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Claros

Thème de recherche de la mission : publication des fouilles de L. Robert (1951-1960) et J. de La Genière (1988-1997) et étude architecturale du temple d’Apollon.
Nom du site : sanctuaire de Claros.
Chef de la mission : Jean-Charles Moretti, Directeur de recherche au CNRS (IRAA, MOM, Université de Lyon)
Membres de la mission : Nicolas Bresch, architecte au CNRS (IRAA, Paris) ; Isabel Bonora, archéologie (Musée du Louvre) ; Martine Dewailly (École française de Rome) ; Renaud Robert (Université de Provence) ; Olivier Riss, architecte ; Stéphane Verger (EPHE, Paris).

Historique des fouilles

Le site de Claros a fait l’objet de plusieurs campagnes d’exploration entre 1913 et 1997. Après les premiers travaux dirigés par Théodore Macridy et Charles Picard en 1913, les principaux monuments ont été dégagés au cours des missions conduites par Louis Robert et Roland Martin, entre 1951 et 1960. Sortent alors de terre, outre l’entrée monumentale du sanctuaire (les Propylées), le grand temple dorique d'Apollon, le temple ionique d’Artémis, leurs autels et deux files de monuments honorifiques d’époque hellénistique et romaine alignés le long de la voie qui menait jusqu’au temple. Un grand nombre d’inscriptions furent exhumées et en partie publiées par L. Robert. Après une assez longue interruption, les travaux sont repris en 1988 par une équipe dirigée par Juliette de La Genière. La mission se proposait d’explorer les niveaux archéologiques les plus anciens, niveaux que les fouilles antérieures n’avaient pas permis d’atteindre. Les dispositifs destinés aux sacrifices, les autels archaïques et des structures remontant au xe siècle av. J.-C. sont mis au jour entre 1988 et 1997. En 2000, la fouille a été reprise par une équipe dirigée par N. Şahin, professeur à l’Université de l'Égée à Izmir. La mission française travaille à la publication des résultats des fouilles antérieures et à l’achèvement de l’étude architecturale du temple d’Apollon, entreprise par R. Martin et P. Bonnard.

Présentation du site

Le bois sacré d’Apollon se situait à une quinzaine de kilomètres de la puissante cité de Colophon dont il dépendait et à proximité de son port, Notion (ou Colophon de la Mer). Les plus anciennes mentions textuelles de l’activité du sanctuaire remontent au viie s. av. J.-C. (Hymnes homériques, Hésiode). Le sanctuaire de Claros est associé à la légende du devin Mopsos, fils de la prophétesse Manto, petit-fils de Tirésias. Bien que l’oracle d’Apollon ne soit pas formellement attesté avant l’époque d’Alexandre, les fouilles récentes ont démontré l’ancienneté du culte. Les plus anciennes offrandes sont antérieures à l’autel rond daté de la deuxième moitié du viie s. av. J.-C. Un grand nombre de statuettes votives représentant Apollon montre que la fréquentation du sanctuaire a été continue au cours des vie et ve siècles av. J.-C. Plusieurs statues archaïques de marbre, découvertes par L. Robert ou exhumées lors des récentes campagnes de fouilles, forment un ensemble votif exceptionnel, comparable à ceux de Samos ou de Milet, et témoignent de la vitalité du sanctuaire au cours de la période archaïque. À cette époque, furent également construits un premier temple dédié à Apollon ainsi qu’un nouvel autel.

Malgré la destruction de Colophon au début du iiie s av. J.-C. et la déportation de ses habitants à Éphèse, le sanctuaire connut à la fin de l'époque hellénistique une véritable renaissance rivalisant avec les autres grands sanctuaires de la région : Éphèse et Didymes, Téos ou Magnésie. Il bénéficia des faveurs de plusieurs gouverneurs romains, qui furent honorés de statues érigées en bordure de la voie se développant entre les propylées construits au ier s. av. J.-C. et le parvis des temples.

La construction d'un grand temple dorique pour recevoir l'oracle d'Apollon fut entreprise à la fin du ive s. av. J.-C. Dans le projet initial, le monument s’organisait, comme celui de Didymes, autour d’une cour à ciel ouvert, où se trouvait un puits sacré. Une haute crépis à cinq degrés était destinée porter une colonnade à six colonnes sur onze. La colonnade de façade devait sans doute être double. Le projet fut modifié dans le courant de l'époque hellénistique, probablement dès avant le début du iie s. av. J.-C. Deux salles couvertes furent aménagées à l’emplacement de la cour. Un couloir souterrain de marbre noir, situé sous le pronaos, menait à une grande salle carrée où certains consultants, après avoir été initiés à des mystères, avaient le droit de pénétrer pour entendre la réponse à la question qu’ils posaient à Apollon. La personne qui rendait l'oracle se plaçait dans une autre salle, plus petite, où se trouvait le puits sacré. Son eau fournissait l'inspiration au « thespiode ». Les deux salles étaient séparés par un large mur traversé par un étroit couloir où prenait place le « prophète », qui transcrivait en vers les oracles. Le naos se trouvait au-dessus des deux salles. Il reçut dans la première moitié du iie s. av. J.-C., un groupe statuaire en marbre représentant Apollon trônant, entre sa sœur Artémis et sa mère Létô. La construction de la colonnade de la péristasis, réduite à six colonnes sur onze dans le second projet, fut commencée à la fin de l'époque hellénistique avec la réalisation des quatre colonnes centrales de la façade puis de cinq colonnes sur chacun des deux longs côtés. Cette colonnade était en travaux au ier s. av. J.-C. Une épave transportant huit tambours et un chapiteau destinés au temple a été récemment découverte, par 50 mètres de fond, au sud d'Izmir, au large de Kızılburun, un cap situé au sud de la presqu'île de Ceşme. Deborah Carlson qui a réalisé la fouille dans le cadre des travaux de l'Institute of Nautical Archaeology a daté le naufrage du ier s. av. J.-C. et montré que le bateau venait des carrières de marbre Proconnèse.

Le chantier du temple ne semble pas avoir progressé dans le courant du ier siècle apr. J.-C., ce qui n'empêchait pas l'oracle de fonctionner. Tacite (Annales II, 54) rapporte qu'en 18, il fut consulté par Germanicus auquel il annonça sa mort qui survint l'année suivante. Sur la façade du pronaos, qui constituait alors la façade même du monument, fut gravée l'inscription du père adoptif de Germanicus, Tibère, qui fut honoré dans le temple d'Apollon, comme il l'était dans celui de Dionysos, à Téos.

Hadrien finança la reprise des travaux. On lui doit l'entablement et le fronton de la façade. Le temple ne fut cependant pas terminé. Trente ou quarante ans après la mort de l'empereur, Pausanias, VII, 5, 4 mentionne le sanctuaire d'Apollon à Claros, avec celui de Didymes, comme des constructions inachevées. À Didymes, une bonne partie des colonnes ne fut pas réalisée. À Claros aussi, ce sont probablement les colonnes périphériques qui demeurèrent inachevées. Lors des fouilles,on a découvert presque tous les tambours de quatorze colonnes volontairement abattues : les six colonnes de la façade et quatre colonnes faisant retour sur les longs côtés. Il y a tout lieu de penser que les seize colonnes de l'arrière du temple complétant les quatorze qui ont été retrouvées n'ont jamais été construites.

Claros connut à l’époque romaine une popularité durable. Entre le ier et le iiie s. apr. J.-C., les délégations, venues de cités parfois lointaines, interrogèrent le dieu et couvrirent les propylées, la façade du temple d'Apollon et de nombreux monuments honorifiques d’inscriptions commémoratives. Les dernières traces d’activité datent du ive s. de notre ère. L’abandon fut suivi d’une destruction volontaire et de la spoliation d’une grande partie des blocs du naos.

Travaux en cours

La mission française prépare la publication des fouilles effectuées entre 1951 et 1960 et entre1988 et 1997. Après la parution récente d’un volume sur les Propylées, elle poursuit l’étude architecturale du temple d'Apollon. Plusieurs volumes consacrés au matériel sont en voie d’achèvement. Ils concernent les mémoriaux de délégation, les terres cuites votives, la sculpture hellénistique et romaine et les objets métalliques.

Bibliographie récente

  • R. ROBERT, « Le poète de Claros », CRAI, 1999, p. 173-188.
  • J. L. FERRARY, S. VERGER, « Contribution à l’histoire du sanctuaire de Claros à la fin du IIème et au Ier siècle av. J.-C. : l’apport des inscriptions en l’honneur des Romains et des fouilles de 1994-1997 », CRAI, 1999, p. 811-850.
  • J. L. FERRARY, « Les inscriptions du sanctuaire de Claros en l’honneur des Romains », BCH, 124, 2000, p. 331-376.
  • M. DEWAILLY, « Le sanctuaire d’Apollon à Claros : place et fonction des dieux d’après leurs images », MEFRA, 113, 1, 2001, p. 365-382.
  • Ph. GAUTIER, « Deux décrets hellénistiques de Colophon-sur-mer », REG, 116, 2003, p. 470-493.
  • J. de LA GENIERE, V. JOLIVET (dir.), Cahiers de Claros II. L’aire des sacrifices, ERC, Paris, 2003.
  • R. ETIENNE, P.VARENE, Sanctuaire de Claros. L’architecture. Les Propylées et les monuments de la voie sacrée, ERC, Paris, 2004.
  • M. PECASSE, S. VERGER, M. DEWAILLY, « Les sculptures archaïques de Claros », Monuments Piots n°83, Paris, 2004, p. 5-59.
  • R. ROBERT (dir.), « Le sanctuaire apollinien de Claros », dans Archéologies. 20 ans de recherches françaises dans le monde, ERC, Paris, 2005, p. 204-206.
  • J.-L. Ferrary, « Les mémoriaux de délégations du sanctuaire oraculaire de Claros et leur chronologie », CRAI, 2005, p. 719-765.
  • Ph. Gauthier, « Les décrets de Colophon-sur-mer en l'honneur des Attalides Athénaios et Philétairos », REG 119 (2006), p. 473-503.
  • J.-Ch. MORETTI, « Le temple oraculaire d'Apollon à Claros », 1. Uluslararası Antik Dönemde Kehanet ve Apollon'un Anadolu Kültleri Sempozyum Bildirileri 17-20 Ağustos 2005, Ege Üniversitesi, İzmir, Arkeoloji Dergisi 12 (2008/2) [2009], p. 153-162.
  • J.-Ch. MORETTI, D. Laroche, « Claros, le temple d'Apollon : travaux réalisés en 2006 et 2007 », Anatolia Antiqua 16 (2008), p. 355-364.
  • J.-Ch. MORETTI, « Claros, le temple d'Apollon : travaux réalisés en 2008 », Anatolia Antiqua 17 (2009), p. 351-359.
  • J.-Ch. MORETTI, « Le temple d'Apollon à Claros : état des recherches en 2007 », RA 2009, p. 162-175.
  • J.-Ch. MORETTI, D. LAROCHE, « Le temple de l'oracle d'Apollon à Claros », Architecture grecque, Les dossiers d'archéologie 342 (nov.-déc. 2010), p. 16-23.
  • J.-Ch. MORETTI, « Claros, le temple d'Apollon : travaux réalisés en 2009 », Anatolia Antiqua 18 (2010), p. 301-304.
  • J.-L. Ferrary, « Le sanctuaire de Claros à l'époque hellénistique et romaine », dans J. de La Genière, A. Vauchez, J. Leclant (éds), Les sanctuaires et leur rayonnement dans le monde méditerranéen de l'Antiquité à l'époque moderne, Cahiers de la villa « Kérylos » 21 (2010), p. 91-114.
Lu 24242 fois Dernière modification le Jeudi, 18 Juillet 2013 14:34