Moving Stones. Europe’s Neolithic Bridge: Anatolia

En bref

L'IFEA est un Institut de recherche français en Turquie. Dépendant du MEAE et du CNRS, il a pour vocation de faciliter, de fédérer et d'impulser des recherches en sciences humaines et sociales. C'est une structure de services et d'accueil des chercheurs. L'institut propose une programmation scientifique ouverte au public. 

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Ce projet a été initié en 2007 dans le cadre d’un partenariat avec la section de Préhistoire de l’Université d’Istanbul, dirigé par Mehmet Özdoğan. Il a été conçu par Laurence Astruc en collaboration avec Nur Balkan-Atlı et Mihriban Özbaşaran et repose sur une approche techno-fonctionnelle des industries lithiques taillées, en silex ou en obsidienne, entre 9000 et 6000 av. JC.

Il participe d’une réflexion conduite sur la néolithisation, les réseaux d’échanges et les transferts techniques interculturels, en se fondant sur les modes de fabrication, d’utilisation et d’entretien des outillages lithiques qui sont de bons révélateurs des pratiques et traditions techniques des communautés. Le projet porte à l’heure actuelle sur deux régions : l’Anatolie centrale et l’est anatolien où se trouvent des sources d’obsidiennes majeures. Trois thèmes illustrent de quelle manière l’approche techno-fonctionnelle peut constituer une clé pour l’étude des premières communautés néolithiques et de leurs interactions : le premier a trait à la définition de la fonction des sites (cas d’étude en Cappadoce) ; le second, à l’identification des traditions techniques, dans le cadre d’études micro-régionales (p.e., dans l’est anatolien) ; le troisième, concerne le ‘microlithisme’ un phénomène techno-typologique d’importance lorsqu’il s’agit de discuter des processus de néolithisation.

En Anatolie centrale

La Cappadoce constitue un cadre d’étude tout particulier : une région disposant de sources d’obsidiennes intensément exploitées au Néolithique, ainsi placée au centre de réseaux d’échanges, et qui garde pourtant des caractères culturels très marqués.

Le Néolithique pré-céramique d’Anatolie centrale est représenté notamment par deux sites majeurs : Aşıklı Höyük et Çatal Höyük. Musular, un site plat de petite taille situé à immédiate proximité d’Aşıklı Höyük, est aussi tout particulièrement intéressant : la dominance de Bos Primegenius –il est ici mieux représenté qu’à Aşıklı où les moutons/chèvres dominent- serait le résultat d’une chasse spécialisée ; un nombre important de grattoirs, des extrémités de pattes trouvées en connexion indiqueraient, en outre, que des opérations de travail de la peau ont été réalisées. Musular a été interprété comme un site occupé par les habitants d’Aşıklı lors de la phase la plus récente du village ; il ne s’agirait pas d’un habitat proprement dit mais d’un lieu où prenaient place des activités techniques de traitement de matières animales (boucherie, travail de la peau). Or, une analyse techno-fonctionnelle préliminaire (Astruc, Kayacan, Özbaşaran sous presse) atteste déjà de travaux sur matières animales dominants : des fragments de projectiles utilisés, des lames bipolaires et des éclats portant des traces de coupe de matières carnées (peau et/ou viande), des grattoirs retouchés, utilisés et ravivés sur place pendant les opérations de travail de la peau. Il a été proposé que ces activités aient été associées à des partages communautaires (Duru, Özbaşaran 2005).

La comparaison entre le matériel d’Aşıklı Höyük et de Musular prendra plusieurs formes : sélection des outils, modes d’utilisation et d’entretien et statut des occupations ; lien entre approvisionnement contrasté en obsidiennes issues du Göllü dağ (Kayırlı) et du Nenezi dağ (Kayacan, Özbaşaran 2007) et distinctions d’usage –liées aux qualités de coupe des matériaux et aux modules des outils- ; réflexion sur le microlithisme (mode de fabrication, modules et utilisation) dont le statut pourrait évoluer au cours du temps à Aşıklı, d’une tradition épipaléolithique à une tradition néolithique (Astruc en cours). D’autres sites comme Pınarbaşı (fouillé par T. Watkins et D. Baird) amèneront sur ce dernier thème des informations de première main.

Collaborations

Musular

Etude en cours réalisée en collaboration avec Nurcan Kayacan (Université d’Istanbul).

Aşikli Höyük

Etude en cours en collaboration avec l’équipe déjà formée par Nur Balkan-Atlı, avec Semra Balcı, Nurcan Kayacan (Université d’Istanbul) et P. Anderson (Cépam, CNRS, Université de Nice). http://asiklihoyuk.org/

Pınarbaşı, Boncuklu

Projet mis en place à l’invitation de D. Baird. En collaboration avec A. Pirie, D. Baird (Université de Liverpool).

Dans l’est anatolien

Les collections de l’est anatolien apporteront un complément indispensable à un volet d’études en cours dans les vallées de l’Euphrate, du Balikh et du Khabur, en Syrie du Nord (L. Astruc, Y. Nishiaki) et dans le Sinjar, en Irak (N. Bader, M.-C. Cauvin, L. Astruc), sur des sites placés sur un transect nord-sud, à environ 250-300 km des gîtes d’obsidiennes. Nous travaillons là sur des communautés néolithiques situées dans d’autres micro-régions, plus septentrionales et plus proches des sources, des sites qui montrent des organisations internes, des pratiques architecturales et des cultures matérielles variables, signes d’influences culturelles contrastées. Ils peuvent se situer notamment dans la région de Gaziantep, d’Urfa ou Mardin ou dans les hautes vallées du Tigre et de l’Euphrate.

Les discussions reposent sur les différentes composantes des assemblages et les usages auxquels elles étaient destinées. Les études déjà conduites en Syrie et en Irak ont montré la pertinence de certains marqueurs qui peuvent être suivis dans le temps et dans l’espace (par exemple, la production de grandes lames obtenues par pression au levier ou les procédés de calibration et de ravivage -CTB, SBBF). Assemblages en silex, imports en obsidienne, et leurs modes d’association sont alors utilisés pour identifier des entités culturelles régionales ou micro-régionales.

Notre but est d’apporter un nouveau regard sur des sites anatoliens, grâce à une approche techno-fonctionnelle. Il s’agit donc le plus souvent d’un travail mis en place dans le cadre d’équipes déjà existantes. Les travaux projetés en 2008-2010 porteront notamment sur un site clé du Moyen-Euphrate syrien, Akarçay Tepe et sur un matériel issu de prospections réalisées à l’est de Mardin, Boncuklu Tarla. La possibilité de réaliser une étude complémentaire sur le matériel de Cafer Höyük (Taurus) est en cours d’évaluation.

Collaborations

Boncuklu Tarla (région de Mardin)

Etude en cours réalisée sur l’invitation du Prof. Tuba Ökse (Université de Kocaeli), en collaboration avec Nur Balkan-Atlı et Nurcan Kayacan (Université d’Istanbul).

Akarçay (moyenne vallée de l’Euphrate)

Projet mis en place à l’invitation de Nur Balkan-Atlı, Mihriban Özbaşaran (Université d’Istanbul) et Miquel Molist Montaña (Université Autonome de Barcelone), en collaboration avec Nur Balkan-Atlı, Makoto Arimura (UMR 5133/Lyon), Ferran Borrell (Université Autonome de Barcelone), Juan José Ibañez Estévez (CSIC, Barcelone), Nurcan Kayacan (Université d’Istanbul) et Osamu Maeda (Université de Manchester). http://akarcaytepe.org/

Cafer Höyük (Taurus)

Projet mis en place à l’invitation de M.C. Cauvin et O. Aurenche en collaboration avec Nur Balkan-Atlı (Université d’Istanbul), Marie-Claire Cauvin (CNRS, Jalès) et Nurcan Kayacan (Université d’Istanbul).