcation dans l’espace et dans le temps, de l’Empire ottoman à la Turquie contemporaine. Ce sera l’objectif de ce séminaire : proposer un espace de réflexion pluridisciplinaire autour d’une pratique somme toute mineure, qui cristallise pourtant les antagonismes et les particularismes de la société turque. La séance d’introduction, « le fait de boire », par Nikos Sigalas et Nicolas Elias, s’est tenue en novembre 2011.

    • Séminaire « Cappadoce, terre d’histoire et de culture » (À partir d’octobre 2011) : ce séminaire transversal, animé par Anaïs Lamesa, Aylin de Tapia et Lisa Montmayeur-Deheurles a pour objet le territoire de la Cappadoce et se propose de l'étudier à travers différentes époques et avec une approche interdisciplinaire (archéologie, histoire et sociologie). Il est développé dans le pôle « histoire »

    • GELA groupe de lecture et d’écriture en anthropologie.Ce groupe s’est donné une double vocation : la première est de partager expérience de terrain et d’écriture en un atelier ouvert à tous. Les séances ont lieu une fois par mois. Les langues de travail peuvent être le français, le turc ou l’anglais, selon le choix de l’intervenant. L’idée n’est pas de présenter des travaux finalisés mais plutôt des « brouillons » de recherche qui peuvent être soumis à la réflexion du groupe. Le second objectif est d’organiser des conférences pour faire connaître l’anthropologie de la Turquie à un public plus large que le seul monde universitaire. Lorsque cela est possible, ces conférences mensuelles s’adossent à un film documentaire. Elles peuvent se dérouler en français, turc ou anglais.
    • Séminaire “mémoires et mobilités urbaines”.Ce séminaire interroge le rapport entre les questions mémorielles et les dynamiques urbaines à travers les travaux contemporains. Une attention particulière est portée sur les aspects méthodologiques des recherches présentées, qui sont autant de façon de lire et d’interpréter les usages de l’espace stambouliote, à l’intersection entre les questions mémorielles et les dynamiques urbaines.
    • Workshop international "Honor in Ottoman/Turkish studies", 4 décembre 2010, Université de Bilgi-IFEA-CETOBAC (EHESS), resp. Noémi Levy et Başak Tuğ. Participants : Berna Ekal, EHESS-Paris ; Tolga Esmer, Central European University ; Anastassia Falierou, EHESS-Paris; Benoît Fliche, CNRS-IFEA ; Noémi Lévy Aksu, Boğaziçi University ; Elise Massicard, CNRS-IFEA ; Clemence Scalbert Yücel, University of Exeter ; Nükhet Sirman, Boğaziçi University ; Başak Tuğ, Bilgi University
  • Toplumsal Tarih Ekim 2011

    Toplumsal Tarih "IFEA Çalışmaları"
    Ekim 2011, n. 214.
    Cilia Martin
    "İsimler ve sınırlar : Kurtuluş'ta mekânsal kullanımlar"

  • Toplumsal Tarih octobre 2011

    Toplumsal Tarih "IFEA Çalışmaları"
    Ekim 2011, n. 214.
    Cilia Martin
    "İsimler ve sınırlar : Kurtuluş'ta mekânsal kullanımlar"

  • Türkiye’de bölgesel planlama Vitrini

    2014-2018 dönemine dair, onuncu beş yıllık kalkınma planı, 2013 baharında, T.C. Kalkınma Bakanlığı tarafından kamuoyuna duyuruldu. Söz konusu bakanlık, Devlet Planlama Teşkilatı’yla (DPT) hiçbir ilişiği olmaksızın, yakın zamanda hayata geçirildi. Oysa ki o zamana kadar DPT, beş yıllık kalkınma planı çalışmalarının anahtar kurumu olarak karşımıza çıkmaktaydı (Akçay, 2007 ; Kansu, 2004). Şöyle ki bağımsız bir kurum olan DPT, ..

    http://dipnot.hypotheses.org/916

  • Visite de l'exposition 'Istanbul 1910-2010' en compagnie de Murat Güvenç : 26/10/2010

    Excursion urbaine au Musée d'Art Moderne Santral Istanbul
    Mardi 26 octobre 2010 à 16h

    visite de l'exposition 'Istanbul 1910-2010' en compagnie de Murat Güvenç

    (dans le cadre du séminaire mémoires et mobilités urbaines)

    voir le blog de l'OUI

  • Voyage d'études des étudiants de master sociologie sur les politiques sociales et les nouveaux enjeux de participation, Univ. St Étienne 5-12/01/2013

    Les étudiants sont encadrés parValérie Sala Pala dont les thèmes de recherche actuels portent sur les relations interethniques, la question des discriminations et du racisme, les politiques urbaines et de logement.

    Ce voyage comportera des rencontres avec des ONG, des séminaires à l'IFEA et des visites urbaines.

    Programme des séminaires organisés à l'IFEA

    7/1/2013

    10h Accueil et introduction

    Jean-François Pérouse, géographe, IFEA
    les transformations urbaines à Istanbul

    14-16h Gizem Aksümer, géographe/urbaniste, Université Mimar Sinan
    Présentation du projet de recherche TÜBITAK (« CNRS turc ») sur la transformation des quartiers de Sarıyer

    16-18h Manon Leroy, Re-sources
    Les problématiques environnementales et de développement durable en Turquie et à Istanbul

    10/1/2013

    10-12h Korhan Gümüş, architecte, président du centre ONG Human Settlements (avec Asu Aksoy sous réserve)
    La société civile et les projets de transformation urbaine à Istanbul

    14-16h Claire Visier, politiste
    Turquie/Europe : regards croisés

  • Workshop The un-negociated recentralization of Turkish housing policy: The mass housing administration TOKİ (Toplu Konut İdaresi) 29/03/2011

    Dans le cadre du séminaire "Administrer et gouverner en Turquie depuis les Tanzimat " avec l'OUI
    Mardi 29 mars 2011 9:00-18:00

    " The un-negociated recentralization of Turkish housing policy: The mass housing administration TOKİ (Toplu Konut İdaresi) "
    -Excursion urbaine 9:00-13:00 (Bezirganbahçe, Kayabaşı)
    Départ à 9h00 de l'IFEA. Le nombre de places est limité; inscription auprès d'Elise Massicard Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
    -Atelier/Workshop 14:30-18:00 à l'IFEA
    avec les intervenants: Jean-François Pérouse (IFEA, Université de Galatasaray), Tuna Kuyucu (Boğaziçi Üniversitesi), Deniz Altay (Bilkent Üniversitesi) et
    Mehmet Baki Deniz (Boğaziçi Üniversitesi)
    Interventions en turc et anglais

  • Y. Morvan - L’aménagement du grand Istanbul : entre ambition géopolitique mondiale et enjeux fonciers locaux. Le troisième pont sur le Bosphore

    Yoann Morvan « L'aménagement du grand Istanbul : entre ambition géopolitique mondiale et enjeux fonciers locaux. Le troisième pont sur le Bosphore », Hérodote 1/2013 (n° 148), p. 197-210.
    URL : www.cairn.info/revue-herodote-2013-1-page-197.htm
    DOI : 10.3917/her.148.0197.

    La construction du troisième pont sur le Bosphore est un puissant révélateur des enjeux multiples qui caractérisent la mégapole. Facilitant le passage entre Europe et Asie, il sert les ambitions internationales du gouvernement turc qui souhaite faire de la métropole du Bosphore son porte-étendard. La nouvelle infrastructure est un outil de l’aménagement du grand Istanbul. À un niveau local, outre le désengorgement escompté du trafic automobile, l’un des plus saturés au monde, il permet la création de nouvelles opportunités de spéculation foncière en offrant une accessibilité autoroutière à des franges de l’agglomération encore non urbanisées. Cela constitue des menaces à l’environnement stambouliote, en particulier à ses espaces forestiers et à ses ressources en eau, et à certaines couches sociales populaires. Dénonçant ces menaces, des groupes de militants se sont formés. Le troisième pont interroge la géopolitique locale du parti au pouvoir à l’échelle nationale et municipale.

  • Y. Morvan B. Chauvel - De la Corne d'or aux sources du Cendere. Coupe transversale des contradictions du développement urbain durable à Istanbul

    Yoann Morvan, Brian Chauvel, "De la Corne d'or aux sources du Cendere. Coupe transversale des contradictions du développement urbain durable à Istanbul" in Jean Lagane (dir), Les défis de la durabilité urbaine en Méditerranée, ed. Puam, coll. "Espace & développement durable", Aix, 2013 ISBN : 978-2-7314-0904-8

  • Y. Morvan, Tbilissi à l'heure du marketing urbain, RSE 61, juillet 2012

    Yoann MORVAN, Tbilissi à l'heure du marketing urbain,Regards sur l'Est 61 "Projets d’urbanisme à l’Est" sous la direction de Caline Bayou et Éric Le Bourhis, juillet 2012, [En ligne]

    Après le boom économique des années qui ont suivi la Révolution des roses (2003), puis le coup d'arrêt porté par la guerre avec la Russie d’août 2008, la Géorgie retrouve un nouveau souffle, à la faveur d'une croissance d'environ 6% en 2011, dont Tbilissi est le cœur. Pour ce faire, le gouvernement de M. Saakachvili tente de tout mettre en place pour favoriser le développement économique et séduire des investisseurs internationaux.

    [Suite]

  • Y. Morvan, Tbilissi, trois âges d'une ville entre nostalgie et renouveau, Urbanisme 386, sept.-oct. 2012

    Yoann MORVAN, Tbilissi, trois âges d'une ville entre nostalgie et renouveau, Urbanisme 386, sept.-oct. 2012

  • Yerel enerji politikaları: Türk şehirlerinde yeni enerjilere geçişteki özgünlük

    2025’te, 10 milyondan fazla kişiyi barındıracak olan 27 şehirden 15’inin Asya’da olması beklendiği gözönüne alınırsa gelişmekte olan ülkelerin şehirleri, halihazırda kullanılan enerjilerin yenilenmesi bakımından hassas bir noktaya parmak basıyor. En kuvvetli nufüs artışı bu şehirlerde gerçekleşiyor ve bu da, her sene genellikle % 10 değerinde daha fazla enerji kullanımı ile sera etkisi yapan gaz salınımı anlamına geliyor. Bununla beraber bu şehirler hakkında batı büyükşehirlerine oranla çok daha az araştırma yapılıyor. Buralara özgü kullanılagelmiş enerjiler ile nüfus fakirliği, bazı yerel özellikler doğrultusunda birtakım teknolojik ve ticari çözümleri devreye sokmayı gerektiriyor. Bu yerel özellikler arasında coğrafi koşullar, dağıtım ve ücretlendirme gibi yerel tercihler ve nüfusun alışkanlıklarını sayabiliriz. Bina yalıtımı, güneşten ısı elde etme gibi merkezden gelmeyen enerjiler, elektrik ve gaz ağlarında yeni altyapılar ve kömürle odun gibi alışılagelmiş enerjilerin devamlılığı gibi türlü teknolojik ve ölçek bakımından farklı çözüm yollarını içeren bu enerji politikalarının bir ilişki içinde işliyor olması gerekiyor.

    Türlü inisiyatiflerin gözlemlendiği Türk şehirleri birçok uluslararası enerji satan grup nezdinde bir pazar oluşturmakla beraber az araştırılıyor. Yukarıda adı geçen unsurların birçoğu Türkiye’de var olmakla birlikte bunların daha derinlemesine ele alınmaları gerekiyor. Bu yeni teknolojileri geliştiren yerli ve yabancı gruplar için ekonomik metropol İstanbul güvenilir bir müşteri olarak kendini gösteriyor. Türkiye’de üretilen elektriğin aşağı yukarı % 20’si İstanbul’da tüketilmesine rağmen bugün enerji yönetimi, toplu taşıma, elektrikli araç geliştirme, kamu binalarında enerji tasarrufu ya da sanayiden enerji üretmek için yeni teknolojiler gibi bazı öncelikli sayılan noktalarla sınırlı kalıyor. Yerel enerji harcamaları ve Türkiye’nin komşu ülkelere fosil enerjiler bakımından muhtaçlığını azaltmak için gelecek on-yirmi senede tüm şehri kapsayan bir enerji geçişi düşünülmesi çok önemli bir husus olarak karşımıza çıkacak. Bu konuyla ilgili olarak, 2010 yılında Gaziantep Büyükşehir Belediyesi’nin, Fransız Çevre ve Enerji Yönetimi Ajansı (ADEME) tarafından geliştirilmiş modelden esinlenerek bir sürdürülebilir kalkınma planı başlatmasının bir ilk teşkil ettiğini belirtelim.

    Araştırma projeleri ve tezler

    Elvan ARIK (POUDEV - Labex IMU) Jean-Michel Deleuil et Eric Verdeil danışmanlığında İstanbul’da enerji kullanım ve politikaları

    Yayınlar

    Konferans ve seminerler