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Projet de recherche sur l’imaginaire romain des frontières du monde habité

L’imaginaire romain des frontières du monde habité est un domaine de recherche où subsistent encore de nombreuses zones d’ombre, car la frontière est bien plus qu’une simple construction linéaire pour les Romains. Une construction idéologique de la frontière se met en effet en place à l’époque impériale pour démontrer que l’Empire coïncide avec l’Univers, malgré l’évidente contradiction que cela représente au vu des relations diplomatiques, administratives ou économiques que Rome entretient avec les peuples voisins. Descriptions ethnographiques et géographiques font de l’extérieur de l’Empire une zone répulsive, effrayante, et des peuples qui l’habitent des guerriers sauvages destructeurs et chaotiques vivant dans un inconnu géographique couvert de forêts inquiétantes et de déserts. Une gradation du sauvage s’instaure au fur et à mesure de l’éloignement des frontières militaires. Les dieux eux-mêmes interdisent l’accès à cet espace dangereux et inquiétant. En marges du monde, l’Océan, barrière interdite et réputée infranchissable, est par ailleurs soumis par la conquête et intégré aux frontières de l’Empire. L’origine de toute chose passe sous contrôle impérial, satisfaisant l’aspiration romaine à la domination universelle. Mais Océan, c’est aussi la limite des terres et des mers vers les régions où vivent monstres et peuples fabuleux, la limite vers l’outre-tombe. Les êtres hybrides, affranchis des lois de la nature et relégués aux extrémités de cette oikouménè et donc de la civilisation, symbolisent désormais un ailleurs rendu bénéfique par l’action de la puissance impériale romaine, caput mundi, et facilitent le passage vers cet au-delà.

La notion de frontière est donc assez ambigüe pour les Romains eux-mêmes. Comment gérer ce paradoxe d’un monde sans fin se confondant avec l’Univers et pourtant confronté à un ailleurs étranger ? Comment représenter l’ordre du monde opposant Rome à l’extérieur, notamment dans les zones de frontière elles-mêmes ? Existent-ils des passages vers ces régions où règne l’altérité ? Quels sont les modes de représentation, figurée ou littéraire, de cette zone des confins et des êtres repoussés au-delà des frontières de l’oikouménè romaine ? Y a-t-il une évolution du rapport à cette altérité en période d’instabilité, d’insécurité, de conflit avec l’extérieur ? Dans les témoignages littéraires et figurés, le choix des motifs et de la syntaxe est révélateur de cette vision du monde. Les cartes et récits de voyage, notamment, constituent de précieux témoignages.

Cette problématique, brûlante d’actualité, nous fait nous interroger sur le rapport idéologique que nous entretenons avec nos frontières : elles sont la limite avec l’ « autre », mais également un outil servant à l’autodéfinition de ce qui se trouve à l’intérieur, par contraste avec ce qui est différent, dangereux, étrange, qui cristallise les peurs et se voit relégué à l’extérieur, mais qui est toutefois contrôlé et mis à profit grâce aux règles de la civilisation et à la puissance militaire.

Présentation

Titulaire d’une thèse en « histoire, art et archéologie » de l’Université de Liège et en « histoire de l’art et archéologie » de l’Université Paris-Sorbonne, Stéphanie Derwael travaille sur l’interprétation socio-culturelle de la diffusion de répertoires iconographiques dans l’Empire romain, à la place de l’ornement dans les systèmes décoratifs, et aux figures hybrides mêlant différents règnes du vivant. Sa thèse de doctorat, actuellement en cours de publication, porte sur le motif des Blattmasken, création iconographique de l’époque tardo-républicaine qui constitue une fenêtre ouverte sur la construction identitaire de la Rome impériale et dont la grande diffusion pendant plus de six siècles s’inscrit dans une forme de revendication d’un répertoire « d’apparat » fonctionnant comme un marqueur identitaire socio-économique dans les différentes provinces de l’Empire.

Stéphanie Derwael est actuellement chargée de projet au Musée gallo-romain de Tongres, collaboratrice scientifique du Service d’Histoire de l’Art et d’Archéologie de l’Antiquité gréco-romaine de l’Université de Liège, et chercheuse associée de l’IFEA (Institut français d’études anatoliennes) à Istanbul. Elle travaille actuellement sur l’imaginaire romain des frontières du monde habité, en analysant la construction idéologique de la frontière qui se met en place à l’époque impériale. Elle s’intéresse particulièrement aux modes de représentation, littéraires ou figurés, de cette zone des confins et de l’altérité qui se voit repoussée au-delà des frontières de l’oikouménè romaine. Cette problématique, brûlante d’actualité, nous fait nous interroger sur le rapport idéologique que nous entretenons avec nos frontières : elles sont la limite avec l’ « autre », mais également un outil servant à l’autodéfinition de ce qui se trouve à l’intérieur, par contraste avec ce qui est différent, dangereux, étrange, qui cristallise les peurs et se voit relégué à l’extérieur, mais qui est toutefois contrôlé et mis à profit grâce aux règles de la civilisation et à la puissance militaire.