Mardi, 16 Août 2011 15:47

Camille Louis

Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
www.kompost.me
Philosophe et dramaturge. Chercheuse associée à l'IFEA

Sujet de thèse :

La recomposition du Politique dans la décomposition des politiques
Analyse croisée de processus de collaboration interdisciplinaire au sein de collectifs artistiques « dans » et « en marge » de l'Europe : Paris / Berlin / Istanbul Du commun au collectif / de la théorie sociale à sa pratique / du projet Européen (commun et différences) à sa mise en jeu effective : un nouveau dispositif du « vivre et faire ensemble », une nouvelle Polis en appel de sa philosophie politique.

Thèse en co tutelle 

UNIVERSITE PARIS 8 SORBONNE, DEPARTEMENT DE PHILOSOPHIE, ECOLE DOCTORALE PRATIQUE ET THEORIE DU SENS :
Sous la direction d'Eric Alliez (Professeur de Philosophie et Créations Contemporaines en Art)
- ISTANBUL / UNIVERSITE DES BEAUX-ARTS DE MIMARSINAN, DEPARTEMENT DE SOCIOLOGIE :
Sous la direction d'Ali Akay (Professeur de Philosophie et Sociologie, Directeur du département de sociologie de l'Université)

DESCRIPTION DU PROJET DE THÈSE

La thèse que j'entame est directement lié à la résidence « Villa Medicis Hors les murs » que j'ai effectuée à Istanbul de Mars à Juin 2011 pour une recherche et analyse comparative des processus de collaboration artistiques et interdisciplinaires « dans » et « en marge de » l'Europe. Il s'agissait, comme souvent dans ma démarche double de philosophe et artiste, de partir d'une observation de démarches actuelles qui rendent visible, puisque s'inscrivant à l'échelle locale et dans un principe de formalisation expressive (propre du POEIN, création), une situation plus globale que j'aborde en termes politiques.

En effet, les différentes tentatives collaboratives (dans leur réalisation ou, comme c'est d'ailleurs le cas à Istanbul, dans leur désir d'existence) dessinent de réels espaces du « faire et du vivre ensemble » (sens premier de la « Polis ») et inscrivent ainsi une forme alternative et en réponse directe aux systèmes établis des villes dans lesquels ils s'effectuent. La façon dont ils repensent le rapport à l'autre, réévaluent la balance espace privé/espace partagé ou « l'économie » (au sens étymologique de «eko-nomia » :  lois du foyer, organisation de l'espace commun) ...et surtout la capacité qu'ils ont à rendre ces dynamiques visibles offrent une prise nouvelle sur des réalités sociales et politiques plus larges qu'ils « contre reflètent ». On peut ainsi lire les travaux en collectif qui rassemblent différents artistes, différentes disciplines issus de différents pays d'Europe (kom.post, Everybody, collectif EXYST...) comme une façon de mettre à l'oeuvre et à l'épreuve sa formule abstraite et peu concluante à l'échelle macropolitique de « faire du commun avec des différences ». De plus en plus, il semble que leurs travaux groupés tendent à offrir une réalisation fertile d'un slogan qui n'a que peu d'existence à l'échelle sociale (des nations comme de leur union) mais qui, pour autant, répond à un vrai « besoin de communauté » que ces artistes et chercheurs essaient d'exprimer dans des formes créatives, hors des connus « communautarismes » ou simples logiques de réseaux.

A l'inverse, la rareté de ces démarches contemporaines dans une ville que l'on vante partout comme le paroxysme d'une nouvelle jeunesse artistique, la difficulté des artistes stambouliotes à collaborer, à cohabiter avec leurs différences, tout comme leur tendance à toujours s'assembler par familles disciplinaires...tout ceci peut être lu, dans cette même méthode du « contre-portrait » comme une alternative à la logique de « choc des différences » qui semble être celle structurante de la ville. En effet, contrairement aux espaces publics de villes européennes qui se pensent dans une logique du consensus, de l'effacement des extrêmes selon un soit disant « respect du voisin », les rues d'Istanbul (encore peu soutenues, précisément, par une pensée et fabrique à l'européenne de « l'espace public ») sont une juxtaposition immanente des différences et ce dans leurs plus extrêmes contradictions. Les jeunes filles en mini jupes donnent le bras à leurs mères voilées, les mosquées sont mitoyennes des boites de nuit, les vieux buveurs de thé observent les jeunes buveurs de bière... et tout cela avec la même fluidité que ces bateaux qui, en 10 minutes, vous font passer de l'Europe à l'Asie... De la même façon, une galerie d'art contemporain peut s'installer à côté d'un artisan traditionnel ou un immeuble subventionné par une banque devenir un espace d'art dont chaque étage sera dédié à une discipline différente (on peut citer notamment le fameux Akbank Sanat, situé sur la très dynamique rue d'Istiklal, qui associe salle d'exposition au rez-de-chaussée, centre de ressources pour différents festivals de cinéma au 3ème, studio de danse au 6ème...). L'agencement immédiat (plus que conçu) de la ville s'apparente bien à un « collage » comme l'a mis récemment en visibilité l'événement proposé par la Gaiété Lyrique : kolaj Istanbul (http://www.gaite-lyrique.net/programmation/theme/kolaj-istanbul) qui traduisait aussi implicitement la curiosité ou attirance des villes européennes pour cette capitale « proche et lointaine ». Mais, et là est le point essentiel, le collage est fort différent d'un « mariage » ou encore d'un « tissage », de cet entrecroisement travaillé et choisi que nous repérons dans les démarches collaboratives mentionnées ci-dessus et que j'étudie minutieusement depuis plus de 2 ans.

Ma résidence de 3 mois m'a mise face à une situation toute autre : non pas « dans » ce faire commun mais dans un rapport de tension avec lui : soit de pur rejet, comme c'est majoritairement le cas, soit de « désir », aspiration à...comme cela commence à voir le jour. Mon déplacement des villes de Paris et Berlin vers celle d'Istanbul opère un réel bouleversement de champ et modalité d'analyse puisque je passe d'une écriture du constat à une de l'hypothèse, de la tentative réflexive et de la découverte permanente au terrain. Je passe donc du statut de « critique » à celui de chercheuse, ce qui va dans le sens de mon désir d'entamer une thèse sur ces questions esthétiques-politiques contemporaines et qui ne peut donc se réaliser autrement que dans cette balance Istanbul/ Europe.

Je vais donc pour les 3 années à venir être constamment entre ces différents points géographiques (et mentaux), alliant mes collaborations artistiques avec le collectif européen kom.post (www.kompost.me) et avec des démarches (car il semble encore difficile de parler de collectif) stambouliotes desquelles je suis proche : CATI (notamment du fait de projet Autour de la table qui se continuera en différentes villes depuis son démarrage à Istanbul http://www.kompost.me/ta/around-the-table-idans-festival-istanbul/) ou Oda Projessi avec qui je partage un espace dans un ancien hôtel transformé en résidence collaborative : Simotas à Kuzguncuk. De cette observation et ce travail de terrain auprès de nouvelles tentatives de partage du sensible (au sens où l'emploie Jacques Rancière), j'espère voir se dessiner peu à peu non plus une RE-présentation mais une présentation, une « mise au présent » de notre faire et devenir politique contemporain qui, en ce temps étiqueté de post moderne et désenchanté, continue de se tenter sous des modalités nouvelles auprès desquelles nous devons nous tenir.

PUBLICATIONS MAJEURES :

Créatrice de La CENTQUATREVUE, mise en ligne en 2008 : www.104larevue.fr

  • Parution papier de l'Edition n°1 papier La spatialité effective, mai 2009.
  • Rédactrice en chef 2007- 2008 de la revue Murmures.
  • Le collectif interdisciplinaire kom.post : quelle vie pour l'organique ? , article commandé par la revue de l'Observatoire des politiques culturelles de Grenoble.
  • Ce sont des humains qu’il nous faut, 316 pages sur le théâtre, ouvrage réalisé avec Robert Cantarella, Julien Fisera et Laurent P. Berger, paru en 2007.

Série d'articles pour www.kompost.me

Lu 15488 fois Dernière modification le Lundi, 24 Octobre 2011 11:21