Zeyve (Porsuk) Höyük

Localisation du site: Préfecture de Niğde, sous-préfecture d'Ulukışla | Galerie photo
Responsable de la mission : Dominique BEYER, Professeur
Coordonnées : Dominique BEYER, Université Marc Bloch Strasbourg, France.  Tél : 33(0)3888416392.
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Epoques concernées : Age du Bronze Récent (Hittite), Age du Fer, Hellénistique, Romain.

Introduction

porsuk01Le höyük de Porsuk (appellation locale Zeyve höyük) est situé en Cappadoce méridionale, sur un grand axe de circulation (fig. 1) : la route nationale, d'où l'on voit le site, qui mène de la capitale, Ankara, vers Adana et la province du Hatay puis la Syrie du nord.

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Au pied du versant nord de la grande chaîne de montagnes du Taurus qui domine le site de ses 3500m d'altitude (fig. 2), Porsuk occupe une position privilégiée et fortement stratégique.

En premier lieu, le site pouvait contrôler une grande partie des voies qui menaient déjà, depuis la plus haute Antiquité, du plateau anatolien vers les régions mentionnées ci-dessus par l'intermédiaire des célèbres Portes ciliciennes toutes proches, étroit passage dans le Taurus, qu'ont emprunté bien des voyageurs et conquérants de l'Antiquité dans un sens ou dans l'autre.

Dès le Néolithique, la région pouvait attirer les hommes par ses richesses naturelles, en l'occurrence la précieuse obsidienne du massif volcanique du Hasan Dağ (Melendiz Dağ) situé à une soixantaine de km au nord de Porsuk. Plusieurs sites archéologiques, en cours d'étude, l'attestent clairement. Aux époques historiques, la fondation de Porsuk vers 1600 avant J.-C., comme le montrent les résultats des fouilles archéologiques, peut répondre aux préoccupations du fondateur de l'ancien royaume hittite, Hattusili Ier et de ses fils : s'assurer le contrôle des régions méridionales, et le débouché vers les côtes méditerranéennes.
Mais le site de Porsuk pouvait les intéresser également par la présence de la mine de plomb argentifère dans la montagne qui domine le site. Ainsi, dès sa fondation selon toute vraisemblance, la ville ancienne qui correspond au site de Porsuk, l'ancienne Tunna ou Dunna des textes hittites mais aussi assyriens — même si cette identification n'est pas totalement assurée — devait contrôler l'extraction de l'argent de la mine, encore en exploitation jusqu'à un passé récent, comme en témoigne le nom d'un village tout proche, sur la route vers la mine, Gümüş (argent en turc). L'importance de ces gisements métallifères est bien attestée à l'époque néo-hittite, au VIIIe siècle av. J.-C., avec l'inscription rupestre en hiéroglyphes louvites de Bulgarmaden, dans la montagne à proximité de la mine. Elle témoigne de l'autorité sur la région du roi de Tuwanuwa, la Tyana de l'époque classique, l'actuelle Kemerhisar fouillée par une équipe italienne. Ce roi du nom de Warpalawas (l'Urpallu des annales assyriennes), allié du roi de Midas de Phrygie contre les incursions de Sargon II d'Assyrie, est bien connu des visiteurs par le fameux relief rupestre d'Ivriz où il rend hommage au dieu de l'orage et de la fertilité Tarhunda (fig. 4).

 

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C'est également une inscription hiéroglyphique de cette période (VIIIe siècle av. J.-C., Fer Moyen) qui est à l'origine des fouilles de Porsuk : en 1961 un bulldozer, chargé d'aménager la piste qui relie le village moderne de Porsuk à la grande route, avait déplacé des terres du höyük de Zeyve et mis au jour un bloc de pierre révélant le nom d'un général Parahwaras et de son souverain Masaurhisas. Cette découverte renforçait et précisait l'intérêt pour ce site déjà repéré depuis longtemps par plusieurs archéologues auparavant. C'est le Professeur Emmanuel Laroche, célèbre hittitologue, à l'époque directeur de l'Institut français d'Études Anatoliennes d'Istanbul, qui avait obtenu la concession de la fouille, confiée alors (1969) au Professeur Olivier Pelon (Lyon) qui a mené sur le site une quinzaine de campagnes. Lui a succédé en 2003 le Professeur Dominique Beyer (Strasbourg) qui poursuit actuellement les recherches sur le terrain avec une équipe française comprenant quelques collaborateurs turcs.

Le site et les données de la fouille

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Entre deux cours d'eau qui confluent à l'est, le site de format triangulaire (env. 400m sur 180m) (fig. 5 et 6) est classé depuis 1993 par les autorités turques parmi les sites de première catégorie. L'établissement a profité de la présence d'un relief tabulaire couronné d'une croûte de conglomérat qui domine fortement la vallée environnante. Ce relief a permis en particulier d'établir de solides fortifications tirant habilement parti des particularités du terrain, selon les traditions des bâtisseurs hittites qui sont passés maîtres dans ce domaine.

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Fouilles

porsuk04Les fouilles se développent jusqu'à présent par des recherches en périphérie, à l'ouest (Chantier II) comme à l'est (Chantier IV), pour deux raisons principales.
En premier lieu, la recherche sur les pentes permettait d'atteindre plus rapidement les couches les plus anciennes (fig. 7). Les travaux ont montré en effet une épaisseur des couches archéologiques d'environ 6 à 7 mètres, avec une succession de différentes phases selon le schéma général suivant, les phases étant numérotées depuis la surface, provisoirement de I à VI (fig. 8):

Période de l'ancien royaume hittite, fondation de la ville (Porsuk VI)
Période hittite impériale, env. XIVe s. - 1200 BC (Porsuk V)
Âge du Fer ancien, phase récente, env. Xe-IXe s. BC (Porsuk IV)
Fer Moyen à Récent, période néo-hittite, VIIIe-VIIe s. env. BC (Porsuk III)
Période hellénistique, env. IIIe-IIe s. BC (Porsuk II)
Période romaine, env. Ier s. BC- IIIe s. AD (Porsuk I).

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En second lieu, le choix d'un secteur de fouille à l'intérieur du site aurait entraîné la nécessité d'acheter les terrains aux cultivateurs. La situation a pourtant évolué depuis l'inscription du site en Première catégorie, interdisant maintenant aux paysans de cultiver les anciens champs sur le site, mais nous ignorons encore les modalités précises d'une éventuelle opération à l'intérieur du site, pourtant fortement souhaitée.

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En surface du Chantier IV, à l'est, les niveaux d'époque hellénistique et romaine (Porsuk I-II) sont connus sur une étendue relativement importante (fig. 9) et ils donnent une vision assez précise et relativement spectaculaire d'un habitat à caractère rural, ce qui renforce l'intérêt du site : en effet peu de sites anatoliens fouillés jusqu'à présent peuvent permettre une telle étude d'un habitat rural de ces périodes. Les maisons utilisent, comme précédemment, les matériaux locaux, essentiellement la pierre de gypse d'une carrière toute proche pour les soubassements, les briques d'adobe pour les superstructures, ces dernières à vrai dire rarement conservées.

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Les résultats les plus spectaculaires, ceux qui légitiment le désir de consolider, protéger et mettre en valeur les vestiges dégagés, concernent le Chantier II et le système des fortifications hittites de l'Âge du Bronze récent (Porsuk VI et V), remarquablement conservées (figs . 9 et 10).

Cet ensemble, unique en Anatolie, impressionne particulièrement les visiteurs. Par le principe adopté tout d'abord : organisation par les constructeurs, vers 1600 BC ou un peu après, d'une sorte de passage à allure de poterne en taillant dans la pente naturelle du site, en coupant au passage des couches de conglomérat ; application contre les parois de ce passage d'un mur de part et d'autre, à soubassement de pierres de grès originaire des environs et superstructure de briques d'adobe, mêlées de moellons de gypse, l'ensemble comportant un chaînage de bois retrouvé carbonisé. Ce passage, qui a connu au fil du temps plusieurs phases, conduisait vers un couloir coudé protégé par deux tours. Le point d'aboutissement de ce couloir n'a pas encore pu être déterminé en raison de l'épaisseur des couches, particulièrement importante sous ce point culminant du site (env. 1300m d'altitude).
La seconde originalité concerne l'exceptionnelle conservation de ce dispositif : près de 6 mètres de hauteur par endroits pour des murs de cette période. C'est l'incendie qui a mis fin à la vie de ce dispositif qui a permis, en cuisant au moins partiellement les briques, la conservation d'une grande partie de la superstructure. L'ensemble représente à l'heure actuelle un exemple particulièrement significatif de l'architecture militaire du deuxième millénaire et un monument d'aspect assez impressionnant. Il convient par conséquent de veiller à sa conservation, à sa protection et à sa mise en valeur.

 Galerie photo


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